Poesis

Art Classique et Contemporain, Livres Audio, Science, Mystère, Android

Franz Schubert

| 0 Comentarii

Read similar posts recommended for you
Friedrich Nietzsche

Friedrich Nietzsche

Ainsi parlait Zarathoustra - Livre audio Ecce homo Gloire et éternité L'Antéchrist - Livre audio Le Crépuscule Des Idoles - Livre audio Morale d’étoiles NIETZSCHE ...

En savoir plus...

Le Livre d'Or des Enfants de la Terre

  Le Livre d’Or des Enfants de la Terre, édité par le Cercle Universel des Ambassadeurs de la Paix France/Suisse, le ...

En savoir plus...

E-book Ludewic

Ludewic Mac Kwin De Davy - Poèmes, livre audio, e-book

* Ludewic Mac Kwin De Davy * Aphorismes, Pensées, Philosophie   * Lire la plus belle collection de citations,  culture et sagesse classique • ...

En savoir plus...

Fiodor Dostoievski – L’Idiot

Fiodor Dostoievski - L'Idiot

  Fiodor Dostoievski   Lecture : Pomme L'Idiot - Livre 1   L'Idiot - Livre 2   L'Idiot - Livre 3   L'Idiot - Livre 4   Publié par online-litterature  

En savoir plus...

Beethoven

Beethoven

       « Je ne connais pas d’autres marques de supériorité que la bonté.  » Moonlight Sonata by Beethoven Ludwig van Beethoven ...

En savoir plus...

Concours

Concours

 Projets, concours et événements culturels en cours Concours International "Un Poème pour la Planète" Pendant une année, jusqu’au 22 avril 2016, nous ...

En savoir plus...

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

À la recherche du temps perdu, Œuvre Intégrale de Marcel Proust 1. Du côté de chez Swann - Marcel Proust 2. Deuxième ...

En savoir plus...


Schubert

 

 

Franz Peter Schubert est un compositeur autrichien né le 31 janvier 1797 à Lichtenthal, l’un des quartiers du neuvième arrondissement de Vienne, et mort dans cette même ville le 19 novembre 1828.
Bien que mort à 31 ans, Schubert est l’un des grands compositeurs du XIXe siècle et le maître incontesté du lied.
Il n’y a qu’un pas du plus sublime enthousiasme au ridicule, de même que de la plus profonde sagesse à la plus stupide bêtise.

 

Ecrits :
Laisse-moi à mon illusion (Franz Schubert)
(Traduit par Hippolyte Barbedette)
« Laisse-moi à mon illusion, »
Dit l’esprit au monde,
« C’est elle qui, sur mon fragile esquif,
C’est elle qui me soutient. »
Laisse mon âme courir,
Poursuivre un but éloigné,
Croire beaucoup, beaucoup raisonner
Sur des données obscures.
Rien de cela n’est vrai, sans doute ;
Mais il n’y a pas de temps perdu,
Votre système du monde est trop humain,
Je le sens par une intuition toute divine.

*******

Mon rêve

Juillet 1822

« J’avais beaucoup de frères et de sœurs. Mon père et ma mère étaient bons pour moi ; je leur étais attaché par un profond amour. Un jour, mon père nous conduisit, dans un beau jardin, à un banquet de fête. Mes frères étaient heureux, mais moi j’étais triste. Mon père s’approcha de moi et m’ordonna de prendre part au festin, mais je ne pouvais pas. Sur quoi, mon père, irrité, me bannit de sa présence. Je m’éloignai et portai mes pas dans les pays lointains, le cœur plein d’un amour infini.

» Pendant de longues années, je sentis mon profond amour et ma lourde peine se partager mon cœur. Ma mère mourut. Je me hâtai de revenir, et mon père, attendri par mon chagrin, ne s’opposa pas à mon retour. Je contemplai ce pauvre cadavre, et les pleurs inondèrent mes yeux. Je me reportai avec douleur aux souvenirs du bon vieux temps ; nous suivîmes le corps et nous jetâmes du sable sur la bière.

» Je restai à la maison paternelle ; mon père me reconduisit à son jardin favori. — Il me demanda encore s’il me plaisait. Le jardin m’était odieux, mais je n’osai le dire. Mon père en colère réitéra sa demande. Je lui répondis en tremblant que je n’aimais pas le jardin ; il me battit et je m’enfuis.

» Pour la seconde fois, je portai mes pas vers les pays lointains, le cœur plein d’un amour infini. Longtemps, longtemps, je chantai des lieder. Quand je voulais chanter mon amour, il devenait douleur ; — quand je voulais chanter ma douleur, elle devenait amour ; — mon amour et ma peine se partageaient mon cœur.

» J’appris qu’une pieuse jeune femme était morte ; autour de sa tombe cheminait un cercle immense de jeunes hommes et de vieillards qui semblaient plongés dans les béatitudes de l’éternelle félicité ; ils parlaient bas pour ne pas réveiller la jeune femme. De célestes pensées jaillissaient de la tombe et se répandaient sur la foule avec un doux murmure.

» J’éprouvai l’ardent désir d’entrer dans le cercle. Ô prodige ! dirent les gens, il y entre, — et, en effet, je m’avançais lentement, avec recueillement et foi profonde, les yeux fixés sur la tombe. Sans m’en apercevoir, j’étais dans le cercle où se faisait entendre une musique merveilleusement adorable. J’entrevis le bonheur éternel, et, de plus, je rencontrai mon père aimant et réconcilié ; il me serra dans ses bras et pleura, mais moi encore davantage. »
(Traduction dans Fr. Schubert : sa vie, ses œuvres, son temps, par Hippolyte Barbedette, 1865)

« J’étais le frère de beaucoup de frères et de sœurs, notre père, notre mère étaient bons. Je les aimais d’une affection profonde. Un jour, le père nous conduisit dans un lieu de divertissement. Mes frères se montraient très-gais, mais j’étais triste. Mon père s’approcha et me commanda de prendre ma part des friandises qui étaient là. Mais je ne pus, sur quoi mon père irrité me chassa de sa présence. Je détournai mes pas, et le cœur plein d’un amour infini pour ceux qui me méprisaient, j’allai errer dans des contrées lointaines. Pendant de longues années je restai partagé entre la plus grande douleur et le plus grand amour. J’appris alors la mort de ma mère. Je revins en hâte pour la voir encore, et mon père, adouci par le chagrin, ne s’opposa pas à mon retour. Je vis son cadavre, les larmes jaillirent de mes yeux. Je revis ce bon vieux passé dans lequel nous devions nous mouvoir, selon le vœu de la morte ; je la revis elle-même étendue comme elle était autrefois.

