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Honoré de BALZAC

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***

Honoré de Balzac, né à Tours le 20 mai 1799 et mort à Paris le 18 août 1850, est un écrivain français. Il fut romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d’art, essayiste, journaliste, imprimeur, et a laissé l’une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec 91 romans et nouvelles parus de 1829 à 1852, auxquels il faut ajouter une cinquantaine d’œuvres non achevées, le tout constituant un ensemble réuni sous le titre de Comédie humaine.

Mouvement     réaliste
philosophique
fantastique
romantique
Distinctions     Chevalier de la Légion d’honneur
Fondateur et président de la Société des gens de lettres

Œuvres principales

    La Comédie humaine (cycle romanesque), (1831-1850)
Les Chouans, 1829
La Peau de chagrin, 1831
Eugénie Grandet, 1833
Le Père Goriot, 1835
Le Colonel Chabert, 1835
Le Lys dans la vallée, 1836
Illusions perdues, 1837-1843
Splendeurs et misères des courtisanes, 1838-1846

Compléments

La Comédie humaine a été publiée en 20 volumes illustrés de (1842 à 1852) par Charles Furne en association avec Houssiaux, Hetzel, Dubochet et Paulin.

Travailleur forcené, fragilisant par des excès sa santé déjà précaire, endetté par des investissements hasardeux, fuyant ses créanciers sous de faux noms dans différentes demeures, Balzac a vécu de nombreuses liaisons féminines avant d’épouser, en 1850, la comtesse Hańska qu’il avait courtisée pendant plus de dix-sept ans.

Honoré de Balzac est un des maîtres incontestés du roman français dont il a abordé plusieurs genres : le roman historique et politique, avec Les Chouans, le roman philosophique avec Le Chef-d’œuvre inconnu, le roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore le roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Mais ses romans réalistes et psychologiques les plus célèbres comme Le Père Goriot ou Eugénie Grandet, qui constituent une part très importante de son œuvre, ont induit, à tort, une classification réductrice d’« auteur réaliste », aspect qui a notamment été attaqué et critiqué par le mouvement du Nouveau roman dans les années 1960.

Les études balzaciennes récentes soulignent au contraire le romantisme de Balzac et la poétique de ses romans, notamment dans Le Lys dans la vallée, ainsi que l’inspiration fantastique, voire mystique, qui imprègne nombre de ses romans ou nouvelles, et qui, selon Jacques Martineau, « ne disparaît jamais totalement de La Comédie humaine depuis La Peau de chagrin et La Messe de l’athée jusqu’à Louis Lambert ».

Balzac a organisé ses œuvres en un vaste ensemble, La Comédie humaine, dont le titre est une référence à La Divine Comédie de Dante12. Son projet est d’explorer les différentes classes sociales et les individus qui les composent. Il entend « faire concurrence à l’état civil » selon la formule qu’il emploie dans l’avant-propos de La Comédie humaine.

Il a classé ses textes par ensembles génériques : Études de mœurs, Études analytiques, Études philosophiques. Il attachait une énorme importance aux Études philosophiques qui permettent de comprendre l’ensemble de son œuvre. La Peau de chagrin représentait selon ses propres termes « la clé de voûte qui relie les études de mœurs aux études philosophiques par l’anneau d’une fantaisie presque orientale où la vie elle-même est prise avec le Désir, principe de toute passion ».

Honoré de Balzac a brossé un vaste tableau de la société de son temps créant des archétypes comme celui du jeune provincial ambitieux à la conquête de Paris, Eugène de Rastignac, de l’avare tyran domestique, Félix Grandet, de l’icône du père, Jean-Joachim Goriot, ce « Christ de la paternité », ou du bagnard reconverti en policier, Vautrin.

Il a influencé des auteurs comme Gustave Flaubert dont le roman L’Éducation sentimentale est directement inspiré du Lys dans la vallée, et Madame Bovary de La Femme de trente ans. Le cycle romanesque de La Comédie humaine et le principe des personnages reparaissant ont également influencé de nombreux auteurs de son siècle et du siècle suivant, notamment Émile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart et, plus tard, Marcel Proust à propos duquel Georges Cattaui écrit : « Ce sont les fameux « monomanes » de Balzac que nous revoyons, en effet, dans les grands passionnés de Proust ».

Les œuvres de Balzac continuent d’être réimprimées, y compris ses œuvres de jeunesse. Le cinéma a adapté Balzac dès 1906 avec La Marâtre d’Alice Guy ; depuis, les adaptations cinématographiques et télévisuelles de l’œuvre balzacienne se sont multipliées, avec plus d’une centaine de films et téléfilms produits à travers le monde.
Son origine, sa jeunesse et ses années de formation

Fils de Bernard François Balssa, secrétaire au conseil du Roi, directeur des vivres, maire adjoint et administrateur de l’hospice de Tours, et d’Anne-Charlotte-Laure Sallambier, issue d’une famille de passementiers du Marais, Honoré de Balzac est l’aîné des quatre enfants du couple (Laure, Laurence et Henry). Sa sœur Laure est de loin sa préférée : il y a entre eux une complicité, une affection réciproque qui ne se dément jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec lui, et en 1858, elle publie la biographie de son frère.
La Trinité et le clocher St Martin de Vendôme

De 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme puis externe au collège de Tours jusqu’en 1814, avant de rejoindre cette même année la pension Lepitre, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 l’institution de l’abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions du quartier du Marais suivaient en fait les cours du lycée Charlemagne. Le père de Balzac, Bernard François, ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire à Paris, la famille s’installe rue du Temple, dans le Marais.

Le 4 novembre 1816, Honoré de Balzac s’inscrit en droit, et obtient son baccalauréat en 1819. En même temps, il prend des leçons particulières et suit des cours à la Sorbonne. Sur l’impulsion de son père, Honoré passe ses trois ans de droit chez un avoué, ami des Balzac, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Le jeune homme exerce le métier de clerc de notaire dans cette étude où Jules Janin était déjà « saute-ruisseau » (jeune clerc de notaire ou d’avoué chargé de faire les courses). Il utilisera cette expérience pour créer le personnage de Maître Derville et l’ambiance chahuteuse des « saute-ruisseau » d’une étude d’avoué dans le Colonel Chabert.

Une plaque rue du Temple à Paris témoigne de son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais.
Les œuvres de jeunesse

Le jeune Balzac fréquente la Sorbonne, il s’éprend de philosophie31, et il affirme une vocation littéraire. Ses parents le logent alors dans une mansarde, rue de Lesdiguières, et lui laissent deux ans pour écrire, cependant qu’ils vont habiter Villeparisis, car ils n’ont plus les moyens de vivre à Paris : Balzac rédige une tragédie en vers, dont le résultat, Cromwell (1820), se révèle décevant. L’académicien François Andrieux le décourage de poursuivre dans cette voie.

Il s’oriente alors vers le roman. Et après deux tentatives maladroites, mais proches de sa vision future (Falthurne et Sténie), il se conforme au goût de l’époque et publie des romans d’aventures, qu’il rédige parfois en collaboration et caché sous des pseudonymes.

Admirateur de Walter Scott, le jeune Balzac s’efforce de l’imiter avec des romans historiques essentiellement alimentaires. Plus tard, dans une lettre à Laure Surville, il qualifiera ces œuvres de jeunesse de « cochonneries littéraires », y compris les Chouans (qu’il écrit à Fougères) dont il fait une autocritique sévère en 1834 dans une lettre au baron Gérard, auquel il envoie le roman avec les quatre premiers volumes des Études de mœurs. Signées « Lord R’hoone » ou « Horace de Saint-Aubin », les Œuvres de jeunesse de Balzac, de 1822 à 1827, qu’il considère lui-même comme indignes, contiennent selon André Maurois les germes de ses futurs romans. « Il sera un génie malgré lui ». Pourtant Balzac renie ces premiers écrits et il les proscrit de l’édition Furne de ses œuvres complètes, puis du Furne corrigé. Fabriqués dans des conditions humiliantes, longtemps « ignorés », les premiers écrits de Balzac ont récemment suscité un regain d’intérêt auprès d’universitaires qui s’interrogent sur leur lien avec la Comédie humaine. Parmi eux le professeur Teruo Mitimune. Toutefois, les balzaciens restent divisés sur l’importance de ces textes. « Les uns y cherchent les ébauches des thèmes et les signes avant-coureurs du génie romanesque, les autres doutent que Balzac, soucieux seulement de satisfaire sa clientèle, y ait rien mis qui soit vraiment de lui-même. » Ces œuvres sont rééditées en compilations depuis 1990 et 1999 notamment : L’Héritière de Birague, Falthurne, Sténie, Clotilde de Lusignan, Le Vicaire des Ardennes (seul roman de jeunesse qui ait échappé à l’échec commercial), Annette et le criminel, Wann-Chlore, Le Centenaire ou les Deux Beringheld.
Première faillite et premiers succès
Laure Junot d’Abrantès.

