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Abad Boumsong

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Abad

Diplome Abad

Diplome prix1-Abad Boumsong

 

*

Apocalypse – Abad Boumsong

Je sais que le ciel est votre seule limite
Vous brisez les destins, vous éventrez les mythes
Tout ce qui existe ici bas vous appartient
Je sais, vous seul détenez le mal, et le bien.

Pour vous le monde n’est qu’une prostituée
Prête à vous donner ses faveurs pour quelques sous
Je sais vous pouvez spolier, vous pouvez tuer
Aucun cri, aucune voix n’ira jusqu’à vous.

Je sais, que vous importe les larmes et le sang
Vous êtes toujours les immortels et les puissants
Etant la force vous êtes la vérité
Étant la loi, vous possédez l’éternité.

Mais je vous accuse car je vois tous vos crimes
Et ces horreurs qui émergent de vos abîmes
Je vous accuse ! Moi le misérable ver
Vous avez le pouvoir, moi je n’ai que le vers.

Pour toutes ces guerres, pour toutes ces famines
Pour ces enfants chétifs travaillant dans les mines
Pour toutes ces femmes éventrées, pour tous ces rêves
Écrasés, brisés, sous vos pas lourds ; je m’élève !

Pour toutes ces villes transformées en tombes
Pour tous ces mausolées où la douleur tombe
Emportant avec elle des pans d’existence
Pour tous ces gibets, pour toutes ces potences.

Pour le Rwanda, pour le Soudan, pour l’Éthiopie
Pour ces hommes pour qui vivre est une utopie
Pour la Tchétchénie, Pour l’Irak, pour la Bosnie
Pour tous ces morts, pour tous ces crimes qu’on nie.

Croyez vous que personne ne voit vos actes
Croyez vous que le monde ignore le pacte
Que vous avez faits avec la nuit, ce tombeau ?
Vous déchirez le globe, il est en lambeaux.

Ah démons ! Je vous accuse pour ces mensonges
Transformant nos vies en un horrible songe
Je vous accuse pour tous ces faux dieux
Que vous nous faites adorer. Ils sont odieux.

Je vous impute le décès tragique de l’espoir
Et cette longue cécité empêchant de voir ;
Nous vous devons aussi cet incurable cancer
L’égoïsme : l’homme n’a que l’homme pour adversaire.

Bannissez moi de votre cercle infâme et maudit
Votre royaume immonde n’est qu’un taudis.
Votre châtiment sera ma plus belle récompense
Etre vivant c’est mourir pour ce qu’on pense.

Non ! Je refuse d’entrer dans vos sombres temples,
Je refuse de prendre vos idoles en exemple
Je nie votre vérité, elle exhale cette odeur
Fétide du gouffre, l’infâme profondeur.

Je refuse d’entrer dans votre société sinistre.
Je ne serai pas un de vos horribles ministres.
Votre chemin ignoble n’est pas le mien.
Votre grandeur est illusion, vous n’êtes rien !

Je vais marcher contre vous avec pour seule arme
Mon âme. Je suis le ver au cœur du fruit ;
Dans vos lieux sacrés, je déposerai les larmes
De l’humanité, le silence étouffera le bruit.

Car le monde n’est point votre, il est à tous les hommes
Et aux êtres vivants qui sont ce que nous sommes.
La nature n’a d’autre maître qu’elle-même
L’entendez-vous qui refuse votre système.

Ah, scélérats ! Démons ! Avatars du néant
Vous les succubes que la haine emprisonne
Je verserai de la ciguë dans votre océan
Que grillent vos temples ! Que brûle Babylone !

*

    Cantique maudit – Abad Boumsong

Il y a l’hérésie qui frappe à coups de poings
Aux bornes de mon âme atteinte de folie
Il y a l’espoir qui part, je l’ai aboli
Pour gracier la nuit, elle est ce dont j’ai besoin.

J’ai arrêté de rêver en devenant ombre
En unissant ma voix à celles des corbeaux ;
J’ai laissé mes rêves quelque part au tombeau
Je repose peut-être au fond de ces décombres.

Une partie de moi est remplie de blasphèmes
Traçant des murs où sont collés des fusillés
Dont le sang s’écoule semblable à de la crème
Faite de morceaux d’étoiles… éparpillés.

Je voulais m’envoler mais je n’avais pas d’ailes
Et quand je les trouvai, on avait pris le ciel
Puis je voulus chanter, mais le monde était sourd,
Changé en tribunal qui condamnait l’amour.

J’ai essayé de mettre mes mots sous leurs yeux
Car chacun d’eux criait très fort : « Cessez le feu ! »
Mais les gens ne pouvaient pas lire dans le noir
En enfermant l’amour, ils avaient pris l’espoir.

Je suis donc devenu un fantôme comme eux
Et mon vers s’est égaré loin de la lumière
J’ai écrit avec le sang de ces malheureux
Afin que mon livre devienne leur prière.