» Nous suivîmes son corps en versant des larmes, et le cercueil s’engloutit dans la terre. À partir de ce moment je repris ma place au logis. Mais un jour, mon père me conduisit de nouveau dans son jardin favori et me demanda s’il me plaisait ? Le jardin m’était tout à fait désagréable et je n’osai répondre. Il répéta sa demande avec emportement, je lui dis en tremblant que non. Alors mon père me frappa et je m’enfuis. Et pour la seconde fois je détournai mes pas, et le cœur rempli d’un amour infini pour ceux qui me méprisaient je recommençai à errer dans les contrées lointaines. Pendant de longues années je chantai des Lieder. Mais si je voulais chanter l’amour, je n’exprimais que la douleur, et si je voulais chanter la douleur, elle se transformait en amour. Ainsi l’amour et la douleur se partageaient mon âme. Une fois, j’entendis parler d’une pieuse jeune vierge, morte jadis. Un cercle se forma autour de sa tombe dans lequel passaient et repassaient éternellement, comme dans la béatitude, des jeunes gens et des vieillards. Des pensées célestes, pareilles à des étincelles légères, semblaient jaillir incessamment de la tombe sur les jeunes hommes avec un doux murmure. Je craignais d’approcher de ce cercle. Un miracle seul y conduit, disait-on. Cependant je m’avançai lentement, les yeux baissés, plein de foi et de piété vers la tombe, et avant même de m’en douter, je me trouvai dans le cercle d’où sortait un son merveilleux, et un moment je me sentis pénétré d’une éternelle félicité. Je vis mon père apaisé et affectueux. Il m’entoura de ses bras et pleura. Et moi, combien je pleurai plus encore ! »

(Traduction dans Fr. Schubert : sa vie, ses œuvres, son temps, par Agathe Périer Audley, 1871)

*****

Ma prière

Traduit par Hippolyte Barbedette

Profondes aspirations vers l’inconnu divin,

Vous serez satisfaites dans un monde meilleur.

Ne puis-je donc, par la toute-puissance du rêve,

Franchir l’espace sombre qui nous en sépare !

Père suprême ! comble ton fils

Demain sans mesure, pour, un jour,

En signe de délivrance,

L’entourer des rayons de ton divin amour.

Vois, ô Dieu ! anéanti dans la poussière,

Torturé de peines qui n’ont point été consolées,

Ce long martyre qui fut ma vie

Et qui va bientôt cesser pour toujours.

Que ta main frappe de mort et cette vie et moi-même,

Que tout ce passé soit précipité dans le Léthé,

Et permets, ô Seigneur ! qu’un être puissant et pur

Sorte radieux et vivant de ces ruines.
*******
Mercure de France, année 19, t. 72, 1908

Jean Marnold

MUSIQUE

La Symphonie en do de François Schubert
Il n’est rien de tel que l’absence pour vous faire apprécier quelqu’un. Stendhal la prescrivait en amour ; elle n’est pas moins utile ailleurs. Celle, involontaire et si longue, de M. Chevillard fait d’autant mieux valoir ses mérites qu’elle escamote, en même temps que lui, ses défauts. Parmi ceux-ci, on peut noter quelque sécheresse, parfois quelque lourdeur accusée par un excès de fignolage, et relever certaine impéritie d’entendement peut-être à l’égard de la toute « nouvelle école ». Mais jamais certes la qualité exceptionnelle, souventefois la perfection de ce qu’il nous avait accoutumé d’écouter, n’apparut aussi évidente que depuis qu’il n’est plus là. Privé de lui, l’orchestre Lamoureux ressemble à un esquif sans pilote, flottant au petit bonheur des marées, ballotté au caprice de houles éventuelles et ne retrouvant guère son équilibre qu’au hasard de tangages et de roulis contradictoires. On aperçoit quel danger peut s’ensuivre, pour un remarquable ensemble même, à changer constamment de chef. Ce caméléonisme spécial n’a malheureusement pas entraîné un adéquat imprévu des programmes, et s’attesta plutôt au détriment des « quatre heures de musique française inédite » imposées. Une grippe malencontreuse m’empêcha d’assister à la séance où un kapellmeister étranger, dont le nom m’échappe, fit ouïr, avec les Variations de M. Max Reger, la Symphonie en Do majeur de Schubert. Il paraît qu’il ne la dirigea pas très bien, en dépit d’une pantomime aussi mouvementée qu’énergique, mais du moins le doit-on louer sans réserves pour avoir choisi ce prétexte à sa bastonnade. On nous joue trop peu de Schubert, aux grands concerts comme aux petits. En dehors de sa Symphonie inachevée, nous entendons de lui tout au plus quelques lieder et deux ou trois courtes pièces de piano, toujours les mêmes, risqués par des Allemands de passage. Schubert n’est pas à la mode chez nous ; nul génie n’y est plus méconnu que le sien. Sans doute, nous avons peut-être une excuse pour l’accueillir discrètement au concert, à savoir cette « longueur céleste » que Schumann, tout en l’adorant, ne devait pas moins constater. Mais nous la supportons chez d’autres — ne fût-ce que dans les Béatitudes, — et cette sérénité quasiment « angélique » n’est point l’unique affinité reconnaissable entre Schubert et César Franck. La destinée de Schubert fut ingrate à tous les égards. Né le 3i janvier 1797, il n’avait pas accompli sa trente-deuxième année quand il mourut, en novembre 1828. Schumann put dire à son propos que, « si la fécondité est un signe du génie, Schubert compte parmi les plus grands », car, au cours d’une existence aussi brève, il produisit plus de 700 ouvrages dont environ 500 lieder, plusieurs messes, opéras ou mélodrames. Cependant un bon tiers de son œuvre fut de publication suprême ou posthume, et en particulier la plupart de ses compositions instrumentales. Durant sa vie, on imprima surtout de lui des chansons qui nous parvinrent d’abord sous les espèces des « mélodies » célèbres et sentimentales si prisées jadis par nos jeunes grand’mères. Le reste nous arriva peu à peu à travers l’Édition Peters.et se répandit tardivement, alors que nous connaissions déjà, non seulement Beethoven, mais Chopin, Mendelssohn et même un peu Schumann. Entre la symphonie beethovienne, l’élégante habileté néo-classique et le romantisme harmonique dont il fut l’un des plus merveilleux précurseurs, le doux François Schubert apparut, sinon tout à fait écrasé, pour le moins travesti par un anachronisme et relégué dans le domaine étroit du lied. Bien peu, même aujourd’hui, savent ou se rappellent que Schubert fut contemporain de Beethoven et ne lui survécut que dix-huit mois avant d’aller dormir dans le même cimetière, à deux tombes de distance. La grandiose figure de Beethoven étale comme une ombre autour de soi. Il semble incarner à lui seul une époque à laquelle une autre semble succéder qui fut pourtant connexe. Le subjectivisme du « sourd » Beethoven fausse ici, pour nos yeux, la perspective de l’évolution musicale. Tandis qu’il épuisait les moyens d’expression elles formes « classiques », on les renouvelait à ses côtés. Le torrent de lyrisme harmonique déchaîné par le Chevalier Gluck, endigué par Mozart, se divise en deux branches soudaines, avec Weber (1786-1826) au théâtre, et Schubert dans la musique pure. C’est, du vivant de Beethoven et du même coup, le « romantisme » parallèle de Wagner et de Liszt en puissance. Ces devanciers moururent trop tôt pour que leur génie pût donner toute sa mesure. Leur œuvre n’est pas sans faiblesses, sans déchets quelquefois oiseux. Mais il est pur de tout artifice ou pathos. Nul art ne fut plus spontané, plus savoureux de jeunesse radieuse ou ingénue et n’émana plus directement de la nature. Bon nombre de leurs inspirations devinrent aussitôt ce populaires ». Elles retournaient ainsi sans doute à leur source vive, cette fontaine de Jouvence anonyme où doit périodiquement puiser, pour se régénérer, l’art musical. Il semble infiniment probable que ce soit dans la chanson et dans la danse populaires, inaccessibles à la surdité beethovénienne, que Weber et Schubert aient éprouvé l’ambiance harmonique efficiente et les sensations transmuées d’instinct en œuvres d’art où gît la matière sonore exploitée par plus d’un demi-siècle postérieur. La part de Schubert fut la musique pure. C’est là, bien mieux qu’en ses lieder, qu’on découvre le novateur génial, et, si son harmonie y dépasse en hardiesse Weber, au surplus son aîné, il n’a pas moins profondément agi sur l’évolution des formes. Ses Moments musicals, op.94,et ses Impromptus, op. 142, sont le modèle de la littérature pianistique analogue qui suivit, Romances sans paroles et Novelettes y compris. Son Divertissement à la Hongroise, op. 54, est l’ancêtre de toutes « Rapsodies ». Sa Fantaisie, op. 108, en fa mineur, se divulgue sans précédent de cette envergure et le prototype d’un genre illustré par Schumann et Chopin. Sans doute, il ne renonça pas aux formes traditionnelles, et parfois son génie s’y englue ou musarde en des « variations » fastidieuses, mais bien souvent aussi il les rénove en s’en servant comme simple truchement de son inspiration romantique, et au point quelquefois d’en effrayer ses éditeurs. C’est l’un d’eux, Haslinger, qui n’osa pas, en 1826, garder le titre de Sonate en sol majeur, inscrit sur le manuscrit de Schubert, à ce qu’il publia comme un recueil de pièces intitulées Fantaisie, Andante, Menuetto, Allegretto, op. 78.

