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François Rabelais

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Rabelais


Gargantua (Rabelais) Livre audio
Pantagruel (François Rabelais) Livre audio

 

***

François Rabelais (également connu sous le pseudonyme Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais, ou bien encore sous celui de Seraphin Calobarsy) est un prêtre catholique, médecin et écrivain humaniste français de la Renaissance, né à La Devinière à Seuilly, près de Chinon (dans l’ancienne province de Touraine), en 1483 ou 1495 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553.

Ses œuvres, comme Pantagruel (1532) et Gargantua (1534), qui tiennent à la fois de la chronique, du conte avec leurs personnages de géants, de la parodie héroï-comique de l’épopée et du roman de chevalerie mais qui préfigurent aussi le roman réaliste, satirique et philosophique, sont considérées comme une des premières formes du roman moderne.

Admirateur d’Érasme, maniant la parodie et la satire, Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d’une foi évangélique et du retour au savoir de l’Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, du retour à Platon contre Aristote et surtout contre les dérives de l’aristotélisme. Rabelais s’en prend aux abus des princes et des hommes d’Église, et leur oppose d’une part la pensée humaniste évangélique, d’autre part la culture populaire, paillarde, « rigolarde », faite de vin et de jeux, manifestant ainsi une foi chrétienne véritable et humble, loin des lourdeurs ecclésiastiques.

Son réquisitoire à l’encontre des théologiens de la Sorbonne et ses expressions crues, parfois obscènes, lui valent l’ire des autorités religieuses, surtout à partir de la publication du Tiers Livre. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique et du monachisme, mais le réformateur religieux Jean Calvin s’en prend à lui de manière très virulente, l’associant aux libertins et aux « pourceaux ».
Mouvement     Humanisme de la Renaissance

Genres     Roman

Œuvres principales

    Pantagruel
Gargantua
Le Tiers Livre
Le Quart Livre
Le Cinquième Livre

Aucune preuve n’indique avec certitude les dates de naissance et de mort de Rabelais. En 1905, Abel Lefranc postulait l’année 1494 en s’appuyant sur le fait que Gargantua voit le jour un mardi gras ayant lieu aux alentours du 3 février. Une lettre adressée à Guillaume Budé va également dans ce sens car Rabelais s’y nomme adulescens, terme latin s’appliquant au jeune homme de moins de trente ans, mais il s’agit peut-être d’une simple marque de modestie. On s’accorde davantage sur l’année 1483, en raison d’une copie de son épitaphe indiquant sa mort le 9 avril 1553 à l’âge de 70 ans. Jean Dupèbe a néanmoins découvert une pièce notariale portant sur la succession de Rabelais en date du 14 mars 1553. Quoiqu’il en soit, il demeure communément admis que le fils du sénéchal et avocat Antoine Rabelais naquit au domaine de La Devinière à Seuilly, près de Chinon en Touraine.

Son enfance se déroule sans doute de manière similaire aux bourgeois aisés de son temps, bénéficiant de l’enseignement médiéval : le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie). Selon un témoignage rédigé au XVIIe siècle par Bruneau de Tartifume, Rabelais commence sa vie de moine au couvent de la Baumette avant de rejoindre celui du Puy Saint-Martin à Fontenay-le-Comte. Il se lie alors avec Pierre Lamy, franciscain comme lui, et correspond avec Guillaume Budé. En 1523, les deux cordeliers voient leurs livres de grec confisqués par le monastère, cette langue étant alors jugée dangereuse. En obtenant un indult du pape Clément VII, ils réussissent à obtenir la permission d’intégrer l’ordre des Bénédictins, moins fermé à la culture profane. À l’abbaye Saint-Pierre-de-Maillezais, il y rencontre l’évêque Geoffroy d’Estissac, prélat lettré nommé par François Ier. Ce dernier prend Rabelais comme secrétaire et le place sous sa protection. Quittant son habit de moine sans en demander officiellement l’autorisation, ce qui constitue alors un crime d’apostasie, Rabelais entreprend probablement un séjour à Paris entre 1528 et 1530, en commençant des études de médecine. Il entretient également une liaison amoureuse avec une veuve et devient père de deux enfants, légitimés en 1540.
Le médecin

Le savoir médical constitue une source d’inspiration constante dans l’œuvre romanesque de Rabelais. Elle lui fournit un langage technique enrichissant ses descriptions du corps humains, des maladies comme elle participe également de son humanisme à l’époque ou cette science se renouvelle. Enfin, il consacre l’essentiel de sa carrière à la médecine, y développant son érudition sans apporter d’innovations majeures.

Le 17 septembre 1530, Rabelais s’inscrit à la Faculté de médecine de Montpellier, où il est reçu bachelier six semaines après. L’université jouit alors d’une excellente réputation en raison de la valorisation de l’expérience et de la pratique. Au printemps 1531, il consacre un enseignement au commentaire des textes grecs des Aphorismes d’Hippocrate et de l’Ars parva de Galien. L’originalité de Rabelais ne tient pas dans le choix de ces auteurs, qui font autorité, mais dans la préférence qu’il accorde au manuscrit en grec, plutôt que la vulgate latine, elle-même découlant de traductions arabes.Il s’intéresse également à la botanique médicale, qu’il étudie avec Guillaume Pélicier, ou encore à l’anatomie, assistant au moins à une dissection organisée par Rondelet le 18 octobre 1530.