J’ai écrit comme un fou en bénissant l’enfer
Car le verbe coulait après que j’ai souffert
Et dans mes mots je refusais l’absolution
En maudissant le ciel, j’étais sa pollution

Puis mes rêves sont devenus des fugitifs
Des guerriers sans armes, déserteurs et oisifs
Et tout ce qui survit est tel le crissement
D’une roue nerveuse glissant sur le ciment.

La douleur rend païen et nous couvre de neige
Pour nous changer en astre qui renie l’espace
C’est une sorcière qui fait des sortilèges
Avec des vertiges faits de transes qui passent.

Certaines étoiles doivent briller en vain
Puisque leur course est un rodéo infernal
Attirées par le feu, se jetant au ravin
Elles étouffent sous leur splendeur hivernale.

*

    Ceux qui errent – Abad Boumsong

Les rues de la perdition ont des lampadaires
Qui éclairent le chemin menant vers le gouffre ;
Ces gargotes mal famées où l’on manque d’air
Apportent l’oubli aux âmes perdues qui souffrent.

J’ai longtemps erré sur ces trottoirs faméliques
Reniant le jour qui faisait briller ma douleur
Au-dessus de moi comme un grand obélisque
J’étais l’enfant sans joie, le drapeau sans couleur.

Je n’appartenais à rien sinon à la nuit
Qui me happait alors que le jour semblait loin ;
Et tout ceci se passait en moi, sans un bruit
Je mourrais à petit feu sans un seul témoin ;

Je voulais crier mais ma gorge était muette
J’étais une guitare aux cordes fracassées
Un piano mort jeté dans une oubliette
Un verre qui tombe de la table. Cassé !

Je n’avais plus de nom, je n’avais plus de vue
Et pour moi toutes les rues étaient un tombeau
Immense où la vie déchaînait un son confus
Laissant des marques comme celles d’un couteau.

J’entendais des volcans qui grondaient dans mon âme
Avec tous les enfers surgissant du cratère ;
J’étais sur l’autoroute, noyé par mon drame
Et le monde me criait « Tu es seul sur terre »

J’allais de rues en rues, de chemins en chemins
Et chacun d’eux semblait mener vers nulle part
Personne ne voulait me tenir par la main
Mes jours avaient plus de tâches qu’un léopard.

On m’appelait Facman, Piranitas, Katmi
Et je partageais mon repas avec les rats !
J’étais l’enfant sans foyer, l’enfant sans amis
Autre que les chiens errants et le choléra.

Je fouillais les poubelles pour manger un peu
Parfois même les vers trouvent la lumière
Je dormais dans la pluie, ces sagaies que les cieux
Lancent pour ceux dont ils oublient les prières.

Parfois on a l’impression que les anges fuient
Certaines rivières où nos âmes se baignent
Parfois nous croyons qu’il n’y a que la nuit
Qui saigne avec nous quand nos lumières s’éteignent.

Parfois la vie est un son où la note est fausse
Un accord mal placé par un mauvais musicien
Parfois notre vie est comme dans une fosse
Son odeur nous repousse tant, qu’on n’y voit rien !

Enfant de la rue, enfant de nos bidonvilles
Va droit devant toi, les tours ne sont pas si hautes
Enfant des ghettos où l’espoir est en civil
Reprends au destin ce que ton origine ôte.

Sais-tu mon frère que rien n’est écrit d’avance ?
Les étoiles brillent aussi dans les égouts ;
Elles y brillent même plus fort car la chance
S’est enfuie de ces lieux, chassée par le dégoût.

Ce que l’on devient n’est pas écrit où l’on naît
Et nos pas peuvent nous mener à tous les ports ;
Ami le mot que tu dois bannir est : Jamais !
Celui qui souffre sans mourir en sort plus fort.
***

Facman: enfant de la rue au Sénégal
Katmi: enfant de la rue à Madagascar
Piranitas: enfant de la rue au Pérou et en Bolivie

*

    Confessions du néant – Abad Boumsong

J’ai longtemps plongé ma plume dans l’amertume
Ingérant des douleurs glacées une par une
Longtemps j’ai versé mes larmes dans le bitume
Identique à un cri qui s’élève des dunes.

Assis sur le pic sanglant, au bord du néant
Teinté d’émétiques flagrances de l’enfer
J’ai enfoncé mon âme au cœur de l’océan
Enchaîné aux sanglots, écroué par le fer !

Je me suis abreuvé du plasma des éclipses
Me nourrissant des dépouilles d’univers morts.
Recouvert de magma, fragment d’apocalypse
J’ai invoqué tous les bruits au sein du remords.

J’ai réveillé la nuit au sein même des tombes
En m’habillant des larmes de tous les défunts ;
Je suis devenu la clameur des catacombes
La fleur corrompue qui a perdu son parfum.

J’ai été le psaume mutilé, la rumeur
Insane venue des fosses, le clandestin
Errant au bord du Nautilus et la tumeur
Évadée de l’abîme, exilée du destin.