Dans le désarroi où se trouve le jeune Balzac, son seul soutien est Laure de Berny, la Dilecta, dont il devient l’amant en 1822. Cette femme, plus âgée de vingt ans, lui tient lieu d’amante et de mère. Elle l’encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les mœurs de l’Ancien Régime. Elle lui apporte aussi son aide lorsque, le 19 avril 1825, Balzac s’associe à Urbain Canel et Delongchamps pour éditer Molière et Jean de La Fontaine. Lâché par ses associés le 1er mai 1826, Balzac se retrouve avec une dette de seize mille francs, ce qui ne l’empêche pas, dès le 15 août 1827, de créer une fonderie de caractères avec le typographe André Barbier. Son affaire se révèle un immense échec financier : il croule sous une dette s’élevant à cent mille francs.

Après cette faillite, Balzac revient à l’écriture, pour y connaître enfin le succès en 1829 avec la Physiologie du mariage, qui fait partie des « études analytiques », et le roman politico-militaire les Chouans, souvent qualifié à tort de roman historique. Ces réussites sont les premières d’une longue série : Balzac est un des écrivains les plus prolifiques de la littérature française. Il fréquente aussi les salons, notamment celui de la duchesse d’Abrantès, avec laquelle il a commencé une orageuse liaison en 1825 et à qui il tient lieu également de conseiller et de correcteur littéraire. La dédicace de la Femme abandonnée s’adresse à elle.

Balzac devient assez vite un homme à la mode.
Ewelina Hańska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825

En 1832, intéressé par une carrière politique, et sous l’influence de la duchesse de Castries, il fait connaître ses opinions monarchistes et catholiques dans le journal légitimiste le Rénovateur. Il fait reposer sa doctrine sociale sur l’autorité politique et religieuse, en contradiction totale avec ses opinions d’origine, forgées avec son amie Zulma Carraud, une ardente républicaine.

En janvier 1833, il commence sa correspondance avec la comtesse Hańska, une admiratrice polonaise qu’il rencontre en Suisse au bord du lac de Neuchâtel, en Saxe, en Russie et qu’il va courtiser pendant dix-sept ans. Il se mariera avec elle le 14 mai 1850 à Berdytchiv en Ukraine. Ses lettres à la comtesse sont réunies après sa mort sous le titre Lettres à l’étrangère.

De 1830 à 1835, il publie de nombreux textes qui tracent déjà les grandes lignes de la Comédie humaine. Les « études philosophiques » qu’il définit comme la clé permettant de comprendre l’ensemble de son œuvre ont pour base la Peau de chagrin (1831), Louis Lambert (1832), Séraphîta (1835), la Recherche de l’absolu (1834). Les scènes de la vie privée qui inaugurent la catégorie « études de mœurs » commencent avec Gobseck (1830), la Femme de trente ans (1831), et la construction de « l’édifice », dont il expose le plan dès 1832 à sa famille avec un enthousiasme fébrile, se poursuit avec les scènes de la vie parisienne dont fait partie le Colonel Chabert (1832-35). Il aborde en même temps les scènes de la vie de province avec le Curé de Tours (1832) et Eugénie Grandet (1833), ainsi que les scènes de la vie de campagne avec le Médecin de campagne (1833), dans lequel il expose un système économique et social de type Saint-simonien.

Ainsi prend forme « le grand dessein » qui, loin d’être une simple juxtaposition d’œuvres compilées a posteriori, se développe instinctivement au fur et à mesure des écrits de Balzac59. Ses retouches maniaques et ses inspirations du moment lui font changer titre et nom des protagonistes à mesure que paraissent les œuvres. L’auteur trouve des cousinages spontanés à ses personnages et revient en arrière selon sa technique de l’« éclairage rétrospectif ». Par exemple : le Comte de Montcornet apparaît pour la première fois en 1809 dans La Paix du ménage paru en1830. Mais un an plus tôt, en 1808, il était déjà présent dans La Muse du département (paru 7 ans plus tard en 1837), où il participait à la Guerre d’indépendance espagnole
La Comédie humaine
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, photographie d’Eugène Atget (1906)

Le Père Goriot marque l’étape la plus importante dans la construction de la Comédie humaine. Balzac maîtrise désormais sa technique des personnages reparaissants, qui est une caractéristique majeure de la Comédie humaine, ainsi que celle du cycle romanesque « faisant concurrence à l’état civil ». Il expose son projet, en 1834, dans une lettre à Ewelina Hańska : « Je crois qu’en 1838, les trois parties de cette œuvre gigantesque seront, sinon parachevées, du moins superposées et qu’on pourra juger la masse ». Et il décrit les trois étages de l’édifice« les Études de mœurs, représenteront les effets sociaux, (…) la seconde assise est les Études philosophiques, car après les effets viendront les causes (…). Puis, après les effets et les causes viendront les Études analytiques, car après les effets et les causes, doivent se rechercher les principes (…). »

L’ensemble doit être organisé pour embrasser du regard toute l’époque et construire l’œuvre intitulée en 1837 les Études sociales, puis en 1841, la Comédie humaine, titre suggéré par la Divine Comédie de Dante, lorsque Balzac signe avec Dubochet, Furne, Hetzel et Paulin un traité pour la publication de ses œuvres réunies64.

Balzac va ainsi développer la complexité du monde qu’il portait déjà en lui dès 1832. « Walter Scott avait réussi à élever le roman à la dignité de l’histoire, mais n’avait pas songé à relier ses compositions l’une à l’autre. Ici intervient la seconde illumination de Balzac : écrire une histoire complète des mœurs de son temps, histoire dont chaque chapitre sera un roman. Avant de faire concurrence à l’état civil, en mettant au monde deux ou trois mille personnages, il les a liés les uns aux autres par un ciment social de hiérarchies et de professions. »

Dès lors, les publications se succèdent à un rythme accéléré : le Lys dans la vallée paraît en 1835-1836, puis Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau en 1837, suivi de la Maison Nucingen en 1838. Le Curé de village et Béatrix en 1839, Ursule Mirouët en 1841. La rédaction d’Illusions perdues s’étend de 1837 à 1843.

Balzac milite aussi pour le respect des écrivains. Dans sa « lettre aux écrivains du XIXe siècle », il les exhorte à régner sur l’Europe par la pensée plutôt que par les armes, en leur rappelant que le fruit de leurs écrits rapporte des sommes énormes dont ils ne bénéficient pas. « La loi protège la terre ; elle protège la maison du prolétaire qui a sué ; elle confisque l’ouvrage du poète qui a pensé (…). » Il sera finalement entendu. En 1838, avec notamment Victor Hugo, Alexandre Dumas, Frédéric Soulié et George Sand, il fonde la Société des gens de lettres (actuellement sise en l’hôtel de Massa, rue Saint-Jacques à Paris), association d’auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l’écrit. Il en deviendra le président en 1839. Son action, raillée par Sainte-Beuve qui ridiculisait « ce compagnonnage ouvrier et ces maréchaux de France de la littérature qui offrent à l’exploitation une certaine surface commerciale », aura dans le futur un soutien important : Émile Zola, qui poursuivra la tâche.
Le théâtre

Le théâtre n’est pas le moyen d’expression le plus naturel d’Honoré de Balzac, mais le genre dramatique est celui qui permet le plus rapidement de se faire de l’argent. Aussi l’endetté perpétuel voit-il dans l’écriture dramatique une source de revenus. Pratiquement toutes ses tentatives seront vaines, ne resteront à l’affiche que quelques jours ou seront interdites. Cependant la comédie Mercadet le faiseur obtient un certain succès lors de sa représentation en 1851.
Les dernières années et la mort
La comtesse Hanska et son chien par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.

Entre 1847 et 1848, Balzac séjourne en Ukraine chez la comtesse Hańska. De plus en plus malade, Honoré de Balzac l’épouse à Berditchev le 14 mai 1850 et les époux s’installent à Paris le 21 mai. Mais le docteur Nacquart, qui soigne l’écrivain avec trois confrères pour un œdème généralisé, ne parvient pas à éviter une péritonite, suivie de gangrène69. Trois mois plus tard, Balzac meurt le 18 août à 23 heures , rue Fortunée, éreinté par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie et par l’excès de consommation de café. Son œuvre, si abondante et si dense, exigeait un travail vorace. La rumeur voudrait qu’il eût appelé à son chevet d’agonisant Horace Bianchon70, le grand médecin de la Comédie humaine : il avait ressenti si intensément les histoires qu’il forgeait que la réalité se confondait à la fiction. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 48), où Victor Hugo prononça l’oraison funèbre. En 1855, la comtesse Hańska publie les Paysans (écrit en 1844 et inachevé). En 1854, Charles Rabou complète et publie le Député d’Arcis (écrit en 1847 et inachevé) et les Petits bourgeois (inachevé)71. En 1877 sont publiées ses œuvres complètes, en 24 volumes.
Balzac inventeur du roman moderne

Dans la Comédie humaine, Balzac a couvert tous les genres : fantastique et philosophique avec la Peau de chagrin, réaliste avec le Père Goriot, et aussi romantique avec le Lys dans la vallée. Il a produit une œuvre titanesque qui servira de référence à son siècle et au siècle suivant, donnant ainsi ses lettres de noblesse au roman, jusque-là confondu avec le feuilleton populaire. Gustave Flaubert s’est inspiré du Lys dans la vallée pour l’Éducation sentimentale et de la Femme de trente ans pour Madame Bovary.