Au printemps 1532, Rabelais s’installe à Lyon, grand centre culturel où fleurit le commerce de la librairie. Le 1er novembre, il est nommé médecin de l’Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône. Il y enseigne également la médecine et publie des critiques de traités médicaux antiques. Ses proches Étienne Dolet (1509-1546), Mellin de Saint-Gelais (1491-1558), Jean Salmon Macrin (1490-1557) sont protégés par l’évêque de Paris, Jean du Bellay — oncle du poète Joachim du Bellay — qui devient aussi le protecteur de Rabelais.

Les premières années lyonnaises s’avèrent fécondes pour le docteur tourangeau. Il publie chez l’imprimeur Sébastien Gryphe publie un choix des œuvres annotées à Montpellier, édite des Lettres médicinales de Manardi et le Testament de Cuspidius7. En 1532, Pantagruel sort des presses de Claude Nourry, sous le pseudonyme et annagramme d’Alcofrybas Nasier, s’inspirant de l’ouvrage anonyme Grandes et inestimables chroniques du grant et enorme geant Gargantua, un recueil de récits populaires, de verve burlesque, s’inspirant de la geste arthurienne. Le succès immédiat de son premier roman l’incite sans doute à écrire, début 1533, la Pantagrueline Prognostication, almanach moqueur à l’égard des superstitions.

Le nom d’emprunt, repris dans Gargantua, laisse supposer un désir de ne pas confondre ses ouvrages savants et ses fantaisies gigantales : « un savant médecin ne pouvait inscrire son nom sur la couverture d’un ouvrage si peu sérieux. ». Pourtant, Rabelais défend déjà des idées humanistes, notamment sous l’influence d’Érasme et de Budé.
Voyages en Italie

Aucune preuve n’établit avec certitude l’époque de la rencontre entre Jean Bellay et Rabelais. Toujours est-il que l’évêque de Paris se rend à Rome en ayant pour mission de convaincre le pape Clément VII de ne pas excommunier Henri VIII. Il engage alors Rabelais en janvier 1534 comme secrétaire et médecin jusqu’à son retour en avril. L’écrivain se passionna pour la composition de la ville. Or, la même année paraît Topographia antiqua Romae de Marliani, qu’il transmet revu et corrigé chez Gryphe.

De février à mai 1535, dans un contexte houleux pour les évangélistes à la suite de l’affaire des Placards, Rabelais, part brusquement de Lyon, ne laissant aucune trace. Dans ces même années sort Gagrantua, seconde parodie de romans de chevalerie, prenant davantage à parti l’actualité de manière voilée. En juillet, Jean du Bellay, nommé cardinal, toujours chargé de diplomatie, l’emmène de nouveau à Rome. Rabelais s’occupe également des affaires de son protecteur Geoffroy d’Estissac, lui suivant vraisemblablement d’agent de liaison.

Le 17 janvier 1536, un bref de Paul III autorise Rabelais à regagner un monastère bénédictin de son choix et à exercer la médecine, à condition de ne pas pratiquer d’opérations chirurgicales et de faire pénitence devant un confesseur de son choix. Il doit également rejoindre l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, dont le cardinal est alors abbé commendataire. Les moines y devenaient des prêtres séculiers en raison d’actes de sécularisation de 1533.

En 1540 13, Rabelais part pour Turin dans la suite de Guillaume du Bellay, frère du cardinal, seigneur de Langey et gouverneur du Piémont. La même année, François et Junie, enfants nés hors du mariage, sont légitimés par Paul III. Le 9 janvier 1543, Langey meurt à Saint-Symphorien-en-Laye et Rabelais ramène son corps au Mans, où il est inhumé le 5 mars 1543. Le 30 mai suivant, Geoffroy d’Estissac décède à son tour.
La montée de l’obscurantisme

Le 19 septembre 1545, Rabelais obtient un privilège royal pour l’impression du Tiers Livre ; édité en 1546 chez Chrestien Wechel, qu’il signe de son propre nom. Les théologiens de la Sorbonne le condamnent aussitôt pour hérésie. Cependant le privilège royal et la protection de Marguerite de Navarre le protège.

En mars 1546, Rabelais se retire à Metz, ville de l’Empire, chez Estienne Lorens, et entre au service de la ville, en tant que médecin ou conseiller. La maison de Rabelais est un édifice situé en contrebas de la colline Sainte-Croix, en bas de la rue d’Enfer, dans le quartier de l’Ancienne Ville. Envoyé à Metz pour préparer l’annexion française de 1552, François Rabelais, agent du roi Henri II, y séjourne de 1545 à 1547. Il y écrit en 1548 le Quart Livre, qui reprend des expressions venues en droite ligne du patois messin. On y trouve aussi des allusions aux usages, aux coutumes et aux légendes de la ville, notamment celle du Graoully.

