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Léon TOLSTOÏ

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***

Léon Tolstoï (prononcé [tɔls.tɔj]), nom francisé du comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Никола́евич Толсто́й, prononcé [ˈlʲɛf nʲɪ.ka.ˈɫaɪ.vʲɪtɕ taɫ.ˈstoj] Écouter), né le 28 aoûtjul./ 9 septembre 1828greg. à Iasnaïa Poliana en Russie et mort le 7 novembrejul./ 20 novembre 1910greg. à Astapovo, est un des écrivains majeurs de la littérature russe, surtout connu pour ses romans et ses nouvelles, riches d’analyse psychologique et de réflexion morale et philosophique.

Ainsi, l’une de ses grandes œuvres, Guerre et Paix (1869), est une reconstitution historique et réaliste des guerres napoléoniennes en Russie, mais c’est aussi une réflexion sur la violence inspirée par des conflits comme la guerre de Crimée (1853-1856) durant laquelle il a été mobilisé et qu’il relate dans les Récits de Sébastopol.

Par ailleurs, Tolstoï entame à partir des années 1870 une quête spirituelle et religieuse qui se reflète dans ses œuvres : il multiplie alors les considérations philosophiques qu’il mêle aux événements romanesques comme dans Anna Karénine, l’histoire d’une passion dramatique dont la publication finale date de 1877, et plus encore dans Résurrection (1899), où le héros en plein débat moral rencontre la figure du Christ.

À la fin de sa vie, il devient une sorte de maître à penser prônant une vie simple et morale et combattant les institutions oppressives et les formes de violence : il a eu de ce fait une grande influence sur des personnalités comme Mahatma Gandhi, Romain Rolland et bien d’autres.
Né le 28 août 1828 du calendrier julien (9 septembre 1828 du calendrier grégorien) à Iasnaïa Poliana, Léon Tolstoï est le fils de la comtesse Marie Sergueïevna Volkonskaïa, elle-même fille du feld-maréchal Nicolas Volkonsky, mariée à trente-deux ans au comte Nicolas Ilitch Tolstoï, un jeune homme désargenté, ancien combattant de la campagne de Russie. De cette union naquirent quatre fils, Serge, Nicolas, Dimitri, Léon et une fille, Marie1. Peu de temps après la naissance de Marie, alors que Léon n’avait que dix-huit mois, la jeune femme mourut d’une fièvre puerpérale.

Jusqu’à huit ans et demi, Léon ne connut que la campagne à Iasnaïa Poliana, la famille et les petits paysans. Il apprit l’arithmétique, ainsi que, partiellement, le français, l’allemand et le russe. Puis la ville attira la fratrie, pour qu’elle y reçoive une éducation de qualité. À cette époque, Léon fut surnommé Liova riova, ce qui signifie Léon le pleurnicheur, du fait de sa grande sensibilité, notamment lors de son départ de Iasnaïa Poliana avec sa famille pour Moscou. Pourtant, avant même d’avoir pu s’habituer à cette nouvelle vie, la famille dut affronter un nouveau malheur : le 21 juin 1837, le père meurt soudainement en pleine rue. L’année suivante, leur grand-mère connaît le même destin. Consécutivement au décès d’Alexandra Ilinitchna Osten-Sacken, une tante qui fut nommée tutrice, sa sœur Pélagie Ilinitchna Youchkov la remplaça dans ce rôle. Cette dernière habitant Kazan, au bord de la Volga, la famille Tolstoï s’y installa.

En 1844, Léon, âgé de seize ans, s’inscrit à la faculté des langues orientales dépendant de l’université de Kazan en pensant devenir diplomate. Très vite, les études l’ennuient, et après avoir ajourné ses examens, il se tourne vers la faculté de droit, où il n’obtient guère de succès. Il constata très tôt que l’enseignement reçu ne l’intéressait pas, seules ses lectures personnelles, nombreuses et variées (histoire, traités philosophiques), éveillaient en lui une curiosité insatisfaite.