Je suis devenue une terre disloquée
Écartelée entre sa douleur et son cri ;
Mon regard était un mouroir, interloqué
J’étais le mécréant par les limbes proscrit.

Voix maudite, martyr voué à la potence
J’ai bâti des mondes, des miroirs de Maelström,
Épuisant tous les effluves nés du silence,
Broyés aux hauteurs aiguës du capharnaüm.

Je suis le suc de toutes ces guerres démentes
Orphelins suspendus à l’aile des goémons ;
Habillé de soufre que la glaire alimente,
Je suis le chiffre insensé lu par mes démons.

Érigeant un gibet aux murs de mon foyer
J’ai porté les haillons des esprits en lambeaux
La douleur était une mer où me noyer
Avec mon cœur me criant ” Je suis ton tombeau”

J’entends parfois les suppliques de ce vacarme
Qui emmure mes jours en blessures de l’ombre ;
Je me perds souvent sur ce périple de larmes
Damné par ma nuit et sa péninsule sombre.

Je suis toujours au cœur du défilé obscur
Avec en fond sonore un cri semblable au mien,
Une clameur profonde comme une piqûre,
Avec des gueules où dansent des crocs de chien.

Parfois je tente de converser à l’abîme
Dans un long dialogue de néant à néant ;
Mais l’enfer n’a aucun regard pour ses victimes
Qu’il abandonne au jour chétif et bégayant.

Il n’y a pas de voie pour les gens comme moi
A qui les dieux ont refusé l’absolution
Que l’on me pardonne, car je porte ma croix
Aux pieds sanguinolents de ma dissolution.

*

    J’accuse – Abad Boumsong

J’accuse le temps de n’avoir pas de conscience
D’agiter ses ailes sur les rives de la science.
J’accuse l’éternité de folie, je blâme
Cette démente d’être le mouroir des âmes.

J’accuse l’ombre de n’avoir pas de lumière
D’être ce tombeau où vient mourir la prière.
J’accuse l’espace d’être le lit du gouffre
Cette éternité où l’étoile dit : « Je souffre »

J’accuse les rêves d’avoir pour reflet le songe,
D’être le puits cachant cette impie : le mensonge.
J’accuse la matière de se nourrir des sens
J’accuse le ciel d’abriter cet abîme : l’absence.

Je nous accuse tous de rester dans nos demeures
Alors que la nuit pourfend, et que l’espoir meurt ;
Je nous accuse de nous abriter sous le silence
Tandis que montent la rumeur et la pestilence.

J’accuse l’homme d’être frappé de névrose.
J’accuse le vers d’avoir lapidé la prose.
J’accuse les mots de se cacher dans les livres.
J’accuse la vie d’être dure comme du cuivre.

J’accuse les cieux d’orgueil, d’être trop hauts
Pour ne pas entendre le vacarme et le chaos.
J’accuse les dieux de nous avoir tous maudits
En nous exilant sur la terre, ce taudis.

J’accuse le jour. J’accuse la nuit.
J’accuse le murmure. J’accuse le bruit.
J’accuse ce qui est, j’accuse ce qui n’est pas.
Je m’insurge contre ce qui est en haut et en bas.

J’accuse parce que l’univers est un cri
Si puissant que l’on aurait dit qu’un être prie.
J’accuse parce que le fardeau est trop lourd
Pour l’homme, seul un dieu peut le porter : L’Amour !

*

    La chute – Abad Boumsong

Mes narines ont bu des quantités de gouffre
Qui retiennent mon corps, prisonnier de l’oubli
De ces gens qui s’en vont ; Savent-ils que je souffre
Car pour le monde entier, je ne suis qu’un débris.

Dans ma tête des bruits, des klaxons, des fantômes
Dessinant la frontière entre moi et la mort
Entre moi et les cieux, démon parmi les hommes,
Aux yeux plus tranchants que les dents d’un chien qui mord.

J’écoute mes voisins quand ils parlent de moi
Ils disent « Il est fou , sa vie est un désastre
Il n’a plusde boulot, bientôt plus aucun toit
On ne peutrien pour lui, laissons faire les astres. »

Ils disent tous cela et même ma famille
Oh dieu quelle famille ? Elle a du abdiquer
Pendant que je tombais, quand je faisais des vrilles
Tous ceux que j’ai aimés sont partis, paniqués .

La chute…je tombe… je tombe…
Une main
Un humain
La chute…je tombe…En trombes

Je voudrais une main, je voudrais un sourire
Mais ici bas pour moi, il n’y a rien du tout
Hormis la longue chute où je pourrais mourir
Puis-qu’ici je suffoque, et qu’ici je suis fou.

Dans mon appartement, les tableaux me regardent
En dansant sur les murs où se joue un théâtre
Aux personnages saouls, comme l’arrière-garde
D’un bar d’anges déchus que le ciel veut abattre.