En 1547, le roi Henri II succède à François Ier. Jean du Bellay est maintenu au Conseil Royal, et obtient la surintendance générale des affaires du royaume en Italie. Rabelais revient à Paris en tant que médecin du cardinal, qu’il accompagne dans ses voyages. En 1548, onze chapitres du Quart Livre sont publiés ; la version intégrale ne paraîtra qu’en 1552. Le 6 août 1550, Rabelais obtient du roi un privilège d’édition pour toutes ses œuvres, avec interdiction à quiconque de les imprimer ou de les modifier sans son consentement.

Le 18 janvier 1551, le cardinal du Bellay octroie à Rabelais les cures de Saint-Martin de Meudon et de Saint-Christophe-du-Jambet. Rabelais n’est curé de Meudon que l’espace de deux ans moins quelques jours. Il n’est pas certain qu’il ait jamais rempli les fonctions curiales, pouvant toucher les bénéfices de cette cure sans devoir y séjourner en permanence. Le nouvel évêque de Paris, Eustache du Bellay, faisant sa première visite pastorale, au mois de juin 1551, est reçu à Meudon par Pierre Richard, vicaire, et quatre autres prêtres ; il n’est pas question de Rabelais. En tout cas, il semble évident qu’il ne peut laisser dans le pays ces profondes traces, ces souvenirs vivaces qu’auraient retrouvés cent ans plus tard Antoine Leroy, François Bernier, Guillaume Colletet et les autres : la légende du curé de Meudon s’est vraisemblablement formée après coup.

Le Quart livre est censuré par les théologiens de la Sorbonne, et la publication en est suspendue par un arrêt du Parlement en date du 1er mars 1552, portant qu’« attendu la censure faite par la Faculté de théologie contre certain livre mauvais, exposé en vente sous le titre de Quatrième livre de Pantagruel, avec privilège du roi, la cour ordonne que le libraire sera promptement mandé en icelle et lui seront faites défenses de vendre et exposer ledit livre dedans quinzaine : pendant lequel temps ordonne la cour au procureur du roi d’avertir ledit seigneur roi de la censure faite sur ledit livre par ladite Faculté de théologie, et lui en envoyer un double pour suivre son bon plaisir. » Défense est faite à l’imprimeur, Michel Fezandat, mandé devant la cour, de vendre l’ouvrage pendant quinze jours sous peine de punition corporelle. Après un délai non déterminé, la suspension est levée. Une rumeur infondée court en novembre 1552 que Rabelais, jeté en prison, est chargé de chaînes. Mais l’auteur du Pantagruel, bien que libre, touche à sa fin.

Le 7 janvier 1553, Rabelais résigne ses cures. Il finit sa vie dans l’oubli et la solitude trois mois plus tard. Il meurt à Paris, rue des Jardins, le 9 ou 14 avril 1553, sa mort donnant lieu à de nombreuses citations apocryphes (« Je vais quérir un grand peut-être » aurait-il murmuré au page envoyé par le cardinal du Bellay ou le cardinal de Châtillon) et légendes : mort ivre en robe de bénédictin, ses amis affirment qu’il rend l’âme d’une manière édifiante, ses ennemis qu’il contine son rôle de fou jusqu’au dernier moment19. Il fut enterré dans le cimetière de l’église Saint-Paul des Champs au pied d’un grand arbre.

Rabelais laisse en mourant son Pantagruel incomplet. Neuf ans après sa mort, seize chapitres d’un Cinquième Livre sont publiés, puis une publication intégrale en 1564, sans indication de lieu ni de librairie. Attribué par son éditeur à Rabelais, cette attribution sera par la suite contestée par de nombreux commentateurs, dont Anatole France pour certaines parties seulement. En particulier, l’ouvrage contiendrait des tendances calvinistes, alors que Rabelais traitait de « démoniaque » Calvin, qui le traitait d’athée. Ces tendances se borneraient cependant essentiellement à des attaques contre les moines, récurrentes chez Rabelais.
Religion et croyance

La personnalité de Rabelais cristallise un débat entre historiens sur la question de l’incroyance au XVIe siècle. Abel Lefranc, auteur de la première édition critique de Rabelais au XXe siècle, soutient ainsi dans une série d’articles introductifs (1912–1930) la thèse de l’athéisme de son auteur. Il s’appuie sur des extraits de son œuvre (en particulier la lettre de Gargantua à Pantagruel) et les accusations portées contre lui par Calvin (Des scandales, 1550) et par Robert Estienne (préface de l’évangile selon Matthieu, 1553).

La thèse opposée est soutenue en 1924 par le théologien catholique Étienne Gilson22, et surtout par l’historien des Annales Lucien Febvre dans Le problème de l’incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais (1942). Pour ce dernier, les « accusations » d’athéisme portées à l’encontre de Rabelais ne doivent pas être interprétées à la lumière du rationalisme moderne, mais replacées dans le contexte de l’époque. En effet, était considérée comme athée toute personne qui ne se conformait pas à la religion dominante, ou du moins à la religion de son accusateur. Ce débat, portant initialement sur l’analyse de l’œuvre de Rabelais, ouvre ainsi la voie à une réflexion plus générale sur les représentations mentales de l’époque.