Enfin Schubert introduisit le premier dans la « forme-sonate » le principe oublié de l’unité thématique. Après sa Fantaisie, op. 15, de 1820, il y revint avec une précision définitive dans son Quatuor en mi bémol, op. 125 (1824),et sa Fantaisie, op. 103,en fa mineur, parue en 1829, montre qu’il y pensa jusqu’en ses derniers jours. Schubert avait ainsi créé avant quiconque ce que nous nommons aujourd’hui la forme cyclique, et qui, en sorte de pendant au symbolisme du leitmotiv wagnérien, est devenue, à travers Liszt et Franck, le paradigme de notre symphonie moderne sous ses aspects les plus divers. C’est d’abord avec Weber et Schubert qu’on entend décidément des accords de neuvième « à la Wagner », parfois en tant que « de dominante sur tonique ». C’est chez le seul Schubert qu’on voit poindre la personnalité de l’accord de quinte augmentée, dégagée bien plus tard par Liszt y révélant un moyen de modulation neuve, et d’où dériva depuis l’actuelle « gamme par tons » debussyste. L’emploi que fait Schubert de cet accord,— dès 1817, — dans Gruppe aus demi Tartarus, est un coup de génie, apparaît sans exemple et longtemps sans imitateurs. Mais la caractéristique la plus frappante et la plus novatrice de Schubert est l’audacieuse liberté de sa modulation, où l’enharmonie est si fréquente qu’il semble que ses ressources surgissent ici subitement dans l’évolution sonore. Il en résulte, en son inspiration, le mélange d’un diatonisme essentiellement harmonique et d’un chromatisme fluide par quoi déjà il s’apparente à César Franck bien mieux peut-être qu’à tout autre, et dont est dénoncée la filiation par l’intermédiaire subséquent de Liszt. Si Liszt enfin, à des égards multiples, procède de Schubert avec une évidence aveuglante et presque à la manière d’un héritier présomptif, il n’est pas le seul annoncé par la voix de ce précurseur Autant que dans les Polonaises, dans les Deutsche Taenze und Ecossaisen, op. 33, les Valses, op. 50 et 77, et surtout dans les 12 Landler, op. 171, il est telles phrases, telles pages entières qu’on pourrait croire signées de Schumann ou Chopin, lesquels alors, en 1828, étaient respectivement vieux de treize et quatorze printemps. On les connaît à peine ces danses délicieuses, inouïes quelquefois d’harmonie pour l’époque ; on ne les joue jamais dans les concerts, sinon sous le couvert de Liszt, qui en transcrivit brillamment quelques motifs, spécimens accomplis de grâce, de verve et d’humour. Certes, à qui l’ignore, il doit être bien difficile de se figurer que Schubert fut le contemporain de Beethoven. C’est un art tellement différent et combien plus fécond ! À l’heure où la pensée de Beethoven infirme recourait au secours de la fugue et patronnait son mécanisme machinal, l’art ingénu de Schubert sonnait le glas de toute abstraite scolastique ; son lyrisme objectif en libérait inconsciemment la musique pure, intronisait la fantaisie dans son domaine, en rénovait intimement l’essence par la vertu d’une harmonie naturelle infuse et jusque dans ses formes traditionnelles. C’est le cas de cette admirable Symphonie en do majeur qu’on retrouva dans les papiers de Schubert et qui, écrite en 1828, ne fut exécutée qu’en 1839 et publiée plus tard encore. Si la forme peut-être n’en dément pas la date au beethovénien voisinage, le fond y est d’au moins vingt ans plus jeune, et on s’explique l’étonnement ravi et l’enthousiasme de Schumann en l’écoutant et, ça et là, en s’y reconnaissant soi-même au milieu de bien d’autres, comme en un miroir prophétique. En songeant que Schubert composa cette Symphonie à l’âge où d’ordinaire commence tout juste pour l’artiste la période de développement décisif et de gestation du chef-d’œuvre promis à sa maturité ; quand on se souvient que Wagner avait quarante-cinq ans lorsqu’il finit Tristan, on pressent ce que l’art musical a pu perdre en perdant si prématurément Schubert. Qu’on imagine Beethoven disparaissant avant l’Eroïca (1803), après sa Symphonie en ré, op. 36, la deuxième (1802), et qu’on veuille bien comparer ce qui nous fût resté de lui avec ce que nous a laissé Schubert ; qu’on soupèse, dans l’un et l’autre legs, outre la quantité de l’œuvre, ce que chacun eût contenu d’irrécusablement original, de savoureux inéprouvé et de fécond en conséquences purement musicales. Et on mesurera le génie du pur et adorable musicien que fut François Schubert.

