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François René CHATEAUBRIAND

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***

François-René, vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 et mort à Paris le 4 juillet 1848, est un écrivain romantique et homme politique français. Il est considéré comme l’un des précurseurs du romantisme français et un des grands noms de la littérature française en général.

Si le rôle politique de Chateaubriand dans la mouvance royaliste au moment du Premier Empire et de la Restauration est resté mineur, il en va tout autrement dans le domaine littéraire où sa place est grande. En effet ses descriptions de la nature et son analyse des sentiments du « moi » en ont fait un modèle pour la génération des écrivains romantiques en France (« Je veux être Chateaubriand ou rien » proclamait le jeune Victor Hugo). Il a aussi, le premier, dans René, ou les Effets des passions (1802) formulé le « vague des passions » qui deviendra un lieu commun du romantisme et fera de René le personnage emblématique de cette sensibilité nouvelle, créée avec une prose ample et rythmée que ses détracteurs qualifieront d’ampoulée.

Il participera aussi au goût pour l’exotisme de l’époque en évoquant l’Amérique du Nord où il a voyagé dans Atala (1801) ou Les Natchez (1826) ou encore dans le récit de son voyage en Méditerranée dans Itinéraire de Paris à Jérusalem en 1811.

L’œuvre monumentale de Chateaubriand reste les Mémoires d’outre-tombe (posthumes, 1849-1850) dont les premiers livres recréent son enfance et sa formation dans son milieu social de petite noblesse bretonne à Saint-Malo ou à Combourg alors que les livres suivants relèvent davantage du tableau historique des périodes dont il a été le témoin de 1789 à 1841. Ce qui fait de ce texte à la fois un chef-d’œuvre de l’autobiographie romantique et une mine d’informations pour l’historien.
Le vicomte François-René de Chateaubriand est issu d’une très vieille famille aristocratique ruinée de Saint-Malo où elle s’est établie en 1757, famille qui a retrouvé sa dignité d’antan grâce à la réussite commerciale du père de Chateaubriand, le comte René-Auguste (René-Auguste de Chateaubriand, chevalier, comte de Combourg, seigneur de Gaugres, le Plessis l’Épine, Boulet, Malestroit en Dol et autres lieux). Cette réussite commerciale est fondée sur le commerce avec les colonies où il fut corsaire en temps de guerre, pêcheur de morue et négrier en temps de paix2. Cadet de dix enfants, dont quatre sont morts en bas âge, le jeune François-René doit d’abord vivre éloigné de ses parents, à Plancoët où il est placé en nourrice chez sa grand-mère Madame de Bédée qui l’amène souvent chez son grand-oncle, au manoir de Monchoix. Il a trois ans lorsque son père, réussissant dans les affaires, peut racheter en 1761 le château de Combourg en Bretagne, dans lequel la famille Chateaubriand s’installe en 1777. François-René y passe une enfance qu’il décrira comme souvent morose auprès d’un père taciturne et d’une mère superstitieuse et maladive, mais gaie et cultivée, Apolline Jeanne Suzanne de Bédée, fille du seigneur de La Bouëtardaye.

Il fait successivement ses études aux collèges de Dol (1777 à 1781), de Rennes (1782) et de Dinan (1783), il obtient un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à 17 ans, sous les ordres de son frère Jean-Baptiste (lequel le présentera à la Cour pour qui il ressent « un dégoût invincible »), puis est fait capitaine à dix-neuf ans. Il vient à Paris en 1788, où il se lie avec Jean-François de La Harpe, Jean-Pierre Louis de Fontanes et autres écrivains de l’époque. Chateaubriand fait ses débuts littéraires en écrivant des vers pour l’Almanach des Muses. Il est alors nourri de Corneille et marqué par Rousseau.

En janvier 1789, il participe aux États de Bretagne. En juillet de la même année, il assiste à la prise de la Bastille avec ses sœurs Julie et Lucile.

Il se marie en 1792 avec Céleste de La Vigne-Buisson (Céleste de Chateaubriand), descendante d’une famille d’armateurs de Saint-Malo, âgée de 17 ans. Ils n’auront pas de postérité.
L’exilé
Chateaubriand à l’armée de Condé.