Cependant l’œuvre de Rabelais superpose tellement de lectures différentes qu’on ne peut affirmer quelle fut sa véritable doctrine. Selon Laurent Gerbier, « la seule « vérité » qui se laisse absolument nommer, depuis l’ordre propre du texte, c’est-à-dire à partir de son économie interne, c’est la puissance d’une parole capable d’accueillir en même temps des registres de langue et de doctrine différents et même opposés. »
L’œuvre
Les romans
Pantagruel

Publié en 1532, Pantagruel raconte sur un mode burlesque la vie du héros éponyme, reprenant la trame des romans de chevalerie : naissance, éducation, aventure et exploits guerriers. Le géant, fils de Gargantua et de Badebec, vient au monde lors d’une période de sécheresse qui lui donne son nom. Après une enfance placée sous le signe d’une faim insatiable et d’une force démesurée, il entreprend la tour des universités françaises. À Paris, l’épisode fameux de la librairieN 1 rapporte comment Saint-Victor écorne des adversaires des humanistes, comme Duns Scot ou Noël Béda, au travers d’un catalogue imaginaire. La lettre de Gargantua rend un hommage vibrant à la renaissance du savoir par-delà le Moyen-Âge, exhortant son fils à devenir un « abysme de science ». Puis apparaît Panurge, qui devient le fidèle compagnon de Pantagruel. Ce personnage fourbe multiplie les farces cruelles, les tours pendards et les bouffonneries. Pantagruel prouve son talent de juge dans l’inintelligible procès entre Humevesne et Baisecul avant que Panurge ne montre sa propre habileté dans un simulacre de controverse en langue des signes avec Thaumaste. Les Dipsodes, gouvernés par le roi Anarche, envahissent le pays des Amaurotes, à savoir l’Utopie sur lequel règne Gargantua. Pantagruel part donc en guerre. Lui et ses compagnons triomphent de leurs ennemis par des ruses invraisemblables : piège de cordes pour faire chuter les 660 cavaliers, livraison d’euphorbe et de « coccognide » pour assoiffer l’ennemi contraint de boire. Peu après, Pantagruel triomphe de Loup Garou et de trois cents géants. Epistémon, soigné après une décapitation, raconte son séjour aux Enfers, où toute la hiérarchie terrestre est inversée. Les combats terminés, Pantagruel prend possession des terres des Dipsodes. Pendant une pluie, le narrateur explore le corps du géant, découvrant un autre monde. Le narrateur conclut l’ouvrage en promettant de raconter d’autres prouesses extraordinaires tout en invitant le lecteur de se garder des nuisibles hypocrites hostiles aux livres pantagruéliques.
Gargantua
Les pèlerins mangés en salade – Illustration de Gustave Doré, 1873

Le second roman de Rabelais, toujours publié sous le nom d’Alcofrybas Nasier, pose des problèmes de datation, la critique actuelle hésitant entre 1533-1534 et 1535. En raison de la répression royale de 1534, cette question importe pour évaluer la hardiesse du propos. Gargantua, longtemps jugé mieux construit que Pantagruel, s’en démarque moins par une supériorité stylistique que par son didactisme plus prononcé. Dans le célèbre prologue, le narrateur avertit ses lecteurs de ne point s’arrêter au sens littéral mais d’interpréter le texte au-delà de son apparence frivole.L’auteur multiplie en effet les allusions aux événements ou interrogations de son époque. Le récit commence par annoncer la généalogie du héros mais ne donne à lire qu’un poème illisible, Les Franfreluches antidotées.

La passage suivant évoque la grossesse de Gargamelle, mère de Gargantua, en affirmant la possibilité de porter onze mois l’enfant dans son ventre.Au fur à mesure qu’il grandit, le géant se révèle ingénieux, en particulier lorsqu’il invente le torchecul, ce qui convainc son père Grangousier de lui trouver un précepteur. Il subit alors une éducation formaliste fondée sur un apprentissage mécanique, ce qui met en cause l’enseignement de la Sorbonne. Thubal Holoferne lui impose d’apprendre des traités par cœur et à l’envers, maître Jobelin lui lit une série d’ouvrages de scolastique médiévale. L’entrée en scène du précepteur Ponocrates est l’occasion d’introduire les idées humanistes en matière de pédagogie, substituant la rhétorique argumentative aux procédés syllogistiques Gargantua, son nouveau maître et le page Eudemon sont envoyés à Paris au moyen d’une gigantesque jument. La curiosité étouffante des Parisiens contraint le prince à se réfugier sur les tours de Notre-Dame, avant de submerger la foule de son urine. Gargantua ayant dérobé les cloches de la cathédrale afin d’en faire des grelots pour sa monture, le sophiste Janotus de Bragmardo déclame une harangue maladroite pour qu’il les restitue, tournant involontairement en ridicule le style des sorbonnards. Ponocrates met en œuvre une éducation inspirée entre autres de Vivès et probablement de théoriciens italiens comme Vittorino de Feltre .Gargantua se livre aussi bien à des exercices intellectuels que physiques, apprenant à manier les armes comme à jouer de la musique.