Balzac a écrit peu de feuilletons. Si ses œuvres apparaissent dans les journaux en prépublication il a déjà en tête le roman à venir, ou en tout cas une des mille versions qu’il remaniera inlassablement.

Son « cycle romanesque » et ses « personnages reparaissants » ouvrent une voie que des auteurs comme Gide, Zola, Proust, Giono suivront à leur tour. Mais ce n’est pas seulement par le roman qu’il innove, c’est aussi par la variété des formes qu’il adopte : conte, nouvelle, essai, étude. Et aussi par son style : la précision des termes, la texture des phrases, la configuration du mot, et les nombreuses corrections apportées à ses œuvres montrent qu’il s’attache de près à l’écriture. Selon Bernard Pingaud, le roman balzacien ne ressemble guère à l’amalgame de plat réalisme et de romanesque qu’on a pu accoler à ce nom. D’autres chercheurs trouvent excessif le « réalisme » attribué à Balzac. Ainsi Marc Fumaroli a-t-il écrit : « Qu’est-ce qui rend les grands romantiques français, Chateaubriand, Tocqueville, Stendhal, Baudelaire, Flaubert, et le plus encyclopédique d’entre eux, Balzac, si universellement fascinants aujourd’hui? Ils ont vu et montré, comme débarquant, étonnés, d’une autre planète, le monde radicalement fantastique dans lequel nous sommes maintenant plongés jusqu’au cou, sans disposer de recul, alors que ces étrangers chargés d’une longue mémoire se montrèrent d’emblée extralucides, luxe qui nous est refusé. »

Pierre Barbéris considère la Comédie humaine comme une épopée qu’il explique ainsi : « Ce que les poètes, usant d’instruments traditionnels, auraient bien voulu écrire : l’épopée du XIXe siècle, c’est Balzac qui l’a écrit, avec de la prose, avec des héros qui, avant lui, étaient vulgaires, dans des décors qui, avant lui, n’étaient que pittoresques. » Zola avait déjà employé le même terme : « L’épopée moderne, créée en France, a pour titre la Comédie Humaine et pour auteur Balzac. ».
Le monde balzacien

L’œuvre est indissociable de la vie de l’auteur dont il faut suivre les folies pour comprendre ce qui nourrissait son « monde ». Balzac multiplie déménagements, dettes, amours multiples, emprunts de faux noms, lieux de résidences secrets, séjours dans des châteaux : Saché, Frapesle. Le château de Saché servira de modèle au Lys dans la vallée qui deviendra dans le roman le château de Frapesle, demeure de Laure de Berny. Balzac fréquente aussi des banquiers, il voyage en Italie, se bat avec des problèmes d’argent, avec la presse et la critique littéraire. Ainsi construit-il son édifice imaginaire : il est capable d’étudier un personnage, un milieu, une situation, de remodeler l’ensemble et de le restituer dans sa complexité. Engels disait qu’il avait plus appris sur la société du XIXe siècle dans Balzac que dans tous les livres des historiens, économistes et statisticiens professionnels.

L’auteur de la Comédie humaine est en fait le plus balzacien de tous ses personnages. Il vit lui-même leur propre vie jusqu’à épuisement. Comme Raphaël dans la Peau de chagrin, chacune de ses œuvres lui demande un effort si considérable qu’elle rétrécit inexorablement son existence, qui fut très courte.
Le personnage balzacien

La Comédie humaine n’est pas seulement cette « concurrence à l’état civil » dont se réclamait l’auteur. C’est aussi une révolte :

    « Le « monarchisme » balzacien s’inscrit à l’évidence d’abord comme un refus : de la société bourgeoise, de sa vision du monde, de son capitalisme conquérant, des nouvelles ambitions de carrières par elle engendrées. »

— Jean-Claude Lebrun dans l’Humanité.

En effet, Balzac, théoriquement partisan d’une société divisée en classes immuables, n’aime que les personnages qui ont un destin. L’être balzacien par excellence est celui de l’excès. Tous ceux auxquels l’auteur s’est visiblement attaché sont des révoltés (Calyste du Guénic dans Béatrix, Lucien de Rubempré dans Illusions perdues), des hors-la-loi (Vautrin, Henri de Marsay dans Histoire des Treize), ou des bolides humains qui traversent avec violence les étages de la hiérarchie sociale (Eugène de Rastignac, Coralie ou Esther Gobseck dans Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes, Birotteau dans César Birotteau, le musicien extravagant Gambara, la femme « emmurée » dans la Grande Bretèche).

« J’aime les êtres exceptionnels, écrit Balzac à George Sand, j’en suis un. Il m’en faut d’ailleurs pour faire ressortir mes êtres vulgaires et je ne les sacrifie jamais sans nécessité. Mais ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, je les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques. »

La création du personnage balzacien se fait en trois étapes. D’abord, Balzac part de gens connus ou de personnages livresques, puis il change tout et enrichit le portrait d’éléments empruntés à d’autres modèles. Marie d’Agoult sert ainsi de base à Béatrix de Rochefide. Dans la seconde étape, « il est guidé non plus par un désir de transposition littéraire, mais par les exigences intrinsèques à l’œuvre ». Comme un peintre prend du recul pour mieux voir son tableau, il ajoute une touche pour donner plus de relief à l’œuvre. Dans la troisième étape, il « déforme le personnage comme dans une hallucination » pour en faire l’incarnation d’une idée. Jean-Esther van Gobseck incarne la Puissance de l’Or, Jean-Joachim Goriot l’Amour Paternel, César Birotteau la Probité.
L’invention du fantastique
Un ange déchu du Paradis, par Gustave Doré.

Balzac est fortement influencé par Hoffmann qu’il est le premier à faire paraître dans la Revue de Paris en 1829. Il rend hommage à l’écrivain allemand qu’il admire « parce qu’il refuse le classicisme bourgeois et la littérature roucoulante des ex-censeurs de l’Empire. » La trace d’Hoffmann est d’ailleurs décelable dans plusieurs contes philosophiques de Balzac. Ainsi Maître Cornélius, publié en 1831 dans la Revue de Paris, doit quelque chose à Mademoiselle de Scudéry qu’Henri de Latouche avait traduit en se l’appropriant sous le titre Olivier Brusson dès 1824.

Mais bientôt, la publication massive de traductions des contes d’Hoffmann et la mode qui en découle, détournent Balzac d’un genre qu’il estime galvaudé. Dans un article paru dans la Caricature le 16 février 1832, il sait gré aux auteurs des Contes bruns, (Philarète Chasles et Charles Rabou), de n’avoir pas utilisé le mot « fantastique » : « programme malsain d’un genre qu’on a déjà trop usé par l’abus du nom seulement ». Balzac invente un fantastique nouveau, non pas comme genre littéraire, mais comme l’apparition de la réalité. C’est dans le réel que le mystère et l’horreur de la Peau de chagrin se dévoilent, le fantastique échappe à la présence de tout objet magique, il se nourrit du réel et tient à la nature des situations, des lieux et des personnages. Avec « son » fantastique, Balzac dessille les yeux du lecteur et l’oblige à regarder mieux ce qui est. Dans Massimilla Doni il parle sans détour de l’amour purement physique, dans Sarrasine95, il aborde la réalité du castrat, dans Gambara, il présente l’envers de la création musicale dans sa folie, dans Séraphîta, il traite la question de l’androgyne, ange et ange déchu. C’est par le fantastique que son réalisme atteint au « surréel » philosophique.
Mysticisme et ésotérisme balzacien
Index Librorum Prohibitorum, 1564.