À l’époque de la Révolution française, en 1791, il s’éloigne de France et s’embarque pour le Nouveau Monde (Baltimore), avec le « prétexte de chercher le passage du Nord-Ouest ». Il parcourt pendant une année, écrit-il, les forêts de l’Amérique du Nord à la rencontre du bon sauvage, vivant avec les autochtones et ébauchant sur les lieux son poème des Natchez. Il trouve dans ces paysages le reflet de son sentiment d’exil et de solitude.

De retour d’Amérique en 1792, il rejoint à Coblence l’armée des émigrés afin d’y combattre les armées de la République ; sa jeune femme Céleste, qui vit en Bretagne, délaissée par son mari qui ne lui donne pas de nouvelles, est arrêtée comme « femme d’émigré », emprisonnée à Rennes, où elle reste jusqu’au 9 Thermidor. François-René, blessé au siège de Thionville, se traîne jusqu’à Bruxelles3, d’où il est transporté convalescent à Jersey. C’est la fin de sa carrière militaire.

Il va ensuite vivre à Londres, en 1793, dans un dénuement momentané, mais réel (il vit dans un grenier de Holborn) où il est réduit à donner des leçons de français et à faire des traductions pour les libraires. Il y publie en 1797 son premier ouvrage, l’Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, où il exprime des idées politiques et religieuses peu en harmonie avec celles qu’il professera plus tard, mais où se révèle déjà son talent d’écrivain. « Pour cet ouvrage il se nourrit de Rousseau, de Montesquieu, de Voltaire. » Cette œuvre passe inaperçue de la critique. Seul, Amable de Baudus s’en fait l’écho dans son journal, le Spectateur du Nord de mai 1797.

En 1794, son frère et sa belle-sœur (une petite-fille de Malesherbes, l’avocat de Louis XVI) et une partie de leur famille sont guillotinés à Paris.
Retour en France et premiers succès littéraires

Une lettre de sa mère mourante le ramène à la religion. De retour en France en 1800, il dirige pendant quelques années le Mercure de France avec Jean-Pierre Louis de Fontanes, et y fait paraître, en 1801, Atala, création originale qui suscite une admiration universelle.

Il compose vers la même époque René, œuvre empreinte d’une mélancolie rêveuse, qui devient un modèle pour les écrivains romantiques. Dans cette œuvre, il rapporte de manière à peine déguisée l’amour chaste, mais violent et passionné qu’il a entretenu pour sa sœur Lucile, qui le surnommait « L’enchanteur ». Sa femme Céleste vit alors avec Lucile dans leur château de Bretagne, mais elles ont cessé de parler de François-René, leur grand homme qu’elles aiment.

Il publie ensuite le 14 avril 1802 le Génie du christianisme, en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala et René, à l’origine, sont seulement des épisodes : il s’est proposé d’y montrer que le christianisme, bien supérieur au paganisme par la pureté de sa morale, n’est pas moins favorable à l’art et à la poésie que les « fictions » de l’Antiquité. Il y célèbre la liberté, selon lui fille du christianisme, et non de la Révolution. Ce livre fait événement et donne le signal d’un retour du religieux après la Révolution.

Chateaubriand, remarqué par le Premier Consul Napoléon Bonaparte, est choisi en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme premier secrétaire d’ambassade. François-René reparaît alors au château, tout juste vingt-quatre heures, pour inviter sa femme Céleste à l’accompagner à Rome. Celle-ci, apprenant sa liaison avec la comtesse Pauline de Beaumont, refuse le ménage à trois.

Chargé en 1804 de représenter la France près de la République du Valais, il apprend l’exécution du duc d’Enghien : il donne immédiatement sa démission et passe dans l’opposition à l’Empire. Lors du sacre de l’empereur, il va chez son ami Joseph Joubert à Villeneuve-sur-Yonne où il écrit plusieurs chapitres des Martyrs et des passages des Mémoires d’outre-tombe.
Le voyage en Orient

Rendu aux Lettres, Chateaubriand conçoit le projet d’une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le paganisme expirant et la religion naissante. Désireux de visiter par lui-même les lieux où situer l’action, il parcourt la Grèce, l’Asie Mineure, la Palestine et l’Égypte durant l’année 1806.

