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Patrice Merelle – Voyage dans un champ de pavot

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Patrice Merelle – Voyage dans un champ de pavot

Allongé sur l’herbe grasse et verte, je me laissais languir à la monotonie de mes souvenirs abouliques. Le monde autour de moi pouvait s’écrouler, la sensation de bien-être qui s’installait lentement me sustentait comme une mère nourricière ; Et son effet estompait les lois de l’attraction terrestre et de la gravité. Sur le plaid, je me remémorais progressivement l’espace d’un instant « le déjeuner sur l’herbe » d’Edouard Manet. Au loin une femme en chemise légère sortant d’un étang, au premier plan la femme, gracieuse, aux rondeurs évidentes et féminines, nue, contemplée au regard des deux hommes habillés.

« Scandale ! » Criait la foule qui s’agglutinait devant le tableau. « Scandale ! » écrivaient les journaux, de s’offusquer d’un nu mis à la pâture aux regards refoulés d’un public d’incompris. Pendant que le soir, comme à leurs accoutumés, ces messieurs, du bien-être et de la bonne pensée, allaient rejoindre d’improbables maitresses de luxe dans des maisons closes, à l’abri du scandale et du qu’en dira-ton.

Manet avait raison, pensais-je. La beauté est dans la vie, la grâce des corps, l’espace de la nature est en cohésion avec l’homme tant qu’il la respectera. Le scandale n’existait que dans la mémoire de l’offusqué. Un vent léger et chaud d’été glissait le long de mon corps. Comme une présence féminine qui échauffait ma chair allongée sur le plaid et sur l’herbe grasse et verte, je sentais les parfums de roses tendres. Je vagabondais au gré de ma pensée, les yeux clos, d’étranges lueurs palpitaient, virevoltaient sur la pénombre de la voûte céleste de mes paupières fermées.

Je pouvais concevoir encore un environnement probable autour de moi, mais je n’en étais plus certain. Quand couché sur ce plaid, je sombrais définitivement dans une torpeur bénéfique. Le monde était mon lit, le monde était devenu mes draps.

Quelques fusées fragmentaires percutaient mes pensées et mes rêves, d’étranges vagues souvenirs ressurgissaient de temps en temps. J’entendais encore les bruissements quotidiens de la ville qui se mouvait et mourrait silencieusement, quelques piétons sur le macadam jouaient comme un cliquetis d’horloge métallique dans une caisse de réverbération.

Et dans cette quiétude estivale, d’un voyage littéraire, je rencontrais Alice, douce Alice, venu me conter les aventures du lapin blanc, de la reine rouge et de l’animal chapeauté. Monsieur Lewis vous avez toujours su poser vos mots, vos valises sur le seuil de la littérature. Et de mots-valises, j’ai créé d’autres maux-valises, celles qui me torturaient l’esprit, trop longtemps abandonné par l’amour inexistant d’une mère ou d’un père.

Une spirale sombre et inquiétante tournoyait maintenant, du revers de la main je la chassais, comme d’un tue-mouche, enfant je chassais l’indésirable animal velu qui tournoyait dans la salle à manger. Vlan, match gagné, l’animal outrepasserait dans les derniers battements de ses ailes. Du bleu, un zéphyr inimaginable envahissait l’espace de mes pensées.

Et échappée du néant, une myriade d’oiseaux, d’insectes aériens connues, méconnues et inconnues volaient comme si le zoo de la ville avait décidé d’un coup de redonner la liberté à la faune prisonnière. Même les corbins avaient la couleur éclatante des noirs cérémonieux, toute la foule bigarrée aux plumages colorés se côtoyaient, chantaient et devenaient une cacophonie de klaxons aux sonorités amples, en de multiples octaves.

J’errais à travers les plumes blanches d’un cygne, rencontrais le duvet des oies cendrées de passage qui se promenaient au pas cadencés et militaires qui leurs étaient dû. Je saluais la grâce du paon de Junon, lorsqu’elle m’apparut, la grâce en elle, auréolée d’une aura magnétique.

L’épervier et l’oison se posèrent près d’elle, Junon me souriait, une grenade à la main, elle me la tendit et me dit « ouvre la en deux, et dévore sa chair ». Elle frappa le sol de son sceptre, surmonté d’un coucou, une crevasse s’ouvrit lentement jusqu’à mes pieds et s’arrêta net, je vis le temps figeait l’ouverture béante qui m’interpellait. Lentement, des tiges verdoyantes, tournoyaient sur elles-mêmes, grimpaient comme le rhododendron ou le lierre, accrochés à un muret de pierre. Des boutons rosés à la naissance donnèrent la vie à des pavots rouges flamboyants, de leurs corolles, un parfum envoûtant et entêtant caressait mes sens olfactifs.

Sous l’envoutement charnel de Junon et sensoriel du pavot, je m’offris en sacrifice au plaisir de la chair et du péché. L’amour en songe me fut révélé ce jour-là, je plongeais dans la torpeur d’une après midi estivale, accompagné par les chants d’une myriade d’oiseaux. Je fus l’androcée épanouie de la bienveillance de l’amour transporté à bord du calice goutant le verticille rectiligne du gynécée.

L’amour, depuis est ancré par les vivifiantes et majestueuses sensations odorantes entre les fragrances du musc et du capiteux des fruits rouges et de la femme orientale. Alors, de temps en temps, je m’allonge sur l’herbe grasse et verte, entre plaid et terre, je ferme mes yeux dans une torpeur bienfaisante et permettez-moi, si le temps d’un plaisir, je rejoints Junon et son paon, Junon et son jardin de pavot.

© Patrice Merelle 06-2015

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