Les fouaciers de Lerné génèrent une rixe avec les viticulteurs du royaume. Vaincus, ils se plaignent au roi Picrochole qui décide de partir en guerre. L’attaque contre le clos de Seuillé échoue en raison de la défense de Frère Jean des Entommeures, moine haut en couleur qui rejoint les compagnons de Gargantua. Le regret de Grandgousier de partir au combat et ses tentatives diplomatiques pour l’éviter rejoignent les convictions d’Érasme.En revanche, les conseils expansionnistes des gouverneurs de Picrochole recèlent une satire des visées impérialistes de Charles Quint. Gargantua remporte l’assaut de la Roche Clermaud en suivant les progrès de l’art militaire, avec la rationalisation des manœuvres subordonnées au terrain32. Gargantua se montre clément et magnanime en n’imposant que le travail de l’imprimerie à ses rivaux défaits et généreux envers ses alliés.

Gargantua ordonne la construction de l’abbaye de Thélème pour récompenser Frère Jean, dont le nom signie « volonté » dans le grec du Nouveau Testament. Cet édifice à la forme d’hexagone regorge de richesses, par opposition à l’austérité traditionnelle en vigeur dans les ordres monastiques. Sa seule règle réside dans la formule « Fay ce que vouldras » inscrite sur son fronton.Michael Screech pense que « L’atmosphère générale de l’Église est celle d’un christianisme platonisant », et cela exprimerait, selon lui, les positions de Rabelais quant à la religion, s’intéressant principalement « à la liberté du chrétien qui a été libéré de la loi mosaïque ». Michael Screech rappelle également que « la liberté chrétienne était le cri de ralliement de tous ceux qui croyaient avec saint Paul que le Christ avait libéré l’homme de sa sujétion à la loi ». Ainsi Rabelais prônerait avant tout un retour aux valeurs essentielles du christianisme, se rattachant aux idées humanistes de son époque. La liberté des Thélémites va paradoxalement de pair avec une vie presque toujours partagée. Ils sont „biens naturés”, c’est-à-dire vertueux, donc leur sens de l’honneur contrebalance la permissivité de la maxime.
Tiers Livre
Illustration du Quart Livre par Gustave Doré

Publié en 1546 sous le nom de François Rabelais, bénéficiant du privilège de François Ier, de celui d’Henri II pour l’édition de 1552, le Tiers Livre est comme les autres romans condamné par la Sorbonne. A la forme de la chronique se substituent les discours des personnages, en particulier du dialogue entre Pantagruel et Panurge. En effet, ce dernier hésite à ce marier, partagé entre le désir d’une femme et la crainte du cocuage. Il se livre alors à des méthodes divinatoires, telles l’interprétation des rêves et la bibliomancie, et consulte des autorités détenant un savoir révélé, comme la sybille de Panzoust ou le muet Nazdecabre, des connaissances profanes, par exemple le théologien Hippothadée ou le philosophe Trouillogan, ou sous l’emprise de la folie, en l’occurrence Triboulet. Il est probable que plusieurs des personnages pressentis se réfèrent à des individus réels, Rondibilis incarnant le médecin Rondelet, l’ésotériste Her Trippa étant assimilé à Cornélius Agrippa35. L’un des traits comiques du récit tient aux interprétations contradictoires que se livrent Pantagruel et Panurge, structure annoncée dès le chapitre III par l’éloge paradoxal des dettes.

Les caractères montrent également une évolution significative. Par rapport à Pantagruel, Panurge se révèle moins rusé et assez obtus dans sa prétention à retourner tous les signes à son avantage et finalement refuser de prêter attention aux conseils qu’il sollicite. Abusé par sa « philautie », ou amour de soi, il accuse Her Trippa, aux présages funestes, du vice qu’il dont il fait lui-même preuve. Sa culture sert sa pédanterie, non sa sagesse.Inversement, Pantagruel gagne en pondération, perdant de son exubérance de géant.

Les protagonistes décident finalement de prendre la mer pour aller interroger l’oracle de la Dive Bouteille. Les derniers chapitres se consacrent à la louange du Pantagruelion, plante aux vertus miraculeuses, qui n’est autre que le chanvre. Le narrateur lui-même intervient dans le récit, le décrivant d’abord minutieusement comme un naturaliste inspiré par Pline et Charles Estienne, puis développant ses qualités avec un lyrisme nourri d’allusions mythologiques.
Le Quart Livre

Le Quart Livre des faits et dits Héroïques du noble Pantagruel. Composé par François Rabelais, Docteur en Médecine et Calloier des Iles d’Hyeres version intégrale est sortie en 1552. Dans ce livre Pantagruel et ses compagnons se dirigent vers l’oracle de la Dive Bouteille qu’ils n’atteindront que dans le Cinquième Livre.(Lagarde et Michard XVI)
Cinquième Livre (attribué à Rabelais)

Ce livre posthume donne la suite et la fin du voyage de Pantagruel et de ses compagnons à la recherche de l’oracle de la Dive Bouteille. Ce serait dans son ensemble l’œuvre de Rabelais, mais sans doute pas dans toutes les parties, et en outre, l’allégorie, qui refroidit déjà tant de chapitres du quatrième livre, tenant dans ce cinquième livre, une très grande place, y répand tristesse et ennui, avec un ton de plus en plus âpre et des attaques contre les farfadets et les chats fourrés plus violentes que dans tout ce que l’auteur avait déjà livré au public en 1564
Interprétations
Pour ce que le rire est le propre de l’homme

Rabelais manie de très nombreuses formes du comique, de la parodie savante à la paillardise la plus grossière, du jeu de mots gratuit à la satire vindicative. Si tous ses prologues annoncent l’intention de provoquer le rire du lecteur, il existe des interprétations forts divergentes de celle-ci. Mikhaïl Bakhtine met ainsi l’accent sur la portée subversive, carnavalesque et populaire du comique rabelaisien, caractéristiques se révélant par le recours au vocabulaire de la place publique, aux références aux bas corporel, à la thématique de la fête, du boire et du manger ainsi que par le « réalisme grotesque » des images. Le critique russe pense que le texte traduit une vision du monde joyeuse, héritant des farces médiévales, dont les railleries ambivalentes ne détruisent jamais totalement leurs cibles.Dans une perspective opposée, Michael Screech insiste sur les ressorts savants d’une verve humaniste, en particulier influencée par Lucien. Les éléments vulgaires ne traduisent pas une inspiration d’une culture roturière en raison de l’homogénéité sociale de l’époque. Il n’était guère surprenant qu’une dame de la cour chante une chanson villageoise. En revanche, Rabelais sollicite des connaissances uniquement accessibles à une minorité cultivée : ainsi en est il des étymologies fallacieuses ou des plaisanteries bibliques.

Si une part importante du comique rabelaisien se comprend en relation avec le contexte renaissant et la vie des idées, l’inventivité formelle y joue également un grand rôle. Les accumulations verbales, les fantaisies invraisemblables, la précision superflue des détails participent d’un style truculent irréductible aux convictions de l’auteur.Le rire de Rabelais emprunte ainsi à de multiples traditions, comme l’illustrent les fréquents calembours, jouant sur l’homophonie, l’annomination, l’équivoque, l’imitation fallacieuse des accents locaux, qui, tout en s’inspirant de la bouffonnerie scénique, reprend également les jeux des Grands rhétoriqueurs.
Le gigantisme

Rabelais raconte les faits et gestes de deux géants, Pantagruel et Gargantua, depuis leur naissance jusqu’à leur maturité. Ce ne sont pas des ogres cruels, mais des géants débonnaires et gloutons. Au fil des aventures la taille des géants peut varier ; ils restent des géants pour les épisodes comiques et l’épopée mais retrouvent taille humaine pour les parties philosophiques. Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, la différence de taille avec les autres personnages tend à disparaître.
Pantagruel par Gustave Doré.

Le gigantisme de ses personnages permet à Rabelais de décrire des scènes de festins burlesques. L’infinie goinfrerie des géants ouvre la porte à de nombreux épisodes comiques. Ainsi, le premier cri de Gargantua à sa naissance est : « À boire ! À boire ! ». Le recours aux géants permet aussi de bouleverser la perception habituelle de la réalité. Sous ces aspects, l’œuvre de Rabelais s’inscrit dans le style grotesque, qui appartient à la culture populaire et carnavalesque.

Néanmoins, le thème du géant n’est pas exploité uniquement pour son comique. Il symbolise l’idéal humain de la Renaissance : il est la transposition physique de l’immense appétit intellectuel de l’homme de la Renaissance. Rabelais s’efforce ainsi, à travers ses textes, de concilier culture savante et tradition populaire.

Face à cette oscillation entre fantaisie débridée et symbolisme intellectuel, comment comprendre l’œuvre de Rabelais ? Ses intentions restent assez énigmatiques. Dans l’avis au lecteur du Gargantua, il dit vouloir avant tout faire rire. Puis, dans le Prologue, par une comparaison aux silènes et à Socrate, il suggère qu’une intention sérieuse et un sens profond se cachent sous l’aspect grotesque et fantaisiste. Mais dans la seconde moitié du prologue, il critique les commentateurs qui cherchent des sens cachés dans les œuvres. Manifestement, Rabelais aime laisser planer l’ambiguïté et perturber son lecteur.

L’œuvre de Rabelais bénéficie d’un grand succès de sa création jusqu’à nos jours, malgré un ralentissement à l’époque classique. En 1533-1534, Pantagruel se trouve déjà publié au moins huit fois41.
Portrait anonyme de François Rabelais, début XVIIe siècle.
XVIe siècle : facétie ou hérésie ?

De son vivant, l’auteur connaît l’estime de ses pairs comme le rejet de ses adversaires tandis que l’image d’un écrivain bouffon s’installe peu à peu. L’épitaphe de Ronsard42 comme le poème de Jacques-Auguste de Thou le présente comme un ivrogne, celle de Jean de Baïf, de Jacques Tahureau comme un maître du rire. L’éditeur anonyme du Cinquième Livre, par le fait qu’il publie à titre posthume, ainsi que par l’exergue liminaire du roman, atteste d’un prestige encore vivant. Dans le De Scandalis, Calvin s’en prend à Rabelais, le fustigeant pour ses blasphèmes.

Vers la fin du siècle, en pleine guerre de religion, les plus extrémistes des réformés et des catholiques le considèrent hérétique. Quant à Montaigne, il mentionne les livres de Rabelais parmi ceux utiles à son délassement, sans étendre particulièrement son propos.

Le succès de la geste rabelaisienne se vérifie par des traductions parfois peu scrupuleuses,.. Ainsi Johann Fischart, l’un des premiers grands écrivains de langue allemande, proposa une version trois fois plus longue de Gargantua, intitulée Geschichtsklitterung.
XVIIe et XVIIIe siècle : la mise à l’écart de la « canaille exquise » (La Bruyère)

L’esprit du classicisme français, son goût de la mesure et de la bienséance, s’accorde mal avec la prose exubérante de Rabelais. Le jugement de Jean de la Bruyère va dans ce sens : tout en lui reconnaissant du talent, le moraliste lui reproche d’avoir «semé l’ordure dans ses écrits »48. Néanmoins, plusieurs écrivains assez indépendants, comme La Fontaine, Molière et la Marquise de Sévigné49 le tiennent en grande estime.

Au début du XVIIe siècle, les personnages rabelaisiens se retrouvent toutefois dans les milieux mondains ou des ballets sans profondeur, comme le ballet des Quolibets et le ballet des Pantagruéliste, dont l’auteur est inconnu. Plus le siècle progresse, plus les admirateurs de Rabelais se trouvent être au contraire des érudits et des libertins. Les médecins Guy Patin et Paul Reneaulme, le grammairien Ménage proposent diverses interprétations allégoriques. Ce dernier s’inspire du romancier pour son Dictionnaire étymologique.

Alors que l’œuvre se répand outre-manche grâce aux traduction de Sir Thomas Urquhart, elle se heurte à la réaction jésuite. Le Père Garassus écrit un ouvrage dirigé contre les protestants intitulé Le Rabelais réformé par les Ministres dans lequel l’humaniste s’accuse lui-même de futilités coupables à l’égard des puissants. Les libertins Gassendi, Vanini et Bruno attribuent au contraire leurs préoccupations à Rabelais : la recherche d’une religion naturelle et la critique des croyances établies.

Au XVIIIe siècle, quatre positions se dessinent : les savants considérant Rabelais comme un allié dans le combat anticlérical, cependant choqués par son langage, les érudits attachés à l’élucidation du texte, les religieux outrés par les blasphèmes et les amateurs de gaudrioles. L’opinion de Voltaire s’améliore au fil de sa vie. Dans un passage du Temple du goût, les bibliothèques regorgent de livres corrigés par les Muses : seul un demi-quart des écrits du du Tourangeau sont conservés.Néanmoins, si le philosophe n’apprécie pas le style truculent et la grossièreté, il pense que Rabelais cherchait, par ses inepties, à échapper à une censure meurtrière et le considère comme le premier des bouffons54.L’interprétation subversive est portée à son paroxysme lorsqu’en pleine Révolution, l’écrivain Pierre-Louis Guinguené convoque le franciscain comme un prophète méconnu.
XIXe siècle : „l’Eschyle de la mangeaille” (Victor Hugo)

La critique du XIXe siècle, très avertie, très curieuse, et, dans son ensemble, très souple, habile à pénétrer les sentiments, les mœurs, les caractères, le langage du passé, est très favorable à Rabelais, reconnait son génie, consacre sa gloire. Mais, comme il est difficile de sortir de son temps, même à une époque d’évocations, de restitutions, de reconstructions, à une époque où Michelet fait de l’Histoire une résurrection, la tendance générale des grands et des petits critiques de 1830 et de 1850 est de « romantiser » l’auteur du Pantagruel et de l’incliner, sinon à la mélancolie (c’était trop évidemment impossible), du moins à la gravité, à la profondeur méditative, et, pour peu qu’on soit libéral et libre penseur, de le tirer à une philosophie indépendante, qui n’est ni de son esprit ni de son temps. Cela est sensible dans Michelet, dans Henri Martin, dans Eugène Noël.

Sainte-Beuve redresse ce travers et rend à Rabelais son indépendance et sa libre humeur. Lamartine dit beaucoup de mal de Rabelais, Victor Hugo en dit beaucoup de bien. Ils ne l’ont sans doute pas lu ni l’un ni l’autre, mais ils en ont chacun une sorte d’intuition. Lamartine le devine tout différent de lui, d’un génie tout opposé et contraire au sien. Victor Hugo s’imagine, au contraire, qu’il y a entre le créateur de Gargantua et celui de Quasimodo une parenté, une ressemblance. Chacun en parlant de Rabelais ne songerait qu’à lui-même.

Guizot consacre une longue et substantielle étude à la pédagogie de Rabelais.
Rabelais et Balzac

Honoré de Balzac s’est inspiré de l’œuvre de Rabelais et de son langage pour écrire Les Cent Contes drolatiques. Il ne cesse de lui rendre hommage en le citant dans plus de vingt romans et nouvelles de La Comédie humaine. « Balzac est à l’évidence un fils ou un petit-fils de Rabelais […] Il n’a jamais caché son admiration pour l’auteur de Gargantua qu’il cite dans Le Cousin Pons comme « le plus grand esprit de l’humanité moderne ». ».

Balzac va jusqu’à emprunter le pseudonyme-anagramme de Rabelais, Alcofribas, pour signer la nouvelle Zéro, conte fantastique dans le journal La Silhouette du 3 octobre 1830.
Vingtième siècle
Rabelais, revisité par Anatole France

Anatole France fait en son temps une excellente synthèse des jugements portés sur Rabelais dans son opuscule « Rabelais ». Il affirme avoir lu d’excellents travaux sur Rabelais médecin, Rabelais botaniste, Rabelais humaniste, Rabelais légiste, Rabelais architecte.