JEAN MARNOLD.

 

Enfance

Franz Peter Schubert naît le 31 janvier 1797 dans le faubourg viennois de Himmelpfortgrund, qui fait partie de la paroisse de Lichtental, en Autriche. Il est le 12e enfant d’une famille de quatorze, dont cinq atteindront l’âge adulte. Son père Franz Theodor (1763-1830), instituteur, lui donne ses premières leçons de violon, tandis que son frère Ignaz lui apprend le piano et le Kapellmeister de l’église de Lichtental, Michael Holzer, l’orgue, le chant et la basse chiffrée ou basse continue. Dans le quatuor à cordes familial, où son père joue du violoncelle et ses frères Ignaz et Ferdinand du violon, il tiendra la partie d’alto. Dès 1808, Schubert est premier soprano de l’église de Lichtental1.

Le Stadtkonvikt à Vienne

En 1808 il est admis sur concours dans le chœur de la chapelle impériale de Vienne, ce qui lui permet d’étudier au Stadtkonvikt, ou Akademisches Gymnasium, internat viennois fréquenté par les fils de bonne famille où il bénéficiera d’un enseignement de qualité mais qui par son aspect rébarbatif et sa discipline sévère rendirent Schubert quelque peu introverti et nostalgique du foyer familial. Élève inconstant dans les disciplines autres que la musique où il excellait2, il étudie la théorie et la basse chiffrée avec Wenzel Ruzicka, organiste de la Cour, puis, à partir de 1812, la composition et le contrepoint avec Antonio Salieri, directeur de la musique à la Cour de Vienne. Il entre à l’orchestre du Konvikt comme second violon, puis monte en grade progressivement jusqu’à devenir chef d’orchestre.

Au Konvikt, il fait la connaissance de quelques membres d’un groupe de jeunes idéalistes qui s’était formé à Linz : Albert Stadler (1794-1888), Josef Kenner (1794-1868) et surtout Joseph von Spaun (1788-1865). Ces amis guideront ses premiers pas, le mettront en contact avec le milieu intellectuel de l’époque et constitueront le premier noyau de ce qui sera le cercle des schubertiens.

Pendant cette période de formation, Schubert commence à composer en dépit des réticences de son père. Dès 1810, ses premières compositions sont des fantaisies et des danses pour piano, des lieder. Viennent ensuite des quatuors à cordes pour l’ensemble familial, des ouvertures, des ensembles vocaux pour la classe de Salieri et en 1813, sa 1re Symphonie en ré majeur, D.82 et son premier opéra, Des Teufels Lustschloss, D.84.

Jeunesse

Franz Schubert, Stadtpark Vienne

Sa voix mue en 1813. Ses résultats scolaires, bons au début, s’étaient peu à peu dégradés, et, bien qu’il puisse bénéficier d’une dispense, il quitte le Konvikt pour entrer à l’École normale Sainte-Anne qui le préparera au métier d’instituteur qu’il exercera comme assistant de son père jusque fin 1816.

En 1814, il fait la connaissance, par l’entremise du groupe de Linz, du poète Johann Mayrhofer (1787-1836) qui lui inspirera de nombreux lieder, en 1815 celle de Franz von Schober (1796-1882), un des esprits brillants de l’époque qui aura un rôle déterminant dans sa vie sociale et intellectuelle. En 1815 toujours, dans le cadre de l’enseignement de Salieri, il rencontre le musicien Anselm Hüttenbrenner (1794-1868), qui le mettra en contact avec le milieu de sa ville natale de Graz.

À seulement 17 ans, il compose sa Messe no 1 en fa majeur, D.105, pour le jubilé du centenaire de l’église de Lichtental. Elle y est exécutée avec grand succès, et son père l’en récompense en lui offrant son premier piano. De 1814 datent aussi le Quatuor à cordes no 1 en si bémol majeur, D. 18, la Symphonie nº 2 en si bémol majeur, D.125 et son premier chef-d’œuvre dans le domaine du lied, Gretchen am Spinnrade (« Marguerite au rouet »). Le quatuor à cordes familial s’étoffe. Il devient un ensemble de chambre, puis un orchestre qui connaîtra plusieurs chefs, dont Otto Hatwig, sous la direction duquel il jouera au Gundelhof à Vienne.

Les années 1815 et 1816 seront ses plus productives, avec des œuvres en tout genre. En février 1815, il compose sa Sonate pour piano nº 1 en mi majeur, D.157 ; en mars la Messe no 2, en sol majeur, D.167, en juillet sa Symphonie nº 3 en ré majeur, D.200, en novembre la Messe no 3 en si bémol majeur, D.324. En février 1816, il compose son Stabat Mater en fa mineur, D. 383, sur un texte allemand de Klopstock, en avril la Symphonie nº 4 en ut mineur « Tragique », D.417, en juillet la Messe no 4 en ut majeur, D.452, à l’automne la Symphonie nº 5 en si bémol majeur, D.485.

Durant cette période voient le jour plus de 200 lieder, parmi lesquels Der Wanderer, D.489.

Pendant cette période, il continue de suivre l’enseignement de Salieri. Il perçoit de plus en plus l’enseignement comme une activité contraignante qui bride sa création. Il tente d’y échapper en postulant pour un poste de chef d’orchestre à Laibach (aujourd’hui Ljubljana) au printemps 1816, et en essayant d’intéresser Goethe à un projet de publication de ses lieder, en vain.

L’indépendance

Fin 1816, Schubert quitte l’école de son père et l’enseignement de Salieri. Il est hébergé en 1817 par son ami Franz von Schober, chez qui il logera à plusieurs reprises par la suite. Cette année-là il entreprend six sonates pour piano et compose de nombreux lieder, dont Der Tod und das Mädchen (« La Jeune Fille et la Mort ») et Die Forelle (« La Truite »), op. 32, D.550.