À son retour d’Orient, exilé par Napoléon à trois lieues de la capitale, il acquiert la Vallée-aux-Loups, dans le Val d’Aulnay (actuellement dans la commune de Châtenay-Malabry), près de Sceaux, où il s’enferme dans une modeste retraite. Sa femme Céleste l’y rejoint, elle raconte dans ses Souvenirs, avec humour, les conditions pittoresques de l’aménagement. Chateaubriand y compose Les Martyrs, sorte d’épopée en prose, parue seulement en 1809.

Les notes recueillies durant son voyage forment la matière de L’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). La même année, Chateaubriand est élu membre de l’Académie française, à la place de Marie-Joseph Chénier ; mais comme il a, dans son projet de discours de réception, blâmé sévèrement certains actes de la Révolution, Napoléon ne consent pas à lui laisser le prononcer. Il ne lui est donc pas permis de prendre possession de son siège. Il l’occupe seulement après la Restauration.
Faveur et disgrâce

Chateaubriand accueille avec transport le retour des Bourbons. Dès le 30 mars 1814, il publie contre l’empereur déchu un virulent pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons, qui est diffusé à des milliers d’exemplaires, et qui, aux dires de Louis XVIII que Chateaubriand rapporte, le servit autant que cent mille hommes. Sa femme trouve à s’engager à ses côtés à Gand pendant les Cent-Jours, à Paris lors du retour des Bourbons. Avec un sens inattendu de la politique auquel elle mêle un bon sens naturel, Céleste devient la confidente de Chateaubriand et même son inspiratrice. Pendant toute la Restauration, elle joue auprès de lui un rôle de conseillère écoutée. Nommé ambassadeur en Suède, Chateaubriand n’a pas encore quitté Paris quand Napoléon Ier revient en France en 1815. Il accompagne alors Louis XVIII à Gand, et devient un des membres de son cabinet. Il lui adresse le célèbre Rapport sur l’état de la France.

Après la défaite de l’Empereur, Chateaubriand, tant choqué par l’exécution du duc d’Enghien, « dernier descendant du vainqueur de Rocroi », a moins de scrupules à voter la mort pour le maréchal Ney en décembre 1815 à la chambre des pairs. Il est nommé ministre d’État et pair de France ; mais ayant, dans La Monarchie selon la Charte, attaqué l’ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissout la Chambre introuvable, il est disgracié et perd son poste de ministre d’État. Il se jette dès lors dans l’opposition ultraroyaliste, et devient l’un des principaux rédacteurs du Conservateur, le plus puissant organe de ce parti. D’après Pascal Melka, auteur de Victor Hugo, un combat pour les opprimés. Étude de son évolution politique, le Conservateur sera à l’origine du journal Le Conservateur Littéraire qui emploiera Victor Hugo.
En 1820, Chateaubriand habite le 27 rue Saint-Dominique.

Le meurtre du duc de Berry, en 1820, le rapproche de la cour : il écrit à cette occasion des Mémoires sur la vie et la mort du duc. En 1821, Il est nommé ministre de France à Berlin, puis ambassadeur à Londres, (où son cuisinier invente la cuisson de la pièce de bœuf qui porte son nom). En 1822, il représente la France au congrès de Vérone.

En 1823, il reçut des mains de l’empereur Alexandre Ier de Russie l’Ordre de Saint-André9, et reçut de Ferdinand VII le collier de l’Ordre de la Toison d’Or (brevet no 919).