Parmi les travaux les plus modernes, Anatole France cite « les intéressantes analyses de Jean Fleury et la très bonne étude littéraire de Paul Stapfer, les notices de Rathery, de Moland, les travaux de Marty-Laveaux et les très précieux articles de la Revue des Études rabelaisiennes que M. Albert Lefranc, du Collège de France, dirige avec tant de zèle et de savoir. »
Monument à Rabelais, de Montpellier.
L’œuvre comme source d’inspiration
Rabelais et la modernité (XVIIIe siècle et suivants)

Rabelais eut donc, au XVIIIe siècle, une certaine influence sur les romanciers britanniques, notamment Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, Fielding, auteur de Tom Jones, et Sterne, auteur d’un Fragment à la manière de Rabelais et de Vie et opinions de Tristram Shandy. En 2007 et 2008 les agrégations de Lettres proposèrent à leur programme de littérature comparée un objet d’étude intitulé „Naissance du roman moderne” ; Rabelais fut bien évidemment de la partie, et, à côté du Don Quichotte de Cervantès et de Vie et opinion de Tristram Shandy de Sterne, Le Tiers Livre se trouva à sa place, qui est la première. Sterne lui-même est à l’origine de cette triade d’auteurs essentiels pour la modernité romanesque (triade à laquelle Milan Kundera viendra adjoindre le Diderot de Jacques le fataliste) ; au chapitre XIX du Livre III le narrateur de Tristram Shandy renvoie ses lecteurs à ses grands prédécesseurs Lucien, Rabelais et Cervantès : „Par le tombeau de Lucien s’il existe (sinon pourquoi pas par ses cendres ?), par les cendres aussi de mon cher Rabelais et de mon plus cher Cervantès […]” ; et il ne cesse de citer l’auteur de Gargantua et Pantagruel. À sa suite Nerval, dans Angélique, rappela quelle était la place de Rabelais dans l’histoire d’un genre encore récent :

« Et puis… (C’est ainsi que Diderot commençait un conte, me dira-t-on.)

– Allez toujours !

– Vous avez imité Diderot lui-même.

– Qui avait imité Sterne…

– Lequel avait imité Swift.

– Qui avait imité Rabelais.

– Lequel avait imité Merlin Coccaïe…

– Qui avait imité Pétrone…

– Lequel avait imité Lucien. Et Lucien en avait imité bien d’autres… Quand ce ne serait que l’auteur de L’Odyssée […] »

Balzac, quant à lui, écrivit des Contes drolatiques dans la joyeuse langue rabelaisienne et n’hésita pas à utiliser, parmi ses nombreux pseudonymes, celui de Rabelais lui-même, Alcofribas.

Au XXe siècle Alfred Jarry, auteur d’un livret d’opéra-bouffe, Pantagruel, René Daumal, auteur d’un curieux récit intitulé La Grande Beuverie, faisant apparaitre comme personnage Rabelais lui-même, Léon Daudet, et, plus près de nous, Patrick Chamoiseau, dans Texaco, et Raphaël Confiant, confirmèrent dans leurs œuvres l’influence immense du génie rabelaisien.
La présence de Rabelais dans le patrimoine
Rabelais et Montpellier

Rabelais a laissé à Montpellier une véritable tradition : pas un médecin ne quitte la Faculté de médecine sans avoir prêté serment sous la « robe de Rabelais ». De même dans les traditions estudiantines telles que la Faluche, l’hommage à Rabelais est toujours présent.

Aujourd’hui, c’est sous l’ombre d’un micocoulier qu’il se prélasse. Le Jardin des plantes de Montpellier l’a immortalisé, sa statue veillant sur les centaines d’espèces du domaine.
Rabelais et Tours

Tours et la région tourangelle sont marquées par la présence constante de Rabelais. Sa trace est partout, dans les rues, au Collège François Rabelais, à l’ Université François Rabelais de Tours, aux Rencontres François Rabelais, sur les enseignes d’hôtels,…
Œuvres principales

    Pantagruel. Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua, composés nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.. ) (1532)
Gargantua (La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme) (1534)
Le Tiers Livre (Tiers livre des faits et dits Héroïques du noble Pantagruel : composés par M. François Rabelais, Docteur en Médecine, et Calloier des Iles d’Hyeres. (1546)
Le Quart Livre (Le quart livre des faits et dits Héroïques du noble Pantagruel. Composé par M. François Rabelais, Docteur en Médecine, et Calloier des Iles d’Hyeres. (1552)
Le Cinquième Livre (Le cinquième et dernier livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, Docteur en Médecine.) (1564, posthume ; sa paternité n’est plus mise en doute depuis l’édition de la Pleiade, dirigée par Mireille Huchon en 1994)
Pantagrueline Prognostication et autres almanachs
Œuvres… Nouvelle édition où l’on a ajouté des remarques historiques et critiques sur tout l’ouvrage. Amsterdam, Bordesius, 1711. 6 tomes en 5 volumes. C’est la première édition critique et commentée de Rabelais ; elle a été publiée par Le Duchat avec la collaboration de La Monnoye.

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