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Eugène Sue – Les Mystères de Paris

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Eugène Sue

Eugène Sue

 

 

Eugène Sue

 

Les Mystères de Paris est un roman français publié en feuilletons par Eugène Sue dans Le Journal des Débats entre le 19 juin 1842 et le 15 octobre 1843.

On a beaucoup parlé de l’invention du roman au XIXe siècle : Stendhal, Balzac, Dumas, Flaubert, Gautier, Sand ou Hugo. On oublie souvent Eugène Sue. Pourtant, les Mystères de Paris a eu une place unique dans la naissance de ce genre de littérature : ce n’est pas seulement un roman fleuve qui a tenu en haleine des centaines de milliers de lecteurs pendant plus d’un an (jusqu’aux illettrés qui s’en faisaient lire les épisodes ou ses lecteurs qui faisaient la queue devant le Journal des débats pour connaître la suite des aventures), c’est aussi une œuvre majeure dans l’émergence d’une certaine forme de conscience sociale.
Issu d’une des familles de médecins les plus célèbres de l’époque, filleul de l’impératrice Joséphine, Eugène Sue a fait partie de la jeunesse dorée parisienne. Dans l’énergie qu’il consacre à frayer avec la noblesse de l’époque de la Restauration, on sent une pointe d’envie chez ce bourgeois qui veut à tout prix être dandy : anglophile, membre du Jockey Club qui lui coûte une fortune, « faisant du luxe pour faire grand seigneur », dira Balzac à l’époque.

Ses romans maritimes ne sont pas inoubliables, ses romans mondains, puis Mathilde, mémoires d’une jeune fille – que Dumas tient pour le chef d’œuvre de Sue – l’éloigneront des beaux salons.

C’est peut-être un besoin de revanche qui donnera naissance aux Mystères de Paris. Dans un premier temps, Sue n’est pas convaincu par le projet que lui soumet son ami Goubaux : raconter non plus la bonne société mais le peuple, tel qu’il est, connaître le monde et non plus se limiter à n’en voir que la surface. La réponse de Sue fut : « Mon cher ami, je n’aime pas ce qui est sale et qui sent mauvais ».
Et puis Sue se décide. Il se procure une blouse rapiécée, se coiffe d’une casquette et descend incognito dans une taverne mal famée.

Là, il assiste à une rixe entre deux personnes qui seront la Fleur-de-Marie et le Chourineur du premier chapitre des Mystères de Paris, qu’il rédige sitôt rentré de son expédition. Puis il rédige un second chapitre, un troisième et fait lire le tout à son ami Goubaux, lecteur et conseiller qui l’avait déjà sauvé d’une panne d’écrivain lorsqu’il écrivait Arthur.

Goubaux aime les deux premiers chapitres, pas le troisième que Sue sacrifie aussitôt. Le roman prend forme et Sue soumet ses premiers chapitres à son libraire (à l’époque, le libraire est avant tout ce qu’on nomme à présent un éditeur). Il est convenu que le livre devra faire deux volumes et ne devra pas être publié dans un journal. Rien de tout cela ne sera tenu, les Mystères de Paris feront dix volumes et seront diffusés par le Journal des débats.

Le succès est immédiat et bientôt universel, touchant toutes les couches de la société et tous les pays. Ce n’est qu’avec ce succès que Sue comprend que son propre roman a un sujet grave, fondamental, universel.

Alexandre Dumas raconte que, jusqu’à sa mort, Sue recevra des lettres anonymes accompagnées d’argent qu’on lui demandait de confier à quelque bonne œuvre. Il reçoit aussi de temps en temps des requêtes qu’on le charge de transmettre à Rodolphe, le héros du roman, car beaucoup sont convaincus que ce prénom cache en fait une personnalité existante, quelque grand prince…

Par le biais de son livre, Sue n’hésite pas de temps en temps à exposer son avis sur divers sujets de société : la cherté de la justice, les conditions de détention dans les prisons, les conditions de soins dans les hôpitaux, etc.

Théophile Gautier en dira : « Tout le monde a dévoré les Mystères de Paris même les gens qui ne savent pas lire : ceux-là se les font réciter par quelque portier érudit et de bonne volonté ».
Rodolphe

Le héros des Mystères est le mystérieux Rodolphe, un homme d’une distinction parfaite dont on ne tardera pas à deviner les origines princières (il est en réalité le grand-duc de Gérolstein, un pays imaginaire appartenant probablement à la Confédération germanique) mais qui peut, lorsqu’il le souhaite, devenir un modeste ouvrier.

Capable de comprendre les codes de la pègre de la Cité, capable de parler l’argot, doué d’une force extrême et d’un grand talent pour se battre, Rodolphe est quelqu’un d’à peu près parfait. Sa compassion pour le petit peuple est totale, son jugement infaillible, ses idées brillantes. Rodolphe n’a aucun défaut, tout au plus quelques erreurs passées à réparer.

Rodolphe est accompagné de complices précieux : Sir Walter Murph, un Britannique, et David, un médecin noir surdoué, ancien esclave.

Avant d’être un héros, Rodolphe personnifie le projet du livre lui-même : il navigue sans encombre dans toutes les couches de la société, parvient à les comprendre et à comprendre leurs problèmes respectifs et comment ils sont liés.
Gens du peuple
La Chouette punit Fleur-de-Marie en lui arrachant une dent.

Les deux premières figures que rencontre Rodolphe sont le Chourineur et la Goualeuse. Rodolphe sauve la Goualeuse de la brutalité du Chourineur, et il sauve le Chourineur de lui-même en le dominant physiquement, en se montrant un adversaire respectueux et en percevant que le Chourineur a quelque chose de bon en lui. Le Chourineur (Tueur en argot) est un ancien apprenti boucher qui, à force de tuer des bêtes, avait fini par tuer un homme et passe quinze ans au bagne.

À partir de cette rencontre, le Chourineur et la Goualeuse voueront une reconnaissance indéfectible à leur bienfaiteur Rodolphe, comme la plupart des autres protagonistes du roman d’ailleurs.

Le roman présente une galerie de personnages inoubliables :

Rigolette, une grisette toujours gaie mais sérieuse et digne
Le Maître d’école, un ancien bagnard brutal et dangereux au français correct qui cache un terrible secret
Ferrand, le notaire véreux qui, par cupidité, plongera des familles entières dans la misère
La Louve, une camarade de Fleur-de-Marie à la prison pour femmes de Saint-Lazare
La Chouette, une vieille femme borgne aux projets diaboliques
Morel, un ouvrier lapidaire vertueux, et sa famille
Polidori, un abbé et dentiste au sombre passé
Cecily, l’ex-femme du docteur David, une mulâtresse aussi belle que fondamentalement mauvaise
La comtesse McGregor, femme fatale, ambitieuse et comploteuse
Monsieur et Madame Pipelet, des concierges (l’adjectif « pipelet-te » est tiré de leur nom)
Bras-Rouge, un caïd parisien
Tortillard, son fils, boiteux, rusé et mauvais
Martial et sa famille, sur une île terrifiante de la Seine
Fleur-de-Marie, la Goualeuse, héroïne fragile, fille cachée de Rodolphe.

Curieusement, c’est le monde d’où vient et auquel aspire Sue dont le portrait est un peu bâclé.

Hormis Rodolphe qui est bien au-dessus des questions de classes sociales, la noblesse parisienne est dépeinte comme sourde aux malheurs du peuple ou même des siens, concentrée sur des activités et des intrigues plutôt vaines.

Pour cette raison, la fin du roman est, comme le note justement Dumas, ratée. L’histoire s’achève dans une petite principauté allemande ; chacun a fini par prendre la place que lui faisaient mériter sa naissance ou son cœur. La Goualeuse, ancienne pécheresse meurt nonne, le Chourineur est chouriné, Rodolphe occupe les fonctions auxquelles il était destiné…

Publié par online-litterature

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