À cette époque, l’horizon de Schubert s’élargit. Au quatuor familial et à l’église de la paroisse se substitue un public composé de jeunes intellectuels. Ses amis du Konvikt lui font connaître des personnalités comme le baryton Johann Michael Vogl, soliste de l’Opéra, et lui ouvrent les portes de salons bourgeois comme celui de la famille Sonnleithner, qui aidera à le faire connaître en programmant ses œuvres dans des soirées musicales et en organisant les premières publications, ou de la noblesse des Esterházy.

En 1818, après avoir repris provisoirement l’enseignement, Schubert devient le maître de musique des enfants du comte Esterházy et accompagne la famille dans sa villégiature d’été à Zselíz en Hongrie (aujourd’hui Želiezovce en Slovaquie), où il compose de nombreuses œuvres pour piano à quatre mains, dont la Sonate no 1 pour piano à 4 mains en si bémol, D.617 et les Huit variations sur un chant français, D.624, qui seront sa première œuvre instrumentale publiée (en 1822 comme op.10). De retour à Vienne, il emménage dans un logement qu’il partage avec le poète Mayrhofer. En été 1819, il accompagne Johann Michael Vogl dans un voyage en Haute-Autriche, notamment à Linz et Steyr, où naît l’idée de la composition du Quintette pour piano et cordes « La Truite », D. 667.

Dans les lieder de cette époque, Schubert s’ouvre à la poésie romantique, avec la mise en musique de poèmes de Novalis et de Friedrich Schlegel.

La première œuvre de Schubert à être publiée sera, en janvier 1818, le lied Erlafsee, D.586 sur un texte de Mayrhofer, en supplément d’une anthologie illustrée sur les régions et paysages d’Autriche. La première exécution publique d’un de ses lieder, Schäfers Klagelied, D.121, aura lieu le 28 février 1819.

Les « années de crise »

Les années 1819-1823 voient le style de Schubert évoluer très rapidement, délaissant de plus en plus les modèles hérités du passé. Ses compositions se raréfient et nombre des œuvres de cette époque restent inachevées. C’est le cas de l’oratorio Lazarus D.689, du Quatuor à cordes no 12 en ut mineur, D.703, connu sous le nom de « Quartettsatz », ou de la Symphonie nº 8 en si mineur, dite « Inachevée », D.759. Cette période, dont les contours sont un peu flous, a reçu le nom d’« années de crise ». Le terme de « crise » est plutôt à interpréter au sens de « bouleversement ». En effet, en-dehors de l’intense évolution stylistique qui l’amène à reconsidérer des genres dans lesquels il avait déjà composé de nombreuses œuvres (quatuor, sonate, symphonie, messe…), on constate un repositionnement de l’orientation littéraire avec une place prépondérante accordée aux poètes romantiques (Schlegel, Rückert, Platen), un changement dans ses rapports avec le public et jusqu’à une modification de la graphologie3.

À cette époque, la notoriété de Schubert dépasse le cadre des salons littéraires et de l’orchestre d’amateurs du Gundelhof, et il peut tenter de conquérir le grand public avec des œuvres dramatiques comme le singspiel Die Zwillingsbrüder (« Les Frères jumeaux »), D.647 ou la féerie Die Zauberharfe (« La Harpe enchantée »), D.644, qui seront représentées à l’été 1820 au Theater an der Wien. Le succès n’est pas retentissant, mais son nom commence à se faire connaître, ce à quoi contribuent les exécutions de ses lieder par Johann Michael Vogl. En 1821, l’éditeur Diabelli publie à compte d’auteur son opus 1, Der Erlkönig (« Le Roi des aulnes »), D.328, composé en 1813.

Le cercle des schubertiens s’étend. On y compte désormais aussi des peintres comme Leopold Kupelwieser (1796-1862), Ludwig Schnorr von Carolsfeld (1788-1853) et surtout Moritz von Schwind (1804-1871). Schubert fréquente personnellement Friedrich Schlegel4. Ses théories sur l’art et celles de son frère August Wilhelm, dont il avait mis des poèmes en musique dès 1816, auront une influence déterminante sur son esthétique.

À partir de 1821, les réunions d’amis autour de la musique de Schubert s’institutionnalisent et prennent le nom de « schubertiades ». En 1821 également, il devient membre de l’influente Société des amis de la musique de Vienne, après une candidature malheureuse en 1818.

Les opéras qu’il compose en 1822 et 1823, Alfonso und Estrella (sur un livret de Schober) et Fierrabras sont beaucoup plus ambitieux que les ouvrages précédents mais, en partie à cause d’intrigues propres au milieu du théâtre, ne seront pas représentés. Il en va de même du singspiel Die Verschworenen (« Les Conjurés »). Le 20 décembre 1823 a lieu la première de Rosamunde, pièce de Helmina von Chézy pour laquelle Schubert a composé la musique de scène. La musique est accueillie favorablement mais la pièce est un fiasco complet et disparaît de la scène après deux représentations.

Fin 1822-début 1823, Schubert contracte une infection vénérienne. Différents indices (symptômes, déroulement ultérieur de la maladie) laissent penser qu’il s’agit de syphilis5. Il effectue vraisemblablement en octobre 1823 un séjour à l’Hôpital général de Vienne6. Par la suite sa santé, malgré quelques rémissions, ne cesse de se dégrader, ce à quoi contribue le traitement au mercure habituel à l’époque.

Les années de maturité

Dès la Fantaisie en ut majeur « Wanderer », op.15, D.760, composée fin 1822 et publiée en 1823, Schubert avait réussi à achever une grande œuvre au style totalement personnel. En 1823, le cycle de lieder Die schöne Müllerin (« La Belle Meunière »), D. 795 avait ouvert une nouvelle page de l’histoire du lied. À partir de 1824, il est en pleine maîtrise de son style et les inachèvements se raréfient. Les lieder témoignent d’un nouveau changement d’orientation littéraire : les poètes romantiques cèdent peu à peu la place aux poètes du pessimisme et de la résignation. Déjà Wilhelm Müller faisait partie de cette école ; les nouveaux poètes auxquels se consacrera Schubert seront les Autrichiens Leitner, Seidl, les Allemands Schulze et bientôt Rellstab et Heinrich Heine. Sa santé défaillante et les attaques répétées de la maladie ont certainement leur part dans cette vision du monde pessimiste ou résignée7.

Après l’échec de Rosamunde, il abandonne pour un temps la composition d’œuvres dramatiques. En 1824, il compose peu de lieder (parmi lesquels les derniers sur des poèmes de Mayrhofer) et se consacre essentiellement à la musique de chambre avec les Variations pour flûte et piano, D.802, l’Octuor pour cordes et vents, D. 803, le Quatuor à cordes no 13 en la mineur « Rosamunde », D. 804, le Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur « La Jeune Fille et la mort », D. 810, la Sonate « Arpeggione », D.821.