Je n’entends plus le son de mon téléviseur
Il tournoie…Il tournoie et parfois il me noie
Mais moi je ne sais plus, ça fait bientôt dix heures
Que mon corps est à jeun, ce corps n’est plus à moi.

La chute…je tombe… je tombe…
Une main
Un humain
La chute…je tombe…En trombes

Oui mon corps appartient à ce cambrioleur
Qui prend tous les objets et même la maison
Mon identité meurt dans les mains du voleur
Laissant derrière lui un monde sans raison.

A l’intérieur de moi, les planètes ricochent
En cherchant le soleil, et bégayant des flammes
Par des lunes brûlées sous les vapeurs des roches
Où un miroir me montre un captif : C’est mon âme !

Éteignez la lumière, elle fait mal aux yeux
Elle brûle ma peau qui pourrait se dissoudre ;
Au contact de l’espoir, j’ai froid…J’ai froid..Adieu
Mes narines ont bu des quantité de poudre.

La chute…je tombe… je tombe…
Une main
Un humain
La chute…je tombe…En trombes

*

    Le manifeste du noir – Abad Boumsong

Pour vous c’est donc cela, le noir c’est la douleur
La salissure, le vice, l’enfer, le mal !
Pour vous le noir c’est la brume, gouffre anormal
Avec le deuil toujours greffé à sa couleur ?

C’est donc cela pour vous le noir, de la tristesse
Corbeau posant ses plumes sur vos existences.
Le mot « noir », c’est le bourreau devant la potence,
C’est la déesse avec des serpents sur ses tresses.

Mais je vous le dis le noir c’est la beauté
Et que m’importe vos langues qui le renient
Je vous le dis encore, noir c’est la liberté
On est maudit par vous mais le ciel nous bénit.

Je renie vos idéaux où le noir est mort.
Je renie vos livres où ma couleur est un gouffre
Noir c’est la belle couleur du Bantou, du maure
Ce n’est pas l’enfer où des démons crient « Meurs, souffre ! »

Que savez-vous du noir, vous ne le voyez pas
Vous en avez si peur que vous fermez les yeux
Le saviez-vous ? La nuit c’est cet instant où Dieu
Vient fermer les plaies que nous ouvrons ici bas.

Le noir c’est la vie, une autre façon de voir
Le jour, l’œil ne regarde pas mais l’âme écoute.
La nuit c’est l’étoile illuminant le soir
Le jour c’est un soleil chétif, le temps l’égoutte.

C’est donc cela pour vous le noir, de la souffrance
Le malheur ailé, avec des dents en acier
La misère absolue avec son odeur rance
Un enfant rachitique au visage émacié.

Vous ne savez rien de nous, écoutez la nuit
Ce n’est pas un gouffre mais un puits de lumière.
L’heure divine où un miracle se produit
Avec des astres radieux entrouvrant leurs paupières.

Vous ne savez rien de nous, rien de nos odeurs
Rien de nos cris, rien de ce mot qui vient d’ailleurs.
Le noir c’est le jour faisant fuir le maraudeur
Est-ce donc cela, ce qu’on ignore fait peur ?

Je nie vos échos, je renie vos religions
Elles proviennent du gouffre, j’y ai été
Et je connais leurs véritables noms : Légions !
Même le néant n’aura pu les arrêter.

Que savez-vous de nous et des rêves qu’on fait
Vous n’avez pas ouvert le livre de la nuit
Ce que vous ne comprenez pas, c’est donc le puits
Au décor effrayant, horrible et imparfait ?

Je dis non ! Arrêtez l’hérésie ! Je suis noir
Et ce mot n’a pas le sens écrit dans vos livres
Est-ce donc cela ? Noir c’est la fin de l’espoir
L’abîme dont aucun rayon ne nous délivre ?

Alors vos mots vous pouvez les gardez pour vous
Et quand vous me lirez le mot noir sera grand
Il ira plus loin que vos haies, vos garde-fous
Noir c’est l’éternité, l’autre nom du néant.

*

    Le navire de la honte – Abad Boumsong

La cale glauque du navire est remplie d’ombres
Et de fantômes jetés au fond de l’enfer.
Combien sont-ils ? On a oublié le nombre
Mais ils ne peuvent fuir, enchaînés par le fer.

Ils sont sales, répugnants, et si repoussants
Que descendre dans la cale devient une épreuve ;
Alors on les affame, ensuite on les abreuve
Si peu que certains boivent leur propre sang.

Il y a là des bébés qu’on nourrit au sein
Manquant de lait et si fragiles qu’ils meurent
Par dizaines au fond de ce tombeau malsain
Où des cris s’échappent comme des rumeurs.

Parfois on fait monter une femelle vers le jour
Et tandis qu’en bas son compagnon meurt peu à peu
Les marins la violent dans un horrible jeu
Ils rament tant ces braves, ils ont besoin d’amour.

Parfois pour amuser ces gens intrépides
Un de ces mâles d’ébène est appelé à son tour ;
Mais ces animaux préfèrent se jeter dans le vide
De l’océan plutôt que d’être le jouet des vautours.