Il est l’un des plénipotentiaires au congrès de Vérone et fait décider l’invasion de l’Espagne révolutionnaire, malgré l’opposition apparente de l’Angleterre (en réalité, cette dernière souhaitait l’intervention en Espagne). À son retour, il reçoit le portefeuille de ministre des Affaires étrangères ; il réussit l’aventure espagnole avec la prise de Cadix à la bataille du Trocadéro en 1823 ; mais, n’ayant pu s’accorder avec de Villèle, chef du gouvernement, il est brutalement congédié le 6 juin 1824. Il déclare à ce sujet :

    «  Et pourtant qu’avais-je fait ? Où étaient mes intrigues et mon ambition ? Avais-je désiré la place de Monsieur de Villèle en allant seul et caché me promener au fond du Bois de Boulogne ? J’avais la simplicité de rester tel que le ciel m’avait fait, et, parce que je n’avais envie de rien, on crut que je voulais tout. Aujourd’hui, je conçois très bien que ma vie à part était une grande faute. Comment ! vous ne voulez rien être ! Allez-vous-en ! Nous ne voulons pas qu’un homme méprise ce que nous adorons, et qu’il se croie en droit d’insulter la médiocrité de notre vie.  »

— Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe
Hôtel de Beaune, au no 7 rue du Regard, où Chateaubriand résida de 1825 à 1826.

Il demeure de 1826 à 1828 à Paris.

Il rentre aussitôt dans l’opposition, mais pour s’unir cette fois au parti libéral, et combat à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des pairs, soit dans le Journal des débats, où il donne le signal de la défection : il se montre alors le chevalier défenseur de la liberté de la presse et de l’indépendance de la Grèce, ce qui lui vaut une grande popularité.

À la chute de Villèle, il est nommé ambassadeur à Rome (1828), où Céleste l’accompagne cette fois et où elle tient son rang d’ambassadrice avec brio. Mais il donna sa démission à l’avènement du ministère Polignac, ce qui fut son déclin politique.

Chateaubriand vit un dernier amour en 1828-1829 avec Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac : la jeune femme de 26 ans lui écrit d’abord des lettres enflammées, et ils se rencontrent uniquement en août 1829 dans la station thermale de Cauterets dans les Hautes-Pyrénées. Cette rencontre, platonique ou non, Chateaubriand l’évoque dans un chapitre des Mémoires d’outre-tombe avec l’expression « la jeune amie de mes vieux ans ». Cet amour romantique a inspiré le film de Jean Périssé sorti en 2008 L’Occitanienne ou le dernier amour de Chateaubriand.
L’abandon de la carrière politique et les dernières années

« Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l’explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l’histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J’observe également combien il est rare qu’un grand artiste possède des dons politiques à ce degré ».

Charles de Gaulle cité par Philippe de Saint-Robert (op. cit., p. 28 et 29).

De plus en plus en rupture avec les partis conservateurs, désabusé sur l’avenir de la monarchie, il se retire des affaires après la Révolution de 1830, quittant même la Chambre des Pairs. Il ne signale plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d’un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry (1833), mémoire au sujet duquel il est poursuivi, mais acquitté. Il publie également en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8°), résumé d’histoire universelle où il veut montrer le christianisme réformant la société. Cet ouvrage se veut le frontispice d’une Histoire de France, méditée depuis longtemps, mais inachevée.
120 (ex-112) rue du Bac, à Paris, où Chateaubriand vécut de 1838 à sa mort.

Ses dernières années se déroulent dans une profonde retraite10, en compagnie de son épouse. Il ne quitte guère sa demeure (composée d’un appartement au rez-de-chaussée de l’Hôtel des Missions Étrangères, au 120 rue du Bac à Paris), que pour aller à l’Abbaye-aux-Bois, toute proche, chez Juliette Récamier, dont il est l’ami constant et dont le salon réunit l’élite du monde littéraire.

Il reçoit de son côté de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, et se consacre à achever la rédaction de ses mémoires, commencée en 1811.
Ce vaste projet autobiographique, Mémoires d’outre-tombe, ne devait paraître, selon le vœu de l’auteur, que cinquante ans après sa mort.
Il en sera finalement autrement puisque, pressé par des problèmes financiers, Chateaubriand cède les droits d’exploitation de l’ouvrage à une « Société propriétaire des Mémoires d’outre-tombe », constituée le 21 août 1836, qui exigera que l’œuvre soit publiée dès le décès de son auteur, et y pratiquera des coupes franches, afin de ne pas heurter le public, ce qui inspirera d’amers commentaires à Chateaubriand :

    « La triste nécessité qui m’a toujours tenu le pied sur la gorge, m’a forcé de vendre mes Mémoires. Personne ne peut savoir ce que j’ai souffert d’avoir été obligé d’hypothéquer ma tombe […] mon dessein était de les laisser à madame de Chateaubriand : elle les eût fait connaître à sa volonté, ou les aurait supprimés, ce que je désirerais plus que jamais aujourd’hui.
Ah ! si, avant de quitter la terre, j’avais pu trouver quelqu’un d’assez riche, d’assez confiant pour racheter les actions de la Société, et n’étant pas, comme cette Société, dans la nécessité de mettre l’ouvrage sous presse sitôt que tintera mon glas ! »

— Chateaubriand, Avant-Propos aux Mémoires d’outre-tombe, 1846

Son dernier ouvrage qui était une « commande » de son confesseur est Vie de Rancé, une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700), abbé mondain propriétaire du château de Véretz, en Touraine et réformateur rigoureux de la Trappe, publiée en 1844. Dans cette biographie, Chateaubriand égratigne une autre célébrité de Véretz, son contemporain Paul-Louis Courier, le redoutable pamphlétaire qui décocha des flèches mortelles contre le régime de la Restauration soutenu par le vicomte et brocarda celui-ci dans plusieurs de ses écrits.

En 1847, Céleste meurt : « Je dois une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme dont l’attachement a été aussi touchant que profond et sincère. Elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m’inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. »

Chateaubriand meurt à Paris le 4 juillet 1848.

Ses restes sont transportés à Saint-Malo et déposés face à la mer, selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, îlot situé dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.
Tombe face à la mer sur le rocher du Grand Bé.
Analyse de l’œuvre

« Chateaubriand portait jusqu’à la cime la gloire émouvante de nos lettres ». Charles de Gaulle, discours du 2 février 1969 à Quimper (Discours et Messages, t. V, Plon, p. 376).

Par son talent comme par ses excès, Chateaubriand peut être considéré comme le père du romantisme en France. Ses descriptions de la nature et son analyse des sentiments du moi en ont ainsi fait un modèle pour la génération des écrivains romantiques. Il a, le premier, formulé le « vague des passions » qui deviendra un lieu commun du romantisme :

    « Il reste à parler d’un état de l’âme, qui, ce nous semble, n’a pas encore été bien observé ; c’est celui qui précède le développement des grandes passions […]. Plus les peuples avancent en civilisation, plus cet état du vague des passions augmente […] »

—  Chateaubriand, Génie du Christianisme, vol. 3, 1802, partie II, « IX »

Sa pensée et ses actions politiques semblent offrir de nombreuses contradictions ; il se voulait à la fois l’ami de la royauté légitime et de la liberté, défendant alternativement celle des deux qui lui semblait être en péril :

    « Quant à moi, qui suis républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur, je me serais beaucoup mieux arrangé d’une démocratie, si je n’avais pu conserver la monarchie légitime, que de la monarchie bâtarde octroyée de je ne sais qui. »

—  Chateaubriand, De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille, 1831

On observe dans ses Mémoires d’outre-tombe une dualité entre le Chateaubriand personnel qui exalte ses sentiments avec un lyrisme romantique et le Chateaubriand public, le mémorialiste qui fait la chronique de son époque, qui a vu l’avènement de la démocratie à laquelle il s’opposait, estimant que la France n’était pas encore mûre (Mémoires d’outre-tombe, 6 juin 1833). Tout au long de son œuvre, les deux personnages se regroupent en un seul, ils s’associent ; ainsi toute la vie politique de Chateaubriand fut influencée par ses sentiments personnels et sa solitude.
Jugements sur Chateaubriand

    Victor Hugo se serait exclamé, étant enfant : « Je veux être Chateaubriand ou rien ! ».