À l’été de cette année, il retourne avec la famille Esterházy à Zselíz et compose une série d’œuvres pour piano à quatre mains, dont la Sonate no 2 en ut majeur, ou « Grand Duo », D.812, et les Variations en la bémol majeur, D.813. Les souvenirs musicaux de Hongrie inspireront le Divertissement à la hongroise, D.818.

En 1825, il découvre la poésie de Walter Scott. Scott lui inspirera dix compositions, dont les sept chants tirés de Das Fräulein vom See (« La Dame du lac ») qui seront publiés en 1826, en édition bilingue. L’un de ceux-ci, Ellens dritter Gesang (« Troisième chant d’Ellen »), D.839, atteindra très vite une immense popularité sous le nom d’Ave Maria.

L’été de 1825 est consacré, en compagnie de Vogl, à un grand voyage à Linz, Steyr, Salzbourg, Gastein et Gmunden. Ils y donnent une série de concerts consacrés entre autres aux chants de Walter Scott et à la Sonate nº 16 en la mineur, D.845. À Gastein, Schubert compose la Sonate nº 17 en ré majeur, D.850 et commence la Grande Symphonie en ut majeur, D.944, qu’il achèvera l’année suivante.

Sa notoriété s’accroît et ses œuvres sont jouées par de grands instrumentistes, comme Ignaz Schuppanzigh ou le pianiste Carl Maria von Bocklet. Ses premières sonates publiées (D.845 et D.850) lui sont payées un bon prix par les éditeurs et font l’objet de critiques positives dans des journaux de Francfort et de Leipzig. En 1825 il est élu comme membre suppléant au directoire de la Société des amis de la musique8.

En 1826 il compose le Quatuor à cordes no 15 en sol majeur, D. 887 et la Sonate nº 18 en sol majeur, D.894, qui sera publiée comme op.78.

Les dernières années

Fin 1826, il semble que le goût du public n’ait pas suivi l’évolution de sa musique: une exécution projetée de la Symphonie en ut majeur est abandonnée, des disparités dans le cercle des schubertiens se font jour au sujet d’un quatuor à cordes ou de la Sonate en sol majeur. Schubert recadre pour un temps ses compositions. Aux sonates il fait suivre deux séries d’Impromptus (D.899 et D.935). Dans le domaine de la musique de chambre, il compose deux grands trios pour piano et cordes en si bémol majeur, D. 898 et en mi bémol majeur, D. 929.

En mars 1827 meurt Ludwig van Beethoven. Schubert participe comme porte-flambeau à la grande cérémonie de ses funérailles. La disparition de celui qui était reconnu comme le plus grand musicien du temps semble agir comme un élément libérateur et durant les vingt mois qui lui restent, Schubert va accumuler les chefs-d’œuvre, à commencer par le cycle de lieder Winterreise (« Le Voyage d’hiver »), D. 911.

50 Schilling 1978 monnaie d’argent commémorative de l’Autriche. 150 ans de la mort de Franz Schubert

Le 12 juin 1827, il est élu comme membre titulaire du directoire de la Société des amis de la musique9. Le 19 juin, il commence la composition de l’opéra Der Graf von Gleichen, D.918, sur un texte de Bauernfeld, en dépit de l’interdiction par la censure d’une pièce mettant en scène un cas de bigamie. À l’été, il effectue un voyage à Graz.

Un an après la mort de Beethoven, le 28 mars 1828, a lieu le premier concert totalement consacré à ses œuvres. C’est un grand succès, un peu éclipsé toutefois par la présence à Vienne de Niccolò Paganini. À l’automne, Schubert emménage chez son frère Ferdinand. Bien qu’atteint de syphilis, après deux semaines de maladie, il meurt de la fièvre typhoïde (ou typhus abdominal)10 le 19 novembre 1828 à 31 ans. Sa dépouille reposa d’abord au cimetière de Währing, non loin de celle de Beethoven, avant d’être transférée en grande pompe en 1888 dans le « carré des musiciens » du cimetière central de Vienne, où sa tombe voisine aujourd’hui celles de Gluck, Beethoven, Johannes Brahms et Hugo Wolf.

Son œuvre

À sa mort à l’âge de trente et un ans seulement, Schubert laisse un millier d’œuvres. Environ une centaine d’opus sont publiés de son vivant, ce qui est peu au regard de sa productivité, mais plus que ce que Robert Schumann ou Frédéric Chopin auront publié au même âge. La majeure partie des œuvres publiées de son vivant sont des lieder, des danses, ou des compositions pour piano à quatre mains, mais on y trouve aussi le Quatuor à cordes no 13 en la mineur « Rosamunde », D. 804, trois sonates pour piano (D.845, D.850 et D.894), le Trio pour piano et cordes no 2 en mi bémol majeur, D. 929, la Fantaisie en ut majeur « Wanderer », op.15, D.760.

La publication de ses œuvres s’étendra sur tout le XIXe siècle ; elle sera virtuellement terminée avec l’achèvement de la Première édition complète, réalisée sous la direction de Johannes Brahms pour son centenaire en 1897. Une nouvelle édition complète (Neue Schubert Ausgabe) est en cours.

La partie centrale de son répertoire constitue ses plus de six cents lieder, composés sur des textes des plus grands poètes de la langue allemande (Klopstock, Goethe, Schiller, Rückert, Heine), de ses amis (Johann Mayrhofer, Karl Theodor Körner, Joseph von Spaun, Franz von Schober, Johann Chrysostomus Senn, Matthäus Kasimir von Collin), de poètes étrangers tels que Walter Scott, William Shakespeare ou Pétrarque ou encore de poètes dont la notoriété est due à ses lieder (Wilhelm Müller).

Le baryton Johann Michael Vogl, très célèbre à l’époque, devenu l’ami et l’admirateur de Schubert, a largement contribué à faire connaître les lieder, tout comme le baron Carl von Schönstein et la cantatrice Anna Milder. Certains lieder connaîtront même un succès retentissant.