Il tint rapidement un journal personnel, ainsi qu’un recueil de règles de conduite qu’il nourrissait quotidiennement, et auquel il faisait référence tout aussi fréquemment. Ses sentiments et ses frustrations l’emportèrent dans ce désir de perfection plus que de droiture. Sa beauté même venait à le chagriner, alors qu’il se désolait d’un physique ingrat. Il écrivit à ce propos :

    « Je suis laid, gauche, malpropre et sans vernis mondain. Je suis irritable, désagréable pour les autres, prétentieux, intolérant et timide comme un enfant. Je suis ignorant. Ce que je sais, je l’ai appris par-ci, par-là, sans suite et encore si peu ! […] Mais il y a une chose que j’aime plus que le bien : c’est la gloire. Je suis si ambitieux que s’il me fallait choisir entre la gloire et la vertu, je crois bien que je choisirais la première. »

— Journal, 7 juillet 1854

Cette ambition ne s’exprima pas immédiatement, et lorsqu’il quitta l’université en 1847, à dix-neuf ans, il pensait trouver sa raison d’être dans les travaux des champs et la bienfaisance : propriétaire terrien boyard, il raconte qu’il lui arrive de fouetter ses serfs, ce qu’il regrette2. Pourtant, il se détourna vite de ceux-ci, préférant une vie décousue de Toula à Moscou, rythmée par le jeu (de cartes surtout) et l’alcool.
L’écrivain soldat
Tolstoï en uniforme militaire, par le photographe Sergei Lvovich Levitsky (en), 1856

Ses liens avec son frère aîné Nicolas, qui avait intégré l’armée, l’emmenèrent au combat dans le Caucase, face aux montagnards dirigés par le chef rebelle Chamil. Il y vécut l’aventure et la gloire qu’espéraient tant de jeunes gens de son âge. Il relata plus tard son expérience dans Les Cosaques. Mais dans l’immédiat ses souvenirs d’enfance le préoccupaient davantage. Il en fit un récit, Enfance, qu’il envoya au directeur de la revue Le Contemporain, Nikolaï Nekrassov, qui lui répondit favorablement le 29 août 1852. Le roman connaît un franc succès. Très vite, il entreprend la suite : Adolescence, publié en 1854, puis Jeunesse en 1855.

Le succès aurait pu le convaincre que son destin fût celui d’écrivain. Pourtant, cette idée lui paraît d’autant plus absurde que son attirance pour l’action l’empêche de se penser comme simple homme de plume5. La Russie venant de déclarer la guerre à la Turquie, Léon laisse ses amis cosaques et rejoint son régiment en Bessarabie. Il y est dirigé en Crimée, où il connaît le danger, qui l’exalte et le scandalise à la fois. La mort révolte l’homme pressé. Cette impatience est soulagée par la chute de Sébastopol, qui le dégoûte définitivement du métier militaire. Il en composa trois récits, Sébastopol en décembre 1854, Sébastopol en mai 1855, Sébastopol en août 1855, qui émeuvent l’impératrice, et sont traduits en français à la demande d’Alexandre II.

En novembre 1855, Léon Tolstoï fut envoyé comme courrier à Saint-Pétersbourg. Ivan Tourguéniev le reçut, l’hébergea, et Léon Tolstoï put fréquenter grâce à lui les cercles des écrivains cotés de l’époque, mais il s’en détourna rapidement, son humeur le rendant irritable à chaque échange. Il se retira à Iasnaïa Poliana pour vivre plus paisiblement, tout en formulant le souhait de fonder un foyer, qu’il percevait comme nécessaire à son équilibre physique et moral. La mort de son frère Dimitri, de tuberculose, l’en convainquit.
L’errance

Son profond désir de solitude, son horreur de la sexualité débridée et malgré tout sa ferme volonté de fonder un foyer, firent de Tolstoï un homme aux sentiments amoureux complexes, mêlant amour impossible à amour foudroyant. Amour impossible d’abord, puisque l’homme ne parvint pas aisément à trouver cette stabilité tant vénérée ; foudroyant ensuite lorsqu’il fut marié avec Sophie Behrs.

Il rencontra à Paris, où il arriva en février 1857, Ivan Tourguéniev, qui lui fit connaître les arts et la culture française qui l’amusaient et l’agaçaient. Il décida de partir pour la Suisse, où il fit la connaissance de sa tante au second degré, Alexandrine Tolstoï, dont il admirait l’intelligence, avant de revenir en Russie puis de repartir, le 25 juin 1860, pour l’Allemagne, où il effectua des travaux d’inspection des écoles, des études de méthodes pédagogiques. Son frère Nicolas, souffrant de la tuberculose, mourut le 20 septembre de cette même année. Léon Tolstoï continua malgré tout ses investigations, parcourant l’Europe, de Marseille à Rome, de Paris à Londres, où il rendit visite à Alexandre Herzen, ainsi qu’à Bruxelles, où il rencontra Proudhon.

L’abolition du servage, ordonnée par Alexandre II le 19 février 1861, enchanta Tolstoï – tout en lui faisant craindre que cet événement ne débouchât sur une révolte populaire. Il exerça alors la fonction d’arbitre de paix, chargé de régler les contentieux entre les propriétaires fonciers et les serfs dans le district de Krapivna. L’oisiveté sentimentale de Léon fut abrégée par sa rencontre avec Sophie Behrs, fille d’André Estafiévitch Behrs, un médecin attaché à l’administration du palais impérial de Moscou de lointaine ascendance allemande. Et Tolstoï d’écrire à propos de cet événement :

    « Moi, vieil imbécile édenté, je suis tombé amoureux. »

— à sa tante, le 7 septembre 1862
Le mari, le père
Maison de Tolstoï à Moscou, aujourd’hui musée, où la famille s’installait jusqu’en mai lorsque les enfants furent en âge de suivre des études

Son mariage avec Sophie Behrs, de seize ans sa cadette, fut d’autant plus improbable que l’attachement que Léon vouait à la solitude, sa forte personnalité, son passé tumultueux, faisaient de cet engagement amoureux une folie. La veille du mariage, Léon fit lire à Sophie le Journal dans lequel il détaillait ses pires défauts. Cela ne découragea pas la jeune femme, et le 23 septembre 1862, les fiancés se marièrent à l’église de la Nativité de la Vierge.

Installé à Iasnaïa Poliana, le couple connut des jours heureux, quiétude que Léon assure n’avoir pas vécue jusqu’alors. Ce calme, bien qu’il ait souvent fait souffrir Sophie, citadine de cœur, a permis à Tolstoï d’atteindre la sérénité de l’écrivain. Il publia alors Les Cosaques (1863), puis commença d’écrire La Guerre et la Paix intitulé d’abord l’Année 1805. Après s’être rendu sur le champ de bataille de Borodino, et s’être documenté à Moscou, il revint à Iasnaïa Poliana pour continuer d’écrire, avec une rigueur étonnante. Reprenant plusieurs fois des passages entiers de la Guerre et la Paix, il parvint à achever d’écrire le sixième et dernier volume de l’ouvrage en 1869.

La même année, il vit naître son troisième fils, baptisé comme lui Léon. Cette période de jouissance contraste bientôt avec la tourmente que l’écrivain vit à la suite d’une prise de conscience soudaine et puissante, celle de n’être qu’un mortel. Ce bouleversement moral se produit alors que Tolstoï est en voyage vers Penza, lors d’un arrêt dans une auberge de la ville d’Arzamas . Léon confia à ce sujet, dans son Journal :

    « Brusquement, ma vie s’arrêta… Je n’avais plus de désirs. Je savais qu’il n’y avait rien à désirer. La vérité est que la vie est absurde. J’étais arrivé à l’abîme et je voyais que, devant moi, il n’y avait rien que la mort. Moi, homme bien portant et heureux, je sentais que je ne pouvais plus vivre »

— Journal, septembre 1869

C’est alors que Léon se plongea dans la lecture de philosophes, Schopenhauer en particulier, qu’il apprécia rapidement. Il fit, alors, de nombreux projets, entama la rédaction d’un syllabaire, rouvrit une école notamment. Cette effervescence cachait en réalité un profond vide causé par l’achèvement de son œuvre la Guerre et la Paix. Le talent de Tolstoï fut bientôt concentré sur un dessein, celui de rédiger un « roman sur la vie contemporaine et dont le sujet serait une femme infidèle ». Le projet de rédaction d’Anna Karénine naquit après que Léon eut parcouru les Récits de feu Ivan Pétrovitch Belkine de Pouchkine, en mars 1873, que son fils Serge lisait alors.

La rédaction d’Anna Karénine se fit pourtant lentement, interrompue par de nombreux drames de famille. En novembre 1873 le dernier-né des Tolstoï, Pierre, mourut à l’âge de dix-huit mois, emporté par le croup (diphtérie). L’année suivante, Nicolas, le cinquième fils, ne vécut guère plus d’un an, hydrocéphale de naissance. Sophie, malade, fit une fausse couche peu de temps après, puis deux tantes (Toinette et Pélagie Youchkov) moururent. Cette accumulation de tragédies retarda la parution du roman mais ne l’empêcha pas, et l’entêtement de Léon eut raison de son scepticisme, voire de son dégoût pour l’œuvre qu’il venait de faire naître, qu’il jugea « exécrable ». La critique en fit autrement et l’accueillit favorablement. Comme après avoir achevé l’écriture du précédent roman, il connut une période trouble, où les considérations philosophiques qu’il avait mêlées aux évènements romanesques dans Anna Karénine avaient accouché d’une pensée éthico-religieuse.
La pensée de Tolstoï

Ses premières publications sont des récits autobiographiques (Enfance et Adolescence) (1852-1856). Ils rapportent comment un enfant, fils de riches propriétaires terriens, réalise lentement ce qui le sépare de ses camarades de jeu paysans. Plus tard, vers 1883, il rejette ces livres comme étant trop sentimentaux, une bonne partie de sa vie y étant révélée, et il décide de vivre comme un paysan en se débarrassant aussi de ses possessions matérielles héritées, qui étaient pourtant nombreuses (il avait acquis le titre de comte). Avec le temps, il sera de plus en plus guidé par une existence simple et spirituelle.

Il est frappé dès son enfance par le sentiment de l’absurdité de la vie (à la suite de la mort de son père) et il refuse l’hypocrisie des relations sociales. Le sentiment moral est ce qu’il y a de véritablement divin : toute la morale de Tolstoï est fondée sur ce sentiment. Par ailleurs, Tolstoï rejette l’État et l’Église. Si certains ont pu rapprocher la pensée de Tolstoï d’un nihilisme fondé sur une morale personnelle, d’autres ont fait de l’écrivain russe un penseur important et influent de l’anarchisme chrétien : en effet, sa critique radicale de l’État, ses préoccupations envers les masses opprimées, l’importance de ses réalisations pédagogiques, sa recherche de cohérence sur le plan personnel, en ont fait un penseur proche de l’anarchisme. Par ailleurs, il conçoit l’art véritable comme étranger à la recherche du plaisir purement esthétique : l’art est un moyen de communication des émotions et d’union entre les hommes. Aussi critique-t-il l’art pour l’art, la beauté bourgeoise inaccessible aux gens simples.

Marqué par des conflits comme la Guerre de Crimée (1853-1856) durant laquelle il a été mobilisé, relatée dans Récits de Sébastopol, ou les conflits passés telles les Guerres napoléoniennes, qui constituent la trame de son œuvre majeure Guerre et Paix, Tolstoï entame à partir des années 1870 une sorte d’introspection, en forme de quête spirituelle.

Pendant qu’il termine Guerre et Paix, dans l’été de 1869, il découvre Schopenhauer, et il s’en enthousiasme : « Schopenhauer est le plus génial des hommes. ». Il pense même à le traduire en russe et à l’éditer.

En 1879, Tolstoï se retourne vers le christianisme qu’il évoque dans Ma confession et Ma religion (ouvrage censuré au départ), mais il est très critique par rapport à l’Église orthodoxe russe : son christianisme reste empreint de rationalisme, la religion étant toujours chez lui un sujet de violents débats internes, ce qui l’amènera à concevoir un christianisme détaché du matérialisme et surtout non-violent. Sa critique des institutions oppressives et sources de violence inspirera le Mahatma Gandhi, ainsi que Romain Rolland. Leur message sera ensuite repris par Martin Luther King, Steve Biko, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela et bien d’autres. Gandhi lit Lettre à un Hindou de Tolstoï en 1908, où l’écrivain russe dénonce des actes de violence de nationalistes indiens en Afrique du Sud ; ceci amènera Gandhi et Tolstoï à correspondre jusqu’à la mort de Tolstoï. De même, Romain Rolland publiera peu après le décès de Tolstoï sa biographie : Vie de Tolstoï.

De son côté, l’Église orthodoxe excommunie Tolstoï après la publication de son roman Résurrection.

À la fin de sa vie, Tolstoï part s’isoler, attrape froid et meurt d’une pneumonie dans la solitude, à la gare d’Astapovo, tout près de sa propriété d’Iasnaïa Poliana, incompris de sa famille, y compris de sa femme Sophie qu’il refusera de voir. Pourtant ils s’autorisaient chacun à lire le journal intime de l’autre et ont eu treize enfants ensemble (cinq meurent en bas âge), mais Sophie était aussi celle qui dirigeait le domaine, donc assez autoritaire. Wladimir Tchertkoff, ancien officier de la Garde et grand admirateur de l’écrivain (devenu le chef du groupe des tolstoïens) exerce beaucoup d’influence sur la famille et convainc Tolstoï de casser son testament pour donner tous ses droits d’auteur au peuple russe souffrant.

Tolstoï fut aussi inspiré au cours de sa vie par d’autres figures majeures de la non-violence telles le philosophe américain Henry David Thoreau ou le prophète baha’i Baha’u’llah10.

Il a écrit une nouvelle où il affirme le vertu de la non-violence, cette force spirituelle qui peut faire face à une invasion barbare en lui opposant la bonté et la douceur : [[L’Histoire d’Ivan le petit sot]] est un conte philosophie révolutionnaire au sens tolstoïen du terme : révolution spirituelle basée sur le non-violence, l’ahimsa.
Tolstoï et l’espéranto

Espérantiste convaincu, Tolstoï a fait savoir qu’il était favorable à l’espéranto, langue internationale qu’il disait avoir apprise en deux heures.

    « J’ai trouvé le volapük très compliqué et, au contraire, l’espéranto très simple. Ayant reçu, il y a six ans, une grammaire, un dictionnaire et des articles en espéranto, j’ai pu arriver facilement, au bout de deux petites heures, sinon à l’écrire, du moins à le lire couramment. […] Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen, en consacrant quelque temps à son étude, sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu’on ne peut se refuser à faire cet essai. »

— 1894
Tolstoï et le végétarisme

Léon Tolstoï adopta un régime végétarien en 1885. Il préconisait le « pacifisme végétarien » et prônait le respect de la vie sous toutes ses formes même les plus insignifiantes. Il écrit qu’en tuant les animaux « l’homme réprime inutilement en lui-même la plus haute aptitude spirituelle — la sympathie et la pitié envers des créatures vivantes comme lui — et qu’en violant ainsi ses propres sentiments, il devient cruel ». Il considérait par conséquent que la consommation de chair animale est « absolument immorale, puisqu’elle implique un acte contraire à la morale : la mise à mort ».
Tolstoï pédagogue

Tolstoï voulait libérer l’individu de l’esclavage physique mais aussi mental. En 1856, il donne ses terres aux serfs, mais ceux-ci refusent en pensant qu’il va les escroquer. Il se posera donc sans cesse cette question : « Pourquoi, mais pourquoi donc, ne veulent-ils pas la liberté ? ».

C’était un pédagogue hors du commun. Il voyage et dit que partout, on fait à l’école l’apprentissage de la servitude. Les élèves récitent bêtement les leçons sans les comprendre. Mettre les enfants directement en contact avec la culture, c’est renoncer à cette programmation fastidieuse et stérile qui va du plus simple au plus compliqué. Ce qui intéresse les enfants, ce sont les sujets vivants et compliqués, où tout s’enchevêtre. « Que faut-il enseigner aux enfants ? » Tolstoï imagine une prolifération de lieux culturels, où les enfants apprendraient en fréquentant ces lieux.
Tolstoï anarchiste mystique chrétien

Tolstoï s’est toujours réclamé de son héritage chrétien et a tardivement formalisé son anarchisme politique à travers l’expression d’une mystique de la liberté tout entière enracinée dans l’exemple christique. Le bien-fondé de l’autorité et de toute forme de pouvoir visant à la limitation de la liberté personnelle fut dénoncé par Tolstoï dans de nombreux articles à tonalité résolument anarchiste et motivés par une foi réfléchie dans l’injonction christique du service de l’autre. Le paradigme social dérivé de ladite règle d’or est célébré par Léon Tolstoï comme celui d’un monde voué à l’épanouissement de tous dans le respect réciproque et l’exaltation personnelle.

Ses écrits présentant quelques similitudes avec le bouddhisme influenceront les anarchistes mystiques russes du début du XXe siècle, parmi lesquels Georges Tchoulkov, Vassili Nalimov ou Alexis Solonovitch. La conjonction de ces deux dimensions, mystique et anarchiste, dans maints écrits de Tolstoï, feront forte impression sur le jeune Gandhi. Ce dernier entrera en contact avec Tolstoï, une correspondance s’ensuivra, et Gandhi se réclamera toute sa vie de la pensée de Tolstoï, dont il disait être un « disciple »[réf. souhaitée].
Tolstoï et le patriotisme

Sur la question de la Patrie, les écrits les plus importants de Tolstoï sont : L’esprit chrétien et le patriotisme (1894), Le patriotisme et le gouvernement (1900), Carnet du soldat (1902), La guerre russo-japonaise (1904), Salut aux réfractaires (1909) et aussi Histoire d’Ivan le petit sot.

Dans Le Patriotisme et le Gouvernement (1900), Tolstoï montre combien « le patriotisme est une idée arriérée, inopportune et nuisible… Le patriotisme comme sentiment est un sentiment mauvais et nuisible ; comme doctrine est une doctrine insensée, puisqu’il est clair que, si chaque peuple et chaque État se tiennent pour le meilleur des peuples et des États, ils se trouveront tous dans une erreur grossière et nuisible ». Puis il explique comment « cette idée vieillie, quoiqu’elle soit en contradiction flagrante avec tout l’ordre de choses qui a changé sous d’autres rapports, continue à influencer les hommes et à diriger leurs actes ». Seuls les Gouvernants, utilisant la sottise facilement hypnotisable des peuples, trouvent « avantageux d’entretenir cette idée qui n’a plus aucun sens et aucune utilité ». Ils y réussissent parce qu’ils possèdent « les moyens les plus puissants pour influencer les hommes » (soumission de la Presse et de l’Université, police et armée, argent).
Œuvres

Romans

    Les Cosaques, 1863
Guerre et Paix, 1864-1869
Anna Karénine, 1873-1877
Résurrection, 1899

Nouvelles
Léon Tolstoï à son bureau
Portrait de Léonide Pasternak (1908).

    Enfance (1852)
Adolescence (1854)
Jeunesse (1855)

Léon Tolstoï à son bureau
Photographié en mai 1908.

    Récits de Sébastopol, aussi intitulés Récits du Caucase, (1855)
La Matinée d’un seigneur (1856)
Deux hussards (1856)
Lucerne (1857)
Albert (1857)
Trois Morts (1859)
Le Bonheur conjugal, aussi intitulé Katia, (1859)
Polikouchka (1863)
Le Cheval aussi intitulée Kholstomer (1885)
La Mort d’Ivan Ilitch (1886)
La Sonate à Kreutzer (1889)
Aliocha Gorchok
Le Réveillon du jeune tsar
Après le bal
Ainsi meurt l’amour
Les Mémoires d’un fou
Histoires pour les enfants
Mikhaïl, (1893)
Maître et serviteur (1895)
Une paysanne russe
Le Cadavre vivant (1900)
Hadji-Mourat (1904)
Alexis le Pot (aussi intitulé Une âme simple) (1905)
Journal posthume du vieillard Fedor Kouzmitch (1905)
Ce que j’ai vu en rêve (1906)
Le Père Basile (1906)
Histoire d’Ivan le petit sot (1907)
Quels sont les assassins ? (1908)
Khodynka (1910) – Dernier écrit littéraire de Tolstoï, composé quelques mois avant sa mort.
Marchez pendant que vous avez de la lumière
Le Père Serge, publiée post-mortem (1911)
Le Diable, publiée post mortem (1911)
Le Faux Coupon, autre traduction Le Faux billet publiée post mortem (1911)

Théâtre

    La Puissance des ténèbres (1887)
Les Fruits de la science (1890)

Autobiographie

    Ma confession (1879- 1882)

Essais

    Ma religion (1885)
Physiologie de la guerre (1887)
Pouvoir et liberté (1888)
La liberté dans l’école (1888)
Quelle est ma vie ? (1888)
Ce qu’il faut faire (1888)
L’école de Iasnaia Poliana (1888)
De la vie (1889)
L’argent et le travail (1890)
Critique de la théologie dogmatique (1891)
Le Royaume des cieux est en vous (1893)
Qu’est-ce que l’art ? (1898)
Les pensées des hommes sages pour tous les jours (1903)
Ravisez-vous ! Essai sur la guerre russo-japonaise (connu en français sous le titre de Ravisez-vous ! ou Ressaisissez-vous), 27 juin 1904, in Times ; en 1904 en russe aux éditions A. Tchertkoff

Œuvres inspirées de ses travaux

    L’Argent (1983) basé sur la nouvelle Le Faux Coupon.
Paha maa (2005) basé sur la nouvelle Le Faux Coupon.
Leo Tolstoï écrit par Victor Lebrun (dernier secrétaire et ami de Tolstoï)14

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