On les a capturés là-bas dans leur savane
Pour un peu de tabac et quelques armes
Des fusils usés qui font tellement de vacarme
Qu’ils font sortir les vieux sages de leurs cabanes.

D’autres ont été pris après une longue battue
A travers ces forêts hostiles et dangereuses
Certaines des créatures se sont même battues
Mais l’homme domine la bête courageuse.

Seuls les plus robustes survivront au voyage,
Aux privations, au fouet, et au terrible cachot
Ceux qui mourront seront jetés aux cachalots
Aucun d’eux ne reverra jamais ses rivages.

Ils sont perdus pour leur patrie et leurs familles
La mère ne reverra plus jamais son fils
Le père ne retrouvera jamais sa fille
car la douleur est leur patrie, leur édifice.

Ainsi l’Afrique est dépouillée de millions d’hommes
On prend ses enfants comme des fruits sur un arbre
Laissant derrière soi un continent fantôme
Où le futur devient une statue de marbre.

Le navire insouciant continue sa route
A travers les flots, emportant sa cargaison
Qui lutte encore et ces esclaves ne se doutent
Que plus jamais ils ne reverront leurs maisons.

*

    Le requiem de l’ombre – Abad Boumsong

La porte se ferme et tous les couloirs se vident
Les voix s’éloignent, je les entends, loin… là bas
Pourquoi j’ai mal, pourquoi la douleur est humide
Oh, ce sont des larmes… je ne les voulais pas.

Il n’y a plus de bruit, non… je n’entends plus rien
Quelque chose remue, ce n’est que moi qui pleure
Je voudrais tant être entouré de tous les miens
Est-ce là mon tombeau ? Qui a mis tant de fleurs ?

Il faut que je sorte, le soleil est dehors
Je suis le prisonnier et je suis les barreaux
Mes tourments décorent les murs de gouttes d’or
Le venin dans mon cœur… Faites-lui un garrot.

Je suis l’outre tombe qui regarde son ombre
Avec l’impression d’être près d’un inconnu ;
Je ne sais plus ma voix, je ne sais plus mon nombre
Lettre sans alphabet où la souffrance est nue.

Pourtant je veux m’enfuir loin des tâches de sang
Et des corbeaux qui rient sur les arbres malades ;
Je suis l’enfant qu’on oublie et que les passants
Refusent de regarder quand ils se baladent.

Je vais sortir un jour, pour manger la lumière
J’ai tant bu l’ombre que j’ai fais une overdose
Que reste-t-il de nous quand on perd nos prières
Nous absorbons le poison à petite dose.

La solitude est un interminable février
Où la neige bâtit des temples à nos maux
Qu’est ce qui fait si mal ? Qu’est ce qui fait crier ?
Nous sommes le livre dissimulant ses mots.

Nous sommes les autochtones de nos enfers
Dont les routes vont aux confins de nos villages
Et au terme de ces voyages qu’on doit faire
C’est toujours le même masque : notre visage.

Nous laissons nos chemins moisir comme des livres
Oubliés au grenier pour cacher nos blessures
Ce qui fait mourir s’accroche à ce qui fait vivre
Puisque tout est mordu par la même morsure

Et nous nous accrochons aux bouteilles en mer
Qui servent de voiles pour nos esquifs perdus
Enfin nous accouchons sans en être la mère
D’un chant résonnant comme le cri d’un pendu.

L’espoir est un sorcier qui solde ses breuvages
Contre nos vies qu’il enferme dans des flacons ;
C’est un négrier qui met l’homme en esclavage
Et sans le savoir nous devenons ses maçons.

Il nous pousse à bâtir des rêves sur ses sables
Parce que nous croyons sa terre impérissable
L’espoir est un commerçant qui fait son marché
En vendant aux hommes des jambes pour marcher.

*

    Les bannis – Abad Boumsong

Ils n’aiment pas la couleur de mes cheveux
Ils veulent que je les coupe, ils font des vœux.
Ils auraient aimé que je fasse moins de bruit
La musique que j’écoute, elle les ennuie.

Les pantalons que je porte, ils sont trop bas
Ils veulent que je les relève, c’est leur combat ;
On s’écarte de moi comme si j’étais un paria
Je suis un intouchable, j’ai la malaria.

Mon nez percé les effraie tant qu’ils en ont peur
Et mes vêtements noirs leur donnent des vapeurs ;
Dans la rue je sens leur regard posé sur moi
Qui m’étouffe, océan maudit où je me noie.

Certains ne comprennent pas le dieu que je prie
Ils maudissent ma foi, si fort, j’entends leurs cris.
Hélas on hait encore pour la religion
Comme si la foi provenait d’une région.

Ils s’éloignent de moi car j’aime librement
Je ne suis pas hétéro. C’est grave, vraiment ?
On me montre du doigt comme si j’étais fou.
Ils auraient voulu mettre une laisse à mon cou.

Hélas j’ai l’impression que mon poids les dérange
Ils sont si mal que c’est sur moi qu’ils se vengent
Mes défauts servent à les rendre moins malheureux.
Et moi ? Je brûle. Qui va éteindre le feu ?

Pour eux mes rêves ont l’odeur des marécages
Je sais, ils auraient tant voulu me mettre en cage
M’attacher dans une de leurs prisons dorées
Me mettre à genoux devant leurs dieux pour l’adorer.

Hélas de nos jours la différence est un crime
Et la sanction c’est souvent le regard de l’autre ;
Je suis ce que je suis, qu’on m’aime ou qu’on me brime
Les distances entre nous ne sont que les nôtres.

*

    Les semences de l’ombre – Abad Boumsong

Le temps voit le coma fabuleux des colombes
Suspendues aux bûchers, les ailes dans la tombe ;
Leur jour se tait… un jour pagayant dans la boue
Avec un soleil nain qui ne tient pas debout.

Colère de l’enfant battu, pris par le fleuve
Le cri aux cents accords, mutilé par l’épreuve
Les esprits sont manchots, on perçoit leur fumée
Dansant sur une bible aux versets consumés.

Pourquoi la forêt pleure, elle ne s’endort plus
Depuis que la colline est un dieu superflu
Depuis qu’on a coupé la gorge des totems
En jetant les cauris sous l’autel du baptême.

Nommez les marabouts enterrés dans les cases
Dîtes-leur que tout meurt, il n’y a plus d’extase
On construit des tombeaux avec le sang des miens
Quand leurs ossements sont abandonnés aux chiens.

Il n’y a plus de bruit, on a mangé le ciel
Et l’oiseau sur le sol demande « Où sont mes ailes? »
La marche des zombies qui écroue le soleil
Auprès des tambours morts et des dieux en sommeil

Les mères se taisent quand elles vont au champ
L’herbe est devenue sourde avec l’ombre cachant
Les squelettes blafards parsemant le chemin,
De centaines de pieux rassasiés d’humains.

Les colons sont passés en apportant leur monde
Leur civilisation rend la terre plus ronde,
En faisant de l’Afrique un vaste cimetière
Où les chants du griot sont changés en poussière.

Et les enfants de Ra vont perdre aussi leur mère
Après que leurs parents soient partis par la mer
Ô Afrique n’es-tu bonne qu’à les nourrir
Ces Babylone fous , prêts à tout pour courir ?

Mon Afrique où es-tu ? Que fais-tu de ton âme ?
Les baobabs m’ont dit qu’elle est au fond des flammes
Les mange-mils chantent qu’elle n’est plus qu’une ombre
Au milieu de sorciers traçant des futurs sombres.

Un avenir sans sein pour un présent sans ventre
Avec des chars venus sur les trésors des chantres
Comme si le passé n’était fait que de sang,
Quelques tombes qu’on peut regarder en passant.

Le temps voit l’extinction annoncée des colombes
Au jour sans oxygène , implosant sous des bombes
Leurs ailes garrottées par les nœuds du métal
Irradie l’air souffrant d’une douleur létale.

*

    L’enfant maladroit – Abad Boumsong

C’était un jeune enfant, quel âge avait-il ?
Qu’importe, il avait celui des jeux futiles
Celui où le rire a un peu d’éternité
Les enfants ont en eux, un peu de vérité.

Ce petit être jouait, sur le sable fin et jaune
Il bâtissait des mondes, issus de ses rêves
Sur ces globes fragiles poussait une faune
Immense, un univers naissait sur la grève.

Parfois il laissait l’eau faire fondre sa création
Tout s’écroulait comme dans une aberration
Et lui il restait là, un sourire étrange aux lèvres
Immobile, comme saisi par une puissante fièvre.

Ses mains maladroites ne savaient pas faire
Ce que voulait son esprit bien trop alerte
Ainsi son œuvre avait des relents de l’enfer,
Il était le seul maître sur cette plage déserte.

Bâtisseur fou, il balayait d’une seule main
Ce qu’il avait créé en jouant, sans remords
S’il le voulait il pouvait recommencer demain
La poussière ne peut pas ressentir la mort.

Il était heureux de savoir que d’un seul geste
Il pouvait tout effacer, semblable à la peste.
Ce diablotin s’amusait à créer, à détruire
Fier de pouvoir augmenter et de réduire.

Pourtant cet enfant ignorait que ces grains de sable
Jetés ci et là avaient une âme, engendrés par un fou;
Ils étaient les fils d’un nourrisson irresponsable.
Hélas cet enfant c’était Dieu et le sable : C’est Nous !

*

    Ma terre pleure – Abad Boumsong

Les cieux étaient gris, couverts d’un manteau de brume
Chaque nuage était assailli par les cris
Des oiseaux épouvantés, on voyait leurs plumes
Patauger dans l’air qui se trouvait assombri.

Plus bas c’était l’enfer, le temps n’existait plus
Et l’on hésitait entre le jour et la nuit ;
La feuille qui tombait de l’arbre était perdue
Ne sachant plus qui était ver, qui était fruit.

Les voix se taisaient, quelqu’un pouvait les entendre
A travers le mur invisible de l’espace ;
C’était le silence auquel la mort peut prétendre
La création est muette quand elle passe.

Elle était passée, la terre en pleurait encore
Tant qu’on voyait des larmes jaillir des cailloux
La mort avait vécu ici, et le décor
S’était changé en un drame écrit par un fou.

Ils sont venus par la mer, traversant les champs
Écrasant les arbustes, capturant des bêtes,
Achetant, volant, torturant, coupant, hachant
Apportant les pleurs où il y avait la fête.

Les villages ne chantaient plus, tout s’était tu
Ceux qui restaient se roulaient dans la poussière
Pour ceux qui étaient morts et pour les disparus
Qu’on avait pris, arrachés à la lumière !

Certaines femmes cherchaient toujours leurs enfants
Préférant les voir morts que partis pour toujours ;
Être libre et mort ou être esclave et vivant
Quand on s’en allait on ne voyait plus le jour.

On partait comme les défunts, sans revenir
Mais sans aucun autre tombeau que la douleur
Aiguë en soi et impossible à retenir
De ne plus revoir sa terre, ni ses couleurs

On n’entendait plus les tambours mais le fouet
Rythmant les pas en une infernale cadence ;
Les malheureux qu’on prenait étaient les jouets
De ces gens arrivés par l’océan immense.

Dans la savane même le lion avait peur
Et ses rugissements n’étaient plus que murmures ;
Quelque chose d’horrible naissait et le cœur
De l’Afrique savait jusque dans ses ramures.

La terre pleurait, ses enfants étaient en larmes
Et chacune d’elles rendait le sol aride ;
L’Afrique était en deuil, en son sein le vacarme
De la haine vibrait, ouvrant sa bouche avide.

Ô mes pères ! Je sais que vous avez souffert,
Que jadis votre sang dût couler ici bas
Mes pères ! Je sais pour vous, il y eut le fer,
Mais sachez-le, votre fils ne vous oublie pas.

*

    Magma – Abad Boumsong

Je suis désolé si je ne fais pas de slam
Mais une poésie très loin du macadam
J’adore alexandrin, demande à Baudelaire
J’ai des fleurs qui font mal, aux vieux corbeaux dans l’air.

J’ai dans mon hémistiche un dormeur dans le val
Je crois qu’il est damné, un peu comme Nerval
Dans mes contemplations j’ai vu l’ombre d’Hugo
C’est lui qui m’a dit que ” tous les mots sont égaux”

J’ai dû manger l’enfer avec mon ami Dante
Accompagné du verbe et de sa plume ardente
J’ai dû boire ma peine avec ce bon Verlaine
Dans un verre qui saigne un poème au verveine

On m’a dit que Prévert avait un vers pervers
Que l’on chante à l’envers au milieu d’ un pré vert
Mes mots doivent chasser le crapaud du lagon
Je veux être un dragon aux cotés d’Aragon.

Appelez les renforts , je vais braquer les cieux
Je suis le seul gangster qui ai racketté Dieu
Je suis allé chez lui pour voler un peu d’herbe
Mais en y revenant j’avais plutôt le verbe

*

    Maman – Abad Boumsong

Maman ils ont tout pris je leur ai tout donné
Il ne reste plus rien, j’ai tout abandonné
J’ai donné tout mon sang, j’ai donné tous mes rêves
En leur criant buvez, « l’Art est grand, il élève ! »

Maman j’ai essayé de leur offrir mes plumes
Mais peu d’entre eux voyaient, ils étaient dans la brume
Ils ne comprenaient pas que je cherchais leurs âmes
Pour montrer leur beauté et les tirer des flammes.

Je voulais m’envoler mais je n’avais plus d’ailes
Et quand je les trouvai, on avait pris le ciel
Puis je voulus chanter, mais le monde était sourd,
Changé en tribunal qui condamnait l’amour.

J’ai donc livré mes mots en pâtures à leurs yeux
Car chacun d’eux criait très fort : « Cessez le feu ! »
Mais les gens ne pouvaient pas lire dans le noir
En enfermant l’amour, ils avaient pris l’espoir.

Maman j’ai essayé de leur donner mon livre
Afin que chaque vers les sauve et les délivre
Parce que dans les vers, il y a l’Univers
Maman je suis perdu, l’homme lit à l’envers.

Maman dis-moi quoi faire, il y a trop de nuit
Le bateau est sous l’eau, les gens crient ou s’enfuient
L’enfant ne rêve plus, la femme est lapidée
Et on jette au bûcher, l’artiste avec l’idée.

Maman dis-moi quoi faire, il n’y a plus de son
Car la mer devient folle, elle noie ses poissons
Le vent ne chante plus, il fait des fausses notes
Puisque notre fumée, lui a mis des menottes.

Maman que dois-je dire, à mes frères qui souffrent
Leurs poumons sont remplis de pétrole et de soufre
Certains mangent l’acier et boivent des couteaux
Parce que dans leur terre, il y a des métaux.

Maman comment crier aux gens qu’ils sont la vie
Qu’ils sont le monde entier, son souffle et sa magie
Qu’ils sont plus importants que n’importe quel nombre
Comment crier aux gens qu’ils sont plus que de l’ombre?

Maman, ils n’ont qu’un vœu, ils veulent de l’espoir
Ils cherchent la lumière aux bornes du couloir
Ils veulent un peu d’air au-dessus de leur chair
Un peu d’imaginaire au sein de l’ordinaire.

Ils veulent savoir que tout ceci a un sens
Qu’il y a autre chose au-delà de l’absence
Que tous les rêves vont aux cieux où tu te perches
Maman regarde les ! Maman, c’est toi qu’ils cherchent !

*

    Mon cri – Abad Boumsong

Tu veux me lire, prends un litre de douleur
Remue-le dans ton cœur mais fais-le doucement ;
Tu auras mal, tu pousseras des gloussements
Mais le noir donne à ma plume une autre couleur.

Les ailes sombres aspirent aussi aux cieux
Et quelque part là-haut, elles ont leur étoile
La souffrance c’est l’autre versant de la toile
Je suis celui qui va voler la nuit de Dieu.

Parfois ton crépuscule sera ma lumière
Je bâtirais des mondes avec tes débris
Parce que mon être sera plein de ton cri
L’ignorais-tu ? L’univers est une prière.

Tout ce que j’entends a l’écho d’une souffrance
Une soif non bue, une faim au bord des routes
Avec ses fantômes, des ombres qui s’ajoutent
A mon néant. Je suis loin de la délivrance.

Je suis loin de l’aube qui ne me cherche pas
A genoux sous des canons qui crachent le vide.
Lorsque tu liras mes vers recouverts d’acide
Sache que la douleur sera à quelque pas.

Elle sera à tes côtés comme une sœur
Prête à sécher tes larmes avec du tissu ;
Et tu pourras voir l’ombre dont je suis issu
Je suis né là-bas avec la nuit dans mon cœur.

Cette amie était avec moi quand j’étais seul
Elle était là lorsque tout brûlait dans mon âme
Elle était le feu pour mieux éteindre les flammes
M’apportant des fleurs pour mieux fermer le linceul.

J’ai été avec elle sur toutes les terres
Portant toujours le même enfer au fond de moi
Certains êtres ont quelque chose qui aboie
Au bord de leur gouffre et refuse de se taire

Oh ! Ami, je ne suis rien d’autre que ce cri
Traversant les pages comme un astre sans ciel
Dans chacun de mes mots, j’y ai mis l’essentiel
Si cela t’effraie, arrête de lire et… Prie !

*

    Pour toi qui me hais – Abad Boumsong

Je suis comme toi ami, je verse des larmes
Je pleure, je ris, je fais aussi des rêves
Je suis comme toi ému quand le soleil se lève
Comme toi j’ai peur du vacarme des armes.

Je suis comme toi ami, j’aime les miens
Je voudrais les protéger de la faim, du froid
De la souffrance, cette tombe où gît l’effroi
Comme toi je suis fait de mal et de bien.

Le sang que je verse a la même couleur
Que ce fluide rouge coulant dans tes veines
Entre nous il ne devrait pas y avoir de haine
Nous avons les mêmes joies, les mêmes douleurs.

Je suis fait de chair comme toi, je souffre
J’ai peur, j’ai mal, je me sens aussi perdu
Que toi devant ce ciel qui nous laisse nu
Et sans arme sur la terre, ce gouffre.

Crois-tu que les coups passent à travers moi
Que les mots n’arrivent pas à mon cœur
Hélas tes flèches arrivent à l’intérieur
De mon âme, je suis aussi fait d’émoi.

Crois-tu que je ne pleure pas mes morts,
Que nos sépultures demeurent sans fleurs ?
Quand quelqu’un s’en va, moi aussi je pleure
Je suis aussi faible que toi devant le sort.

Pourquoi ? Pourquoi donc me pourchasses-tu ?
Pourquoi fais-tu de moi un dragon, un démon
A tes yeux ne sommes-nous que du limon
De la lie ignoble qu’on écrase et qu’on tue ?

Pourquoi me nuis-tu ? Je suis ce que tu es.
Un peu de poussière, un peu d’éternité
Un abîme de mensonge et de vérités
Regarde-moi ! C’est ton frère que tu hais.

Frère entre toi et moi y a-t-il autant de nuit
Que son voile t’empêche de me voir
Ouvre les yeux et tu verras qui je suis,
Je suis un homme comme toi et je suis noir !

Abad Boumsong, tous droits réservés

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