Schubert a écrit pour tous les genres musicaux, excepté le concerto. Influencé par Haydn et Mozart, son art est cependant très différent. Il ne fut pas reconnu de son vivant, de nombreuses œuvres n’ayant été jouées pour la première fois que bien après sa mort. Pourtant, son sort eût pu être différent. Il avait adressé son lied Der Erlkönig à Gœthe qui ne lui répondit jamais, bien que ce remarquable opus fût composé sur l’un de ses plus célèbres poèmes (« Wer reitet so spät durch Nacht und Wind »). Il est vrai que Gœthe n’a sans doute pas ouvert le document. De plus, Beethoven lui-même ne lui prêta que bien peu d’attention (malade, renfermé sur lui-même et de plus en plus désabusé et irascible, le maître ne se préoccupait guère de ses contemporains). Néanmoins dans un article du 3 mai 1831 paru dans le Theaterzeitung, Anton Schindler (biographe contesté de Beethoven) mentionne une rencontre tardive de 1827 où Beethoven, après avoir reçu Schubert et examiné ses lieder, se serait exclamé : « Vraiment chez ce Schubert, il y a une étincelle divine ! ».

La plus grande partie des œuvres de Schubert (les lieder, en particulier le Winterreise, les dernières symphonies, certains impromptus, l’ultime Sonate nº 21 en si bémol majeur, D.960, le Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles, D. 956), est marquée par le rythme sans répit des pas du Wanderer, cheminant en une quête désespérée d’un ailleurs sans cesse poursuivi et jamais atteint.

Compositions majeures

Le catalogue complet de l’œuvre de Schubert a été établi en 1951 par le musicologue autrichien Otto Erich Deutsch (abréviation D. pour « Deutsch-Verzeichnis »)11.

Musique symphonique

La numérotation des symphonies de Schubert, après les six premières, a posé problème après la découverte progressive des partitions de nombreux projets de symphonies, abandonnés par le compositeur à divers états d’avancement. La Symphonie en ut majeur, D.944 dite « Grande Symphonie » reçut ainsi le numéro 7 après sa découverte en 1838 par Robert Schumann. La découverte de l’« Inachevée » dans les années 1860 lui fit attribuer le numéro 8, choix entériné dans l’ancienne édition complète qui la place après les symphonies achevées.

Le respect de la chronologie a fait numéroter la « Grande » après l’« Inachevée », lui donnant ainsi le numéro 9 et libérant le numéro 7 qui a été parfois attribué à la symphonie D.729, avec quatre mouvements complets mais partiellement orchestrés. La nouvelle édition du catalogue de Otto Erich Deutsch donne les numéros 7 à l’ « Inachevée » et 8 à « la Grande »12, mais le recours aux numéros du catalogue original est souvent nécessaire pour éviter les confusions.

Les Fragments symphoniques, D.615 que l’on datait de 1818, se sont révélés à l’analyse constitués de fragments de trois symphonies : deux mouvements fragmentaires de 1818, quatre mouvements fragmentaires (dont un scherzo virtuellement achevé) de 1821, et des esquisses pour trois mouvements datant de 1828, qui ont été réalisées par divers auteurs (Gülke, Newbould, Bartholomée) et ont reçu le numéro D.936A. Cette dernière œuvre, que la mort a empêché Schubert de terminer, est parfois appelée 10e Symphonie.

Fragment symphonique en ré majeur, D.2B
Symphonie no 1 en ré majeur, D.82 (une demi-heure environ)
Symphonie no 2 en si bémol majeur, D.125 (une demi-heure environ)
Symphonie no 3 en ré majeur, D.200 (une demi-heure environ)
Symphonie no 4 en ut mineur, dite « Tragique », D.417 (une demi-heure environ)
Symphonie no 5 en si bémol majeur, D.485 (une demi-heure environ)
Symphonie no 6 en ut majeur, dite „La Petite”, D.589 (une demi-heure environ)
Fragments symphoniques en ré majeur, D.615
Fragments symphoniques en ré majeur, D.708A
Symphonie no 7 en mi majeur, D.729 (1821) – 111 mesures orchestrées, complétées entre autres par Weingartner et Brian Newbould (une demi-heure environ)
Symphonie no 8 en si mineur, dite « Inachevée », D.759 (1822) (une demi-heure environ)
Symphonie no 9 en ut majeur, dite « La Grande », D.944 (une heure environ)
Symphonie no 10 en ré majeur, D. 936A, reconstituée à partir de fragments (un peu plus d’une demi-heure)

Musique pour piano
Sonates pour piano

Sonate no 1 en mi majeur, D.157
Sonate no 2 en ut majeur, D.279
Sonate no 3 en mi majeur, D.459
Sonate no 4 en la mineur, D.537
Sonate no 5 en la bémol majeur, D.557
Sonate no 6 en mi mineur, D.566
Sonate no 7 en mi bémol majeur, D.568
Sonate no 8 en fa dièse mineur, D.571 (fragment du premier mouvement)
Sonate no 9 en si majeur, D.575
Sonate no 10 en ut majeur, D.613 (deux mouvements inachevés)
Sonate no 11 en fa mineur, D.625
Sonate no 12 en ut dièse mineur, D.655 (exposition du premier mouvement)
Sonate no 13 en la majeur, D.664
Sonate no 14 en la mineur, D.784
Sonate no 15 en ut majeur « Reliquie », D.840 (inachevée)
Sonate no 16 en la mineur, D.845
Sonate no 17 en ré majeur, D.850
Sonate no 18 en sol majeur, D.894
Sonate no 19 en ut mineur, D.958
Sonate no 20 en la majeur , D.959
Sonate no 21 en si bémol majeur, D.960 (environ 40 minutes)

Autres pièces pour piano

Zwei Scherzi für Klavier, D.593
Marches militaires pour piano à 4 mains, D.733 (la plus célèbre étant la première en ré majeur)
Fantaisie en ut majeur « Wanderer », op.15, D.760
Six moments musicaux, D.780
Sonate „Grand Duo” pour piano à 4 mains, D.812
Variations en la bémol majeur pour piano à 4 mains, D.813
Mélodie hongroise pour piano, D.817
Divertissement à la hongroise pour piano à 4 mains, D.818 (reprend le thème de D.817)
Divertissement à la française pour piano à 4 mains, D.823
Huit impromptus, D.899 et D.935
Fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains, D.940
Drei Klavierstücke, D.946
Allegro en la mineur « Lebensstürme » , D.947

Musique de chambre
Sonates

Sonates pour violon et piano
Sonate « Arpeggione », D.821

Trios

Trio à cordes en si bémol majeur, D. 471 (inachevé)
Trio à cordes en si bémol majeur, D. 581
Trio pour piano et cordes no 1 en si bémol majeur, D. 898 (op. 99)
Trio pour piano et cordes no 2 en mi bémol majeur, D. 929 (op. 100)