    Talleyrand a dit de Chateaubriand : « Monsieur de Chateaubriand croit qu’il devient sourd car il n’entend plus parler de lui ». Et Chateaubriand a dit de Talleyrand : « Ses yeux étaient ternes, de sorte qu’on avait peine à y lire, ce qui le servait bien ; comme il avait reçu beaucoup de mépris, il s’en était imprégné, et il l’avait placé dans les deux coins pendants de sa bouche. »

    Arthur Mugnier

« Oh ! Être dans un vieux château assis près d’un bon feu avec des fenêtres donnant sur de grands et vieux arbres moussus et lire seul, tranquillement toute une correspondance intime et inédite de Chateaubriand ! Ce serait une volupté suprême ».
Abbé Arthur Mugnier, Journal, 14 février 1930 (Mercure de France, 1985, p. 514).

    Charles de Gaulle

« À Colombey, le 24 octobre 1947, à l’heure du thé, le Général parle de Chateaubriand : « L’an dernier, j’ai relu lentement les Mémoires d’outre-tombe […] C’est une œuvre prodigieuse… Il pose sur l’avenir un regard profond… En fait, il avait presque tout vu… y compris les bolcheviks… et puis, je sens comme lui : essentiellement, voyez-vous, Chateaubriand est un désespéré… mais jusque dans son désespoir il fait face, il se redresse de toute sa taille » ».
Ch. de Gaulle cité par Ph. de Saint Robert dans De Gaulle et ses témoins – Rencontres historiques et littéraires, Bartillat, 1999, p. 28

« C’était un désespéré. On le comprend, il avait prévu l’avenir ».
Charles de Gaulle à Léon Noël, le 26 mai 1948 (cité par Philippe de Saint Robert, op. cit. p. 25).
Liste des œuvres

    Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, J. Deboffe (Londres), 1797, essai
Publié à Hambourg chez J. F. Fauche et à Paris chez Le Mière
Atala, ou les Amours de deux sauvages dans le désert, Migneret, 1801, essai apologétique
René, ou les Effets des passions, Migneret, 1802, roman
Le Génie du Christianisme, 1802
Les Martyrs, ou le Triomphe de la foi chrétienne, Le Normant (Paris), 1809, œuvre apologétique
Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, en allant par la Grèce et revenant par l’Égypte, la Barbarie et l’Espagne, Le Normant, 1811, récit de voyage
De Bonaparte, des Bourbons, et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de l’Europe, Mame frères (Paris), 1814, libelle
Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution Française…, H. Colburn (Londres), 1814, essai
Réflexions politiques sur quelques écrits du jour et sur les intérêts de tous les Français, Le Normant, 1814, essai politique
De la Monarchie selon la charte, Impr. des amis du roi (Paris), 1816
Mémoires, lettres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de S. A. R. monseigneur Charles-Ferdinand d’Artois duc de Berry, Le Normant, 1820
Aventures du dernier Abencerage, Treuttel et Würtz (Londres), 1826, nouvelle
L’édition originale de ce texte fut publiée la même année dans le tome XVI des Œuvres complètes chez Ladvocat (Paris)
Les Natchez, A. Weissenbruch (Bruxelles), 1827
Œuvre de jeunesse, publiée pour la première fois dans les tome XIX et XX des Œuvres complètes chez Ladvocat
Voyages en Amérique et en Italie, Ladvocat, 1827, récit de voyage
Essai sur la littérature anglaise et considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions, C. Gosselin et Furne (Paris), 1836, essai
Études ou discours historiques sur la chute de l’Empire romain, la naissance et les progrès du christianisme et l’invasion des barbares, Lefèvre (Paris), 1831, essai
Congrès de Vérone, Delloye (Paris) et Brockhaus et Avenarius (Leipzig), 1838
Vie de Rancé, H.-L. Delloye (Paris), 1844

Œuvres posthumes

    Mémoires d’outre-tombe, E. et V. Penaud frères (Paris), 1848, autobiographie
Publiés d’abord dans le feuilleton de la Presse, ont été édités en 12 vol. in-8° de 1849 à 1850.

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