« Balzac regroupait sous le terme philosophique un système d’idées mêlant : l’ésotérisme, l’occultisme, les facultés visionnaires, l’intuition prophétique, l’action métapsychique dont il pousse l’effet dans le sens du réalisme fantastique, nous serions presque tentés de dire : de la science-fiction. »

En effet, le mysticisme qui imprègne les Études philosophiques (Louis Lambert, les Proscrits, Jésus-Christ en Flandre, Séraphîta, la Recherche de l’absolu, Ursule Mirouët, mêle les influences du théologien et voyant suédois Swedenborg, du théologien danois luthérien Hans Lassen Martensen, et du médecin allemand Franz-Anton Mesmer, théoricien du magnétisme animal9. Ces tendances n’étaient pas antinomiques avec le catholicisme traditionnel transcendé par Balzac. « J’écris à la lueur de deux vérités éternelles : la religion, la monarchie, deux nécessités que les événements proclament (…). En quoi les phénomènes cérébraux et nerveux qui démontrent l’existence d’un nouveau monde moral dérangent-ils les rapports entre les mondes et Dieu ? En quoi les dogmes catholiques en seraient-ils ébranlés? ». Balzac était, en quelque sorte, en règle avec l’Église catholique, ce qui n’empêcha pas Rome de le mettre à l’Index en 1841 et de l’y laisser longtemps, non pour son mysticisme peu orthodoxe, mais parce qu’il avait écrit beaucoup de romans d’amour101. Par le décret du 20 juin 1864, sont condamnés tous les écrits de Balzac jusqu’en 1900
Les demeures de Balzac

Les demeures de Balzac font partie intégrante de la Comédie humaine, Balzac s’était identifié, à ses personnages préférés : ceux qui passaient d’une mansarde à un hôtel particulier : Lucien de Rubempré dans Illusions perdues, qui habitaient des demeures secrètes : la Fille aux yeux d’or, qui passaient de la ruine à la richesse : Raphaël de Valentin dans la Peau de chagrin), ou qui étaient grevés de dettes, comme lui : Anastasie de Restaud dans le Père Goriot. « Chaque personnage balzacien est le double de son créateur : il triomphe ou il échoue, il succombe pour détourner le sort. ». Mais on ne peut pas dire avec exactitude comment fonctionnait l’inspiration de l’auteur, s’il digérait ce qu’il avait vécu ou bien s’il poursuivait par mimétisme les folies des grandes figures de son œuvre. En tout cas l’imagination commandait et l’œuvre est là pour compenser la déraison.
Les fastes de la rue Cassini

En 1826, Balzac se réfugie chez Henri de Latouche, rue des Marais-Saint-Germain107 (aujourd’hui rue Visconti), où le rez-de-chaussée offre un espace assez vaste pour installer une imprimerie. Latouche lui aménage également une garçonnière au premier étage, où l’écrivain peut recevoir Madame de Berny.

Mais très vite, l’entreprise échoue. Alexandre Deberny prend la direction de l’affaire dont il sauve une partie. Il est le sixième des neuf enfants de Laure de Berny, il supprimera sa particule. Il sauve du désastre la fonderie de caractères qui prospérera jusqu’au XXe siècle. Elle devient la célèbre fonderie Deberny & Peignot, qui disparaîtra le 31 décembre 1972.

Mais Balzac, assailli par ses créanciers, se réfugie au no 1 de la rue Cassini, logement que son beau-frère Surville a loué pour lui dans le quartier de l’observatoire de Paris considéré à l’époque comme « le bout du monde » et qui inspirera sans doute l’environnement géographique de l’Histoire des Treize. Latouche, qui a en commun avec Balzac le goût du mobilier, participe activement à la décoration des lieux, choisissant, comme pour la garçonnière de la rue Visconti, de couvrir les murs d’un tissu bleu à l’aspect soyeux. Balzac se lance dans un aménagement fastueux, avec des tapis, une pendule à piédestal en marbre jaune, une bibliothèque d’acajou remplie d’éditions précieuses. Son cabinet de bain en stuc blanc est éclairé par une fenêtre en verre dépoli de couleur rouge qui inonde les lieux de rayons roses. Le train de vie de Balzac est à l’avenant : costumes d’une élégance recherchée, objets précieux. Le fidèle Latouche s’endette pour aider son ami à réaliser sa vision du « luxe oriental » en agrandissant par achats successifs le logement qui deviendra un charmant pavillon. C’est dans ce lieu que naîtront : les Chouans d’abord intitulé le Dernier Chouan, puis la Physiologie du mariage, la Peau de chagrin, la Femme de trente ans, le Curé de Tours, Histoire des Treize, la Duchesse de Langeais inspiré en partie par le couvent des Carmélites, proche de la rue Cassini. Mais surtout Balzac jettera pendant ces années-là les premières bases de la Comédie humaine.
Le 13 rue des Batailles
La place d’Iéna et l’avenue d’Iéna dans le prolongement.

Le train de vie fastueux de la rue Cassini a encore augmenté les dettes de Balzac. Il a accumulé orfèvrerie et objets précieux dont la célèbre canne à pommeau d’or ciselée avec ébullitions de turquoises et de pierres précieuses. Delphine de Girardin en fait un conte : la Canne de Monsieur Balzac, 1836, et Balzac écrit à la comtesse Hanska : « Ce bijou menace d’être européen… Si l’on vous dit dans vos voyages que j’ai une canne fée, qui lance des chevaux, fait éclore des palais, crache des diamants, ne vous étonnez pas et riez avec moi ».

Balzac est donc sans le sou, malgré tout l’argent qu’il a gagné avec son énorme production littéraire. Les créanciers et la garde nationale le pourchassent toujours au point qu’il doit se réfugier rue des Batailles (aujourd’hui avenue d’Iéna), dans le village de Chaillot. Et il loue son appartement sous le nom de veuve Durand. On n’y entre qu’en donnant un mot de passe, il faut traverser des pièces vides, puis un corridor pour accéder au cabinet de travail de l’écrivain. La pièce est richement meublée, avec des murs matelassés. Elle ressemble étrangement au logis secret de la Fille aux yeux d’or, dont le manuscrit est transmis à la comtesse Hańska par les soins du prince Alfred de Schönburg, envoyé extraordinaire de Ferdinand Ier auprès de Louis-Philippe, qui se risque dans « l’antre » de l’écrivain. Là, Balzac travaille jour et nuit à l’achèvement de son roman le Lys dans la vallée, dont il a rédigé l’essentiel au château de Saché. En même temps, il écrit Séraphîta qui lui donne beaucoup de mal :« (…) depuis vingt jours, j’ai travaillé constamment douze heures à Séraphîta. Le monde ignore ces immenses travaux; il ne voit et ne doit voir que le résultat. Mais il a fallu dévorer tout le mysticisme pour le formuler. Séraphîta est une œuvre dévorante pour ceux qui croient.(…). »
Le château de Saché
Balzac a fait plusieurs séjours au château de Saché à Saché en Touraine de 1830 à 1837, hôte de son ami Jean de Margonne. C’est là qu’il a travaillé à l’écriture du Père Goriot, de Illusions perdues et de La Recherche de l’absolu. Mais il y a surtout trouvé l’inspiration pour Le Lys dans la vallée. La vallée de l’Indre, ses châteaux et sa campagne ont servi de cadre au roman (on surnomme d’ailleurs le château de Saché le « château du Lys »).

Depuis le 29 avril 1951, le château abrite un musée consacré à la vie de Balzac. Il expose de nombreux documents d’époque dont quelques portraits de l’écrivain (le plus précieux étant dû à Louis Boulanger), et conserve en l’état au deuxième étage la petite chambre où il se retirait pour écrire. Une pièce de théâtre de Pierrette Dupoyet, „Bal chez Balzac”, prend pour cadre le château de Saché en 1848 (création Festival d’Avignon; Tournée en Ukraine).

Balzac achète la maison des Jardies à Sèvres en 1837 non pas pour y cultiver des ananas comme l’a prétendu Théophile Gautier120, mais pour vendre aux habitants de la capitale des parcelles à lotir dans les terrains qu’il acquiert par la suite, non loin de la voie de chemin de fer qui vient d’être créée entre Paris et Versailles. Malheureusement, toujours poursuivi par ses créanciers, il doit s’enfuir dès 1840. La seule trace qu’il ait laissée de son passage est un buffet rustique.

Léon Gozlan et Théophile Gautier ont été témoins de la folie des grandeurs de Balzac qui a d’abord voulu transformer la maison en palais avec des matériaux précieux, et qui a vaguement fait allusion à des plantations d’ananas. Mais cette anecdote reste une légende déformée et amplifiée, car Balzac rêvait d’arbres et de fruits tropicaux. Mais une fois encore, recherché à la fois par la garde nationale et par les huissiers, l’écrivain n’a pas le loisir de mettre ses projets à exécution et doit se réfugier à Passy.

Sous le nom de « Madame de Breugnol », Balzac s’installe rue Basse à Passy (actuellement rue Raynouard) dans un logement à deux issues où l’on ne pénètre qu’en donnant un mot de passe. Madame de Breugnol, de son vrai nom Louise Breugniol, existe réellement. Elle tient lieu de gouvernante à l’écrivain et introduit chez lui les visiteurs « sûrs » comme le directeur du journal l’Époque auquel Balzac doit livrer un feuilleton. L’écrivain vivra sept ans dans un appartement de cinq pièces situé en rez-de-jardin du bâtiment. L’emplacement est très commode pour rejoindre le centre de Paris en passant par la barrière de Passy via la rue Berton, en contrebas. Balzac apprécie le calme du lieu et le jardin fleuri. C’est ici que sa production littéraire est la plus abondante. Dans le petit cabinet de travail, Balzac écrit, vêtu de sa légendaire robe de chambre blanche, avec pour tout matériel une petite table, sa cafetière et sa plume.

André Maurois considère qu’il y a, à cette époque-là, deux êtres en Balzac. L’un est un gros homme qui vit dans le monde humain, qui a des dettes et craint les huissiers. L’autre est le créateur d’un monde où l’on ne s’occupe pas des misérables questions d’argent. « Le Balzac humain subit les petits bourgeois de sa famille ; le Balzac prométhéen fréquente les illustres familles qu’il a lui-même inventées. »

Dans la maison de Passy, il produit entre autres : la Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, la Cousine Bette, le Cousin Pons, et remanie l’ensemble de la Comédie humaine.

La maison de Passy, devenue aujourd’hui la maison de Balzac, a été transformée en musée en hommage à ce géant de la littérature. On y trouve ses documents, manuscrits, lettres autographes, éditions rares, et quelques traces de ses excentricités comme la fameuse canne à turquoises, et sa cafetière avec les initiales « HB ». Outre l’appartement de Balzac, le musée occupe trois niveaux et s’étend sur plusieurs pièces et dépendances autrefois occupées par d’autres locataires. Une Généalogie des personnages de La Comédie humaine est à la disposition du public. Il s’agit d’un tableau long de 14,50 m où sont référencés 1 000 personnages sur les 6 000 que compte la Comédie humaine et dont on peut acheter une copie repliable.

Balzac a une idée fixe : épouser la comtesse Hańska et aménager pour sa future femme un palais digne d’elle. Pour cela, le 28 septembre 1846, il achète (avec l’argent de la comtesse) la Chartreuse Beaujon, une dépendance de la Folie Beaujon, rue Fortunée (aujourd’hui rue Balzac). Il la décore selon ses habitudes avec une splendeur qui enchante son ami Théophile Gautier, mais cette décoration lui prend tout le temps qu’il devrait consacrer à l’écriture. D’ailleurs, Balzac n’a plus le goût d’écrire. Il lui faudra aller à Verkhovnia, en Ukraine pour retrouver son élan et produire le deuxième épisode de l’Envers de l’histoire contemporaine, la Femme auteur. Mais, de retour à Paris, c’est un Balzac à bout de force qui entame dès 1848 les Paysans et le Député d’Arcis, romans restés inachevés à sa mort. C’est d’ailleurs ce « palais » de la rue Fortunée qui aurait dû être le musée Balzac si le bâtiment n’avait été détruit et les collections dispersées.
L’entourage de Balzac
Les modèles vivants de Balzac

L’entourage entier de Balzac a servi de modèle à ses personnages, y compris lui-même dont on retrouve l’autoportrait dans de nombreux ouvrages. Comme « peintre de son temps0, » il a produit, avec la Comédie humaine, une galerie de portraits que l’on a beaucoup cherché à comparer avec les originaux.
George Sand cousant, portrait d’Eugène Delacroix (1838). Extrait d’un tableau montrant George Sand et Frédéric Chopin ensemble.

Balzac a sans doute puisé ses modèles de banquier (Nucingen) dans les acteurs de la Haute banque de l’époque dont Georges Humann faisait partie131, son modèle de parfumeur Birotteau dans d’illustres prédécesseurs comme Jean Marie Farina132, mais aussi dans un fait divers d’époque concernant un certain Bully.

Dans Béatrix on trouve des allusions assez claires à Marie d’Agoult (le personnage de Béatrix de Rochefide), qui se mit à haïr Balzac après la parution du roman où elle crut se reconnaître134. Dans le même roman, George Sand est évoquée dans le personnage de Félicité des Touches, sans doute Delphine de Girardin dans celui de Sabine, et Franz Liszt dans celui de l’amant de la marquise de Rochefide : le musicien Conti.

L’auteur a souvent mis des épisodes de sa vie privée en filigrane, notamment dans le Lys dans la vallée où l’on reconnaît Laure de Berny, à laquelle il a dédié l’ouvrage, dans le personnage de Madame de Mortsauf. Quant à Balzac lui-même, on le devine sous les traits de Félix de Vandenesse, et encore davantage dans le personnage de Louis Lambert.

On a cru voir Lamartine dans le grand poète Canalis de Modeste Mignon, ou encore Victor Hugo dans le poète Nathan que l’on retrouve dans de nombreux ouvrages : Illusions perdues, Béatrix, la Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, Modeste Mignon, la Peau de chagrin. Mais aussi peut-être dans la Cousine Bette, le couple Hulot pourrait être une transposition du ménage de Victor Hugo (Hector Hulot) et d’Adèle Foucher (Adeline Fischer).
Autoportrait au gilet vert, Eugène Delacroix (1837).

La duchesse de Castries aurait servi de modèle à Antoinette de Langeais dans le roman la Duchesse de Langeais et la duchesse d’Abrantès aurait elle-même servi de modèle à la fois à la Vicomtesse de Beauséant dans la Femme abandonnée, et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote. Balzac rédigeait la Maison à Maffliers, près de L’Isle-Adam en 1829, alors que la duchesse d’Abrantès séjournait chez les Talleyrand-Périgord dans le même lieu. Mais cette dernière affirmation reste une supposition prudente.

On a beaucoup vu Eugène Delacroix derrière Joseph Bridau, le peintre débutant de la Rabouilleuse, sans doute à cause de la description physique du garçon (Delacroix était petit et il avait une grosse tête). Il est même prénommé Eugène Bridau dans Entre savants142. Mais le Bridau de la Rabouilleuse est aussi un reflet de Balzac, enfant mal aimé par sa mère.

En réalité, les personnages de Balzac sont composites. L’auteur réunit les éléments dans un ordre très personnel, et s’il s’inspire de faits réels comme dans César Birotteau, l’ensemble est toujours habilement reconstruit et du coup chaque figure devient un puzzle.
Les liaisons balzaciennes

Balzac a entretenu de nombreuses relations amoureuses avec des femmes qui, souvent, le finançaient ou l’abritaient quand il était poursuivi par la police. À vrai dire, à l’exception de Laure de Berny et de Marie du Fresnay, ce sont presque toujours les femmes qui ont fait appel à lui en premier, sous forme de lettres d’admiratrices, comme la Comtesse Hanska, la Duchesse de Castries, Caroline Marbouty, ou sous forme d’invitations répétées et insistantes, comme la Comtesse Guidoboni-Visconti (née Lovell), issue de la plus ancienne gentry anglaise, Olympe Pélissier, sa simple « amie » Zulma Carraud mariée à un homme très âgé et qui volait sans relâche au secours d’un écrivain pour lequel elle nourrissait sans doute de tendres sentiments, et aussi une riche veuve, la baronne Caroline Deurbroucq, qu’il eut le projet d’épouser en 1832, et qu’il avait rencontré au château de Méré, chez le banquier Goüin, où Balzac allait trois fois par semaine, à pied, s’enquérir d’elle.
Étude d’Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne.

La plupart de ces femmes ont été « transposées » en personnages de La Comédie humaine. Le portrait d’Eugénie Grandet est sans doute celui de Marie du Fresnay dont il eut une fille (nommée Marie-Caroline). Le personnage de Dinah de La Baudraye dans La Muse du département est inspiré de Caroline Marbouty qui s’est déguisée en homme pour voyager avec Balzac en Italie. Vexée par la vision que l’écrivain donnait d’elle – une pâle imitation de George Sand –, Caroline a publié sous le pseudonyme de Claire Brunne un roman vengeur avec un portrait peu flatteur de Balzac. La comtesse Guidoboni-Visconti, qui sauve Balzac au moment où on vient l’arrêter chez elle pour dettes, en payant la somme demandée par la police, a « posé » pour le personnage de Lady Dudley du Lys dans la vallée, avec un certain goût du jeu, car si elle avait le feu et la passion du personnage, elle était plus généreuse et moins perverse. La Duchesse de Castries, à laquelle Balzac dédicace L’Illustre Gaudissart, une pochade qu’elle juge indigne de son rang – un des plus anciens blasons du faubourg Saint-Germain –, retrouve avec satisfaction son portrait dans La Duchesse de Langeais, du moins le croit-elle. Quant à Olympe Pélissier, c’est un mélange de toutes les demi-mondaines qui traversent La Comédie humaine sans grande souffrance (Florine, Tullia) – elle est la maîtresse d’Eugène Sue en 1847 avant d’épouser Gioachino Rossini. La scène de chambre de La Peau de chagrin a été jouée par Balzac lui-même chez Olympe, mais celle-ci ne ressemble en rien à Fœdora, brillante et moqueuse, et elle aura toujours avec Balzac des rapports amicaux et bienveillants.
Balzac et la presse

La presse n’a pas été tendre avec Balzac qui, dans ses romans, la provoquait en l’égratignant volontiers. Dans Illusions perdues, l’écrivain fait dire aux sages du Cénacle, lorsque Lucien de Rubempré annonce qu’il va « se jeter dans les journaux »

    « Gardez-vous en bien, là serait la tombe du beau, du suave Lucien que nous aimons (…). Tu ne résisteras pas à la constante opposition de plaisir et de travail qui se trouve dans la vie des journalistes ; et résister au fond, c’est la vertu. Tu serais si enchanté d’exercer le pouvoir, d’avoir le droit de vie et de mort sur les œuvres de la pensée, que tu serais journaliste en deux mois. »

Ce qui est en contradiction avec la puissante envie de Balzac de devenir maître du monde littéraire et politique, grâce à son association le Cheval rouge. En contradiction également avec ses deux entreprises de presse malheureuses : La Chronique de Paris (1835) et plus tard La Revue parisienne (1839).

Cependant, plus le succès de Balzac grandit auprès du public – « Avec la Physiologie du mariage, puis La Peau de chagrin, Balzac est dès 1829 un auteur à la mode » –, plus la critique se fait dure, injuste, et souvent mesquine, puisque son acharnement continue après sa mort.

Comme le note André Maurois dans l’épilogue de Prométhée ou la vie de Balzac :

    « Tous les grands monuments jettent de l’ombre ; il y a des gens qui ne voient que l’ombre. Les naturalistes reconnurent (à tort) en lui un ancêtre, bien que Zola crut discerner « une fêlure du génie » dans la politique et la mystique de Balzac. Émile Faguet, en 1887, lui reprochait ses idées de clerc de notaire de province et les vulgarités de son style »

Dès 1856, Léon Gozlan, qui a succédé à Balzac à la présidence de la Société des gens de lettres après Victor Hugo, témoigne de l’acharnement post mortem des critiques littéraires et surtout des universitaires qui finiront par avouer leur erreur quelques années plus tard :

    « Les journaux, il y a quelque douze ou quinze ans, se sont beaucoup occupés de Balzac, mais ils l’ont fait comme ils font tout, c’est-à-dire vite et sans réflexion. Ils ne parlèrent que de ses cheveux, de ses bagues et de sa canne. Il fut le lion de la quinzaine, mettons de l’année, puis ils le laissèrent après l’avoir grossi, exagéré et démesurément enflé. Il faut le dire, c’est cette caricature de l’homme extraordinaire qui est restée dans l’esprit de la génération. »

Les journaux de Balzac
La Chronique de Paris

En 1835, Balzac apprend que le journal La Chronique de Paris, une feuille royaliste, est à vendre, et il l’achète – comme à son habitude –, avec des fonds qu’il ne possède pas. L’entreprise, qui aurait parue dramatique à tout autre, remplit de joie un Balzac qui construit aussitôt ses « châteaux en Espagne ». Tout est simple : Gustave Planche se chargera de la critique littéraire, Théophile Gautier, dont Balzac apprécie le jeune talent, fera partie de la rédaction. Le jeune romancier, très impressionné par Balzac160, promet des articles.

Quand enfin La Chronique de Paris paraît le (1er janvier 1836), l’équipe comprend des plumes importantes : Victor Hugo, Gustave Planche, Alphonse Karr, Théophile Gautier ; pour les illustrations, on a Henri Monnier, Grandville et Honoré Daumier. Balzac se réserve la politique (puisque le journal est un outil de pouvoir) et fournira aussi des nouvelles. En réalité, si les membres de la rédaction festoient beaucoup chez Balzac, bien peu d’entre eux tiennent leurs engagements. Balzac écrit la Chronique pratiquement à lui tout seul. Il y publie des textes que l’on retrouvera plus tard dans La Comédie humaine, remaniés cent fois selon son habitude : L’Interdiction, La Messe de l’athée, Facino Cane.
François Guizot.

Quant aux articles politiques signés de sa main, voici un extrait de celui paru le 12 mai 1836 :

    « Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à Monsieur Thiers (…). Monsieur Guizot est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment. »

Au début, le journal a un grand succès et La Chronique aurait pu réussir. Mais Balzac était obligé de livrer, en même temps, à Madame Béchet, et Edmond Werdet les derniers volumes des Études de mœurs. Il avait par ailleurs fait faillite dans une entreprise chimérique avec son beau-frère Surville. Enfin il se brouille avec Buloz, nouveau propriétaire de La Revue de Paris qui avait sans doute communiqué des épreuves du Lys dans la vallée pour une publication en Russie par la Revue étrangère. Balzac refusa de continuer à donner son texte et un procès s’ensuivit. Après cinq pénibles mois, Balzac obtint satisfaction(…). Mais « ce sont des victoires qui tuent », écrivit-il à la comtesse Hańska, « encore une et je suis mort »,« La vie est trop pesante, je ne vis pas avec plaisir » ». Arrêté par la Garde nationale, conduit à la maison d’arrêt (dont l’éditeur Werdet le fit sortir assez rapidement), il est maintenant découragé. Menacé d’être mis en faillite, il décide d’abandonner La Chronique.
La Revue parisienne

L’expérience ruineuse de La Chronique de Paris aurait dû décourager Balzac à jamais de toute entreprise de presse. Mais en 1839, Armand Dutacq, directeur du grand quotidien Le Siècle et initiateur du roman feuilleton avec Émile de Girardin, lui offre de financer une petite revue mensuelle. Aussitôt Balzac imagine La Revue parisienne, dont Dutacq serait administrateur et avec lequel il partagerait les bénéfices. L’entreprise est censée servir les intérêts du feuilletoniste Balzac à une époque où Alexandre Dumas et Eugène Sue gèrent habilement le genre dans les quotidiens. Très à l’aise pour exploiter les recettes du feuilleton, ils utilisent mieux le principe du découpage et du suspens. Balzac se lance alors dans la compétition, rédigeant pratiquement seul pendant trois mois une revue qu’il veut également littéraire et politique. Il publie entre autres Z. Marcas (le 25 juillet 1840), qui sera intégré à La Comédie humaine en août 1846 dans les Scènes de la vie politique.

Outre ses attaques contre le régime monarchique, la Revue parisienne se distingue par des critiques littéraires assez violentes dans l’éloge comme dans la charge. Parmi ses victimes on compte Henri de Latouche avec lequel Balzac est brouillé et qu’il hait désormais :

    « Monsieur de Latouche n’a ni l’art de préparer des scènes, ni celui de dessiner des caractères, de former des contrastes, de soutenir l’intérêt. »

Et aussi, son ennemi naturel, Sainte-Beuve, dont le Port-Royal fait l’objet d’un véritable déchaînement. Balzac se venge des humiliations passées : « Monsieur Sainte-Beuve a eu la pétrifiante idée de restaurer le genre ennuyeux. En un point, cet auteur mérite qu’on le loue : il se rend justice, il va peu dans le monde et ne répand l’ennui que par sa plume (…). »
Stendhal en 1840.

Balzac s’en prend encore çà et là assez injustement à Eugène Sue, mais rend un hommage vibrant à La Chartreuse de Parme de Stendhal, à une époque où, d’un commun accord, la presse restait muette sur ce roman :

    « Monsieur Stendhal a écrit un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit, à l’âge où les hommes trouvent rarement des sujets grandioses, et après avoir écrit une vingtaine de volumes extrêmement spirituels, une œuvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et les gens supérieurs (…). »

Mais ceci marque le dernier numéro de La Revue parisienne qui s’éteindra après la troisième parution. Balzac et Dutacq partageront les pertes qui n’étaient d’ailleurs pas très lourdes. Cependant, une fois encore, Balzac a encore échoué dans la presse, et dans les affaires.
Monographie de la presse parisienne

Cette monographie humoristique, par Balzac (1843), a été rééditée par Jean-Jacques Pauvert en 1965, tirant ainsi des oubliettes une analyse complète des composantes de la presse répertoriées par Balzac. On trouve dans ce pamphlet la définition du publiciste, du journaliste, du « rienologue » : « Vulgarisateur, alias : homo papaver, nécessairement sans aucune variété (…), qui étend une idée d’idée dans un baquet de lieux communs, et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire dans des feuilles continues. » Balzac sait se montrer désinvolte dans la satire.

La préface de Gérard de Nerval est dans le même ton. Dans un style pince-sans-rire, il donne une définition du canard : « information fabriquée colportée par des feuilles satiriques et d’où est né le mot argot « canard » pour désigner un journal. »
Œuvres
Historique des éditions
Traduction anglaise (1901) des œuvres d’Honoré de Balzac.

Balzac a été publié chez de nombreux éditeurs. Par ordre chronologique, on peut citer les éditions Levasseur et Urbain Canel (1829), Mame-Delaunay (1830), Gosselin (1832), Madame Charles-Béchet (1833), Werdet (1837), Charpentier (1839). Une édition illustrée de Charles Furne (20 vol., in-8°, de 1842 à 1852) a réuni l’intégralité de la Comédie humaine en association avec Houssiaux, puis Hetzel, Dubochet et Paulin.
Principaux ouvrages

    Les Chouans, 1829
La Peau de chagrin, 1831
Le Chef-d’œuvre inconnu, 1831
Le Colonel Chabert, 1832
Le Médecin de campagne, 1833
Eugénie Grandet, 1833
Histoire des Treize, comprenant :
Ferragus, 1833
La Duchesse de Langeais, 1833, 1839
La Fille aux yeux d’or, 1835

Liste des œuvres selon la bibliographie d’Hugo P. Thieme (1907)

    La Recherche de l’absolu, 1834, 1839, 1845
Le Père Goriot, 1835
Le Lys dans la vallée, 10 juin 1836
La Vieille Fille, 1836
César Birotteau, 1837
La Maison Nucingen, 1838
Les Secrets de la princesse de Cadignan, 1839
Béatrix, 1839
Illusions perdues (I, 1837; II, 1839; III, 1843)
La Rabouilleuse, 1842
Modeste Mignon, 1844
La Cousine Bette, 1846
Le Cousin Pons, 1847
Splendeurs et misères des courtisanes, 1838, (Werdet), 1844-1846, (Furne), 1847 (Furne)
Ursule Mirouët, 1842, (Souverain), 1843, (Furne)

Œuvres de Balzac

La Comédie humaine

    Études de mœurs

        Scènes de la vie privée

    La Maison du chat-qui-pelote, 1830, (Mame-Delaunay), 1839, (Charpentier), 1842 (Furne)
Le Bal de Sceaux, (idem)
La Bourse, 1830, (Mame-Delaunay), 1835, (Béchet), 1839, (Charpentier), 1842 (Furne)
La Vendetta, (idem)
Madame Firmiani, 1832, (1er éd. Gosselin), 1835, (éd Béchet), 1839, (Charpentier) 1842, (Furne)
Une double famille, 1830, (1er éd.), 1842 (Furne)
La Paix du ménage, 1830, (1er éd.), 1842, (5e éd. Furne)
La Fausse maîtresse, 1842, (1er éd. Furne)
Étude de femme, 1831, (1er éd. Gosselin, 1842, (4e éd. Furne)
Albert Savarus, 1842, (1er éd. Furne)
Mémoires de deux jeunes mariées
Une fille d’Ève
La Femme abandonnée, 1833, (1er éd. Béchet)
La Grenadière
Le Message (1833) éditions Mame-Delaunay
Gobseck, 1830, (1re édition), 1842 (Furne)
Autre étude de femme, 1839-1842
La Femme de trente ans, 1834 (éd. Charles-Béchet), 1842 (Furne)
Le Contrat de mariage, 1835, (1er éd.), 1842, (Furne-Hetzel)
la Messe de l’athée, 1836
Béatrix, 1839
La Grande Bretèche, 1832, 1837, 1845
Modeste Mignon, 1844
Honorine
Un début dans la vie, 1844 (1er éd.), 1845 (Furne).

        Scènes de la vie de province

    Ursule Mirouët
Eugénie Grandet, 1833
Pierrette
Le Curé de Tours, 1832
La Rabouilleuse, 1842
Un ménage de garçon, 1842
L’Illustre Gaudissart, 1833 et 1843
La Muse du département
Le Lys dans la vallée, 1836
Illusions perdues, 1836 à 1843 comprenant :
Les Deux poètes, (1837)
Un grand homme de province à Paris, (1839)
Ève et David, 1843 (les Souffrances de l’inventeur)

            Les rivalités

    La Vieille Fille, 1836
Le Cabinet des Antiques, 1839

        Scènes de la vie parisienne

    Histoire des Treize, comprenant :
Ferragus, 1834
La Duchesse de Langeais, 1834, 1839
La Fille aux yeux d’or, 1835
Le Père Goriot, 1835
Le Colonel Chabert, 1835
Facino Cane, 1837
Sarrasine, 1831
L’Interdiction, 1836
César Birotteau, 1837 (Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau)
La Maison Nucingen, 1838
Pierre Grassou
Les Secrets de la princesse de Cadignan
Les Employés ou la Femme supérieure
Splendeurs et misères des courtisanes, 1838, (Werdet), 1844-1846, (Furne)
Dans les parents pauvres (classement)
Le Cousin Pons, 1847
La Cousine Bette, 1846
Un prince de la bohème
Un homme d’affaires (Esquisse d’homme d’affaires d’après nature)
Gaudissart II
Les Comédiens sans le savoir

        Scènes de la vie politique

    Un épisode sous la Terreur
Une ténébreuse affaire
Z. Marcas
L’Envers de l’histoire contemporaine

        Scènes de la vie militaire

    Les Chouans, 1829
Une passion dans le désert

        Scènes de la vie de campagne

    Le Médecin de campagne, 1833
Le Curé de village, 1841
Le Lys dans la vallée, 1836

    Études philosophiques

    La Peau de chagrin, 1830, 1834, 1837, Furne : 1846
Jésus-Christ en Flandres
Melmoth réconcilié, suite de Melmoth, l’homme errant, roman gothique de Charles Robert Maturin
Le Chef-d’œuvre inconnu, 1831, 1837, (Furne : 1846)
La Recherche de l’absolu, 1834, 1839, 1845
Massimilla Doni
Gambara
Les Proscrits, 1831176
Louis Lambert
Séraphîta
L’Enfant maudit
Les Marana
Adieu !, 1830
Le Réquisitionnaire
El Verdugo
Un drame au bord de la mer, 1834, 1835, 1843, 1846
L’Auberge rouge
L’Élixir de longue vie, 1831, 1834, 1846
Maître Cornélius, 1832, 1836, 1846
Sur Catherine de Médicis, 1836-1844

    Études analytiques

    Physiologie du mariage, 1829 (Levasseur), 1846, (Furne)
Petites misères de la vie conjugale
Pathologie de la vie sociale comprenant
Traité de la vie élégante
Théorie de la démarche
Traité des excitants modernes

    Ébauches rattachées à la Comédie humaine

Les ébauches rattachées à la Comédie humaine sont des contes, nouvelles, fragments d’histoire ou des essais qui permettent de reconstituer le parcours littéraire d’un auteur prolifique et d’en éclairer les zones d’ombre. En cela, elles ont une valeur historique importante, et parfois, une valeur littéraire inattendue. Mais c’est surtout par ce qu’elles nous apprennent de Balzac et de sa manière d’écrire qu’elles sont précieuses. L’ensemble de ces manuscrits éparpillés à la mort de l’auteur ont pu être réunis grâce au patient travail de collectionneur du vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul, et après lui aux « archéologues littéraires » qui ont travaillé à remettre en ordre et à interpréter le sens de ces textes en cherchant ce qui les rattachaient à la Comédie humaine. Ils ont d’abord été rassemblés en 1937 par Marcel Bouteron (huit textes), puis Roger Pierrot en 1959 (dix textes), Maurice Bardèche. Beaucoup de ces textes étaient restés inédits du vivant de l’auteur, d’autres avaient été publiés. En 1950, lors du centenaire de la mort de Balzac, deux textes furent édités séparément : la Femme auteur et Mademoiselle du Vissard. Et de nouveau la Femme auteur et d’autres fragments de la Comédie humaine. L’ensemble étant publié dans un tome complémentaire de la Pléiade. Pratiquement toutes les ébauches mises à jour ont été successivement publiées par Maurice Bardèche dans les Œuvres complètes de Balzac, puis en 1968 par Roger Pierrot et J. A. Ducourneau, en respectant les divisions de la Comédie humaine que Balzac avait donné aux vingt-cinq textes et que La Pléiade a également respectées.

    Publiés après la mort de l’écrivain

    Les Paysans (inachevé)
Le Député d’Arcis (inachevé), terminé et publié en 1854 par Charles Rabou, selon la promesse qu’il avait faite à Balzac peu avant sa mort. Le texte se compose de trois parties :
L’Élection 1847
Le Comte de Sallenauve (inachevé), terminé et publié par Charles Rabou en 1856
La Famille Beauvisage, 1854-1855
Les Petits bourgeois de Paris (inachevé), terminé et publié par Charles Rabou en 1856-1854

Divers

    La Comédie du diable, 1831
Les Cent contes drolatiques, 1832 – 1837.
La Belle Impéria, (conte satirique).
Le Péché véniel, (idem).
La Chière nuictée d’amour, (idem)
Contes bruns, 1832 en participation avec Philarète Chasles et Charles Rabou
Peines de cœur d’une chatte anglaise et autres Scènes de la vie privée et publique des animaux – Études de mœurs. 1844 et 1845. Éditions Hetzel.
Voyage d’un moineau de Paris à la recherche du meilleur gouvernement (signé George Sand, mais écrit par Balzac).
Les Amours de deux bêtes (Balzac).
Guide-âne à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs, (Balzac)
Voyage d’un lion d’Afrique à Paris
Essai sur l’argot, 1844 inséré dans la quatrième partie de Splendeurs et misères des courtisanes.
Voyage de Paris à Java, 1832.
La Chine et les chinois, 1842.

Œuvres de jeunesse

    Sténie, 1819
Falthurne, 1822
Clotilde de Lusignan, 1823
Annette et le criminel, 1824
Le Vicaire des Ardennes, 1822
le Centenaire ou les Deux Beringheld,1824
L’Héritière de Birague, 1822
Wann-Chlore, 1825

Postérité de l’auteur et de son œuvre

Après l’acharnement contre Balzac de la presse, de la critique, et d’universitaires qui poursuivront leur dénigrement après la mort de l’auteur (notamment Émile Faguet), La Comédie humaine est saluée comme un chef-d’œuvre par les plus grandes plumes. Dans les premiers à prendre la défense de Balzac, on compte Jules Barbey d’Aurevilly qui écrit en 1857 dans Le Pays : « Pour tout dire en un mot, il restera prouvé qu’en hachant n’importe où, une page de Balzac, en tronquant cet ensemble merveilleux d’une page, on aura, avec des teintes nouvelles et l’originalité la plus profonde, quelque chose comme les Caractères de La Bruyère, les Maximes de La Rochefoucauld, les Pensées de Vauvenargues et de Joubert, et les Aphorismes de Bacon ».

Hippolyte Taine publie en 1865 une étude intuitive de La Comédie humaine186, ainsi que plusieurs articles élogieux dans Le Journal des débats (février et mars 1858), et dès 1858 Balzac : sa vie, son œuvre, qui sera réédité en 1865 et 1901, texte auquel Zola se réfèrera souvent, tout en prétendant le contester. Il déclare dans L’Événement qu’il est « l’humble disciple de Monsieur Taine ».

Émile Zola, dès 1866, commence la publication de ses critiques intitulées Mes Haines où il fait l’éloge de La Comédie humaine. Le 29 mai 1867, à Antony Valabrègue il écrit : « Avez-vous lu tout Balzac ? Quel homme ! Je le relis en ce moment. Il écrase tout le siècle. Victor Hugo et les autres, pour moi, s’effacent devant lui ». Quant à La Comédie humaine, il la définit ainsi : « L’épopée moderne, créée en France, a pour titre la Comédie humaine et pour auteur Balzac ». Et encore : « Balzac est à nous, Balzac, le royaliste, le catholique a travaillé pour la république, pour les sociétés et les religions libres de l’avenir ».

Roland Barthes compte aussi parmi les critiques enthousiastes de Balzac  : « Balzac, c’est le roman fait homme, c’est le roman tendu jusqu’à l’extrême de son possible. C’est en quelque sorte le roman définitif. »

Félicien Marceau voit même une étrange similitude phonétique entre En attendant Godot de Samuel Beckett et Le Faiseur de Balzac : « Godeau !… Mais Godeau est un mythe !… Une fable !… Godeau, c’est un fantôme… Vous avez vu Godeau ?… Allons voir Godeau ! (Balzac, Le Faiseur) ». Félicien Marceau de conclure : « … qui dira le mystérieux pouvoir des syllabes qui, à plus de deux cents ans de distance, fait écrire à Samuel Beckett : En attendant Godot, et à Balzac sa pièce Le Faiseur, où, pendant cinq actes, on ne fait qu’attendre Godeau ? ».

    « Qu’on le veuille ou non, Balzac est le plus grand des romanciers français »

— Michel Lichtlé, 11 septembre 2008
Balzac et les artistes
Balzac et les écrivains de son temps

Balzac avait peu d’ennemis parmi les grandes plumes de son époque, même si d’inévitables chamailleries éclataient parfois. Ses seuls véritables ennemis étaient ceux que Boris Vian désignera comme des « pisse-copie », à savoir les critiques littéraires hargneux et impuissants tels Sainte-Beuve auquel Michel Polac attribue « la petite aigreur de l’écrivain raté qui le rend plus proche d’un critique de la NRF des années 20-40, que de ses contemporains » et qu’Angelo Rinaldi attaque avec humour dans l’Express du 16 décembre 1988. D’après lui, l’auteur « a pour idée fixe de décrire la société dans son entier, telle qu’elle est : avec ses parties vertueuses, honorables, grandes, honteuses, avec le gâchis de ses rangs mêlés, avec sa confusion de principes, ses besoins nouveaux et ses vieilles contradictions ».

De nombreux peintres, caricaturistes ou illustrateurs ont enrichi les œuvres d’Honoré de Balzac depuis leur parution, dans des éditions multiples.

    Henri Monnier : le Curé de Tours
Grandville et Paul Gavarni : Peines de cœur d’une chatte anglaise et Autres scènes de la vie privée et publique des animaux, éd. Hetzel en 1844 et 1845
Célestin Nanteuil contribue huit dessins dans l’édition Furne de La Comédie humaine.
Charles Huard : la Cousine Bette pour l’édition 1910
Honoré Daumier : dessin pour Ferragus, Le Père Goriot et liste des illustrateurs de Balzac
Louis Édouard Fournier : illustrations du Lys dans la vallée
Édouard Toudouze : une dizaine de romans ou nouvelles
Auguste Leroux : illustrations pour Eugénie Grandet, Ferroud 1911 – Collection Librairie des amateurs; Les 26 compositions d’Auguste Leroux, en texte et hors texte, dont un frontispice, ont été gravées sur bois en couleurs par Florian, Froment et Duplessis.
Gustave Doré : 425 dessins pour les Cent contes drolatiques
Daniel Hernandez, peintre péruvien : illustrations pour Le Curé de village, Illusions perdues, Le Médecin de campagne.
Albert Robida : illustrations pour les Cent contes drolatiques
Oreste Cortazzo : dessins pour La Rabouilleuse, Le Député d’Arcis, Petites misères de la vie conjugale, Peines de cœur d’une chatte anglaise
Pablo Picasso : Picasso et le Chef-d’œuvre inconnu. Ambroise Vollard proposa en 1921199 à Picasso d’illustrer le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac. L’histoire met en scène un vieux peintre de génie (Frenhofer) auquel Picasso, fasciné par le texte, s’identifia d’autant plus aisément que l’atelier de Frenhofer se situait rue des Grands Augustins. Peu de temps après la proposition de Vollard, Picasso allait louer lui-même un atelier au numéro 7 de cette même rue où il peindrait son chef-d’œuvre : Guernica.
Pierre Alechinsky : le Traité des excitants modernes, 1989. Le livre, accompagné d’une postface de Michel Butor est publié par Yves Rivière.
Pol Bury : La deuxième partie de Pathologie de la vie sociale, Théorie de la démarche, livre illustré en 1990
Dai Sijie : Balzac et la Petite Tailleuse chinoise. Il est évoqué par Luo et le narrateur comme un dieu dans le temps de la rééducation de Mao Zedong.

Portraits de l’auteur
Balzac par David d’Angers.

    Portrait de Balzac par Louis Boulanger, 1829
Portrait de Balzac (vers 1825) attribué à Achille Devéria
Portrait et médaillon par David d’Angers
Daguerréotype par Louis-Auguste Bisson
Portrait de Balzac lithographie par Pablo Picasso
Portrait de Balzac lithographie par Gen Paul

Sculptures

Des sculptures de Balzac ont été réalisées par Jean-Pierre Dantan, Auguste Rodin, Francesco Putinati, David d’Angers (buste de Balzac), Alexandre Falguière, statue de Balzac aujourd’hui avenue de Friedland à Paris, et d’autres artistes.

Vers la fin du XIXe siècle la Société des gens de lettres passe commande d’une statue de Balzac à Henri Chapu qui meurt en juillet 1891, ne laissant qu’esquisses et ébauches du monument. Émile Zola obtient alors que la commande soit confiée à Auguste Rodin le 14 août 1891.
Monument à Balzac (1891-1898), Musée Auguste Rodin. Statue visible boulevard Raspail.

Rodin, ne connaissant pas Balzac, se livre à de nombreuses recherches. Il s’immerge dans la Comédie humaine, consulte archives et collections, produit des têtes des bustes, des nus. Jusqu’au moment où jaillit l’idée finale en observant l’une des figures de ses Bourgeois de Calais. Il s’ensuivra une polémique violente lors de la première présentation de l’œuvre qui fait scandale.

Malgré les articles élogieux d’Émile Zola, le sculpteur est en bute aux pires insultes. La Société des gens de lettres désavoue Rodin et commande à Alexandre Falguière un « Balzac sans heurts ».

Rodin emporte l’œuvre dans sa villa de Meudon et c’est là, que, quelques années plus tard, un jeune photographe allemand en découvrira la beauté, assurant les débuts de sa postérité. Ce n’est qu’en 1939 qu’un tirage en bronze fut érigé à Paris, boulevard Raspail. Rodin écrivait en 1908 : « Si la vérité doit mourir, mon Balzac sera mis en pièces par les générations à venir. Si la vérité est impérissable, je vous prédis que ma statue fera du chemin. Cette œuvre dont on a ri, qu’on a pris soin de bafouer parce qu’on ne pouvait la détruire, c’est la résultante de toute ma vie, le pivot même de mon esthétique. Du jour où je l’eus conçue, je fus un autre homme. »

On peut trouver d’autres sculptures monumentales de Balzac au XIXe siècle celle de David d’Angers pour la tombe de l’écrivain au cimetière du Père-Lachaise et au XXe siècle, celle que le sculpteur russe Zourab Tsereteli a offert à la ville d’Agde.

Balzac s’est lui-même passionnément intéressé à la sculpture en lui consacrant une nouvelle : Sarrasine où il montre ce qu’il y a de dangereux, (voire de mortel), dans cet art qui recrée l’être humain : « Contournable, pénétrable, en un mot profonde la statue appelle la visite, l’exploration, la pénétration; elle implique idéalement la plénitude et la vérité de l’intérieur (…) ; la statue parfaite selon Sarrasine, eût été une enveloppe sous laquelle se fût tenue une femme réelle (à supposer qu’elle-même fût une chef-d’œuvre) dont l’essence de réalité aurait vérifié et garanti la peau de marbre qui lui aurait été appliquée. »

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