Quatuors

Quatuor à cordes no 1 en si bémol majeur, D. 18
Quatuor à cordes no 2 en ut majeur, D. 32
Quatuor à cordes no 3 en si bémol majeur, D. 36
Quatuor à cordes no 4 en ut majeur, D. 46
Quatuor à cordes no 5 en si bémol majeur, D. 68 (ne comporte que deux mouvements, deux autres étant probablement perdus)
Quatuor à cordes no 6 en ré majeur, D. 74
Quatuor à cordes no 7 en ré majeur, D. 94
Quatuor à cordes no 8 en si bémol majeur, D. 112
Quatuor à cordes no 9 en sol mineur, D. 173 (opus posthume)
Quatuor à cordes no 10 en mi bémol majeur, D. 87 (op. 125 no 1)
Quatuor à cordes no 11 en mi majeur, D. 353 (op. 125 no 2)
Quatuor à cordes no 12 en ut mineur « Quartettsatz », D. 703
Quatuor à cordes no 13 en la mineur « Rosamunde », D804 (environ une demi-heure)
Quatuor à cordes no 14 en ré mineur « La Jeune Fille et la Mort », D. 810 (environ 38 minutes)
Quatuor à cordes no 15 en sol majeur, D. 887
Nocturne en mi bémol majeur, D. 987 (quatuor pour piano et cordes)

Quintettes

Quintette pour piano et cordes « La Truite », D. 667 (environ 36 minutes)
Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles, D. 956 (op. 163)

Octuor
Manuscrit de l’octuor D.803

Octuor pour cordes et vents, D. 803

Musique vocale

Franz Schubert a écrit plus de six cents lieder, parmi lesquels :

Der Erlkönig (« Le Roi des aulnes »), op.1, D.328, d’après un poème de Goethe
Gretchen am Spinnrade (« Marguerite au rouet »), op.2, D.118
Der Tod und das Mädchen (« La Jeune Fille et la Mort »), opus 7 no 3, D.531 d’après un poème de Claudius
Die Forelle (« La Truite »), op. 32, D.550
Cycle Die schöne Müllerin (« La Belle Meunière »), D. 795
Recueil Das Fräulein vom See (« La Dame du lac »), op. 52, D.839, dont le Ellens dritter Gesang est célèbre aujourd’hui sous le nom d’Ave Maria (de Schubert).
Cycle Winterreise (« Le Voyage d’hiver »), D. 911
Recueil Schwanengesang (« Le Chant du cygne »), D. 957
Der Hirt auf dem Felsen (« Le Pâtre sur le rocher »), D.965

Musique chorale

185 chorals, dont :

An die Sonne, D.439
Das große Hallelujah, D.442
Gesang der Geister über den Wassern, D.538 et D.714
Der 23. Psalm, D.706
Gott in der Natur, D.757
Der Gondelfahrer, D.809
Coronach, D.836, op.52.4
Zur guten Nacht, D.903
Nachtgesang im Walde, D.913
Ständchen (Grillparzer), D.920
Mirjam’s Siegesgesang, D.942, op. post.136

Musique sacrée

Messe no 1 en fa majeur, D.105
Messe no 2, en sol majeur, D.167
Messe no 3 en si bémol majeur, D.324
Messe no 4 en ut majeur, D.452
Messe no 5 en la bémol majeur, D.678
Messe no 6 en mi bémol majeur, D.950, comprenant le célèbre « Et incarnatus est » du Credo

Stabat Mater en fa mineur, D. 383
Magnificat en do majeur, D. 486
Deutsche Messe (« Messe allemande »), D.872
Hymnus an den heiligen Geist (« Hymne au Saint-Esprit »), D.948
Tantum Ergo en mi bémol majeur, D.962

Opéras

Der Spiegelritter, D.11, singspiel en trois actes, livret de Kotzebue (fragments du premier acte)
Des Teufels Lustschloss, D.84, singspiel en trois actes, livret de Kotzebue d’après Joseph-Marie Loaisel de Tréogate
Adrast, D.137, livret de Johann Mayrhofer (8 numéros complets et 4 incomplets)
Der vierjährige Posten, D.190, singspiel en un acte, livret de Körner
Fernando, D.220, singspiel en un acte, livret de Stadler
Claudine von Villa Bella, D.239, singspiel en trois actes, livret de Goethe (uniquement l’ouverture et le 1er acte)
Die Freunde von Salamanca, D.326, singspiel en deux actes, livret de Mayrhofer
Die Bürgschaft, D.435, opéra en trois actes d’après Schiller (premier et deuxième actes, un numéro fragmentaire du troisième)
Die Zauberharfe, D.644, féerie en musique en trois actes, livret de Hofmann
Die Zwillingsbrüder, D.647, singspiel en un acte, livret de Hofmann
Alfonso und Estrella, D.732, opéra romantique en trois actes, livret de Schober
Die Verschworenen, D.787, singspiel en un acte, livret de Castelli
Fierrabras, D.796, opéra héroïco-romantique en trois actes, livret de Kupelwieser
Rosamunde, D.797, musique de scène pour le drame romantique de Helmina von Chézy
Der Graf von Gleichen, D.918, opéra en deux actes, livret de Eduard von Bauernfeld (esquisses)

Publié par

A ne pas manquer :

  • Johann StraussJohann Strauss   Marche de Radetzky   Johann Strauss dit Johann Strauss père est un compositeur et chef d'orchestre autrichien, né à Vienne le 14 mars 1804 et mort en cette ville […]
  • ChopinChopin   Frédéric François Chopin (en polonais : Fryderyk Franciszek Chopin ou Szopen) est un compositeur et pianiste virtuose, né le 1er mars 1810 à Żelazowa Wola (Pologne), et mort à […]
  • Franz LisztFranz Liszt Franz Liszt (Liszt Ferenc en hongrois) est un compositeur, transcripteur et pianiste virtuose hongrois (de l'Empire d'Autriche), né à Doborján (aujourd'hui Raiding, en […]
  • Elvis PresleyElvis Presley Elvis Aaron Presley, né le 8 janvier 1935 à Tupelo, Mississippi et mort le 16 août 1977 à Memphis, Tennessee, est un chanteur et acteur américain. Appelé « The King », il a […]
  • Carl Maria von WeberCarl Maria von Weber Carl Maria Friedrich Ernest von Weber est un compositeur allemand de musique romantique né le 18 novembre 17862 à Eutin, près de Lübeck, et mort le 5 juin 1826 à Londres. Il […]
  • DonizettiDonizetti   Domenico Gaetano Maria Donizetti est un compositeur italien né à Bergame le 29 novembre 1797 et mort dans la même ville le 8 avril 1848. Bien que son répertoire […]

Lasă un răspuns

Câmpurile obligatorii sunt marcate cu *.


Blue Captcha Image Refresh

*

Follow

Get every new post on this website delivered to your Inbox.

